Anticiper les défis de demain pour préserver la qualité de l’eau
Face à la croissance démographique, aux nouvelles exigences européennes et aux défis climatiques, les infrastructures de traitement des eaux usées doivent évoluer en permanence. Desservant aujourd’hui près de 60.000 habitants au Luxembourg et en France, ainsi que les zones industrielles du bassin tributaire, le syndicat intercommunal STEP prépare activement l’avenir à travers des investissements ambitieux, une modernisation continue de ses installations et une vision durable intégrant innovation, intelligence artificielle et sensibilisation citoyenne.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels votre station d’épuration doit faire face, notamment dans un contexte de croissance des communes et d’évolution des besoins ?
Notre syndicat regroupe actuellement les communes luxembourgeoises de Roeser, Bettembourg, Dudelange, Kayl et Rumelange, ainsi que quatre communes françaises : Volmerange-les-Mines, Escherange, Ottange-Nondkeil et la localité de Bure, rattachée à la commune de Tressange. Cette dimension transfrontalière confère à notre mission une responsabilité particulière en matière de gestion et de dépollution des eaux usées.
Aujourd’hui, nos infrastructures traitent les eaux usées correspondant à environ 95.000 équivalents-habitants (EH). Selon les projections démographiques et le développement continu des communes membres, ce chiffre pourrait atteindre près de 180.000 EH à l’horizon 2061.
Par ailleurs, plusieurs communes membres développent actuellement d’importants projets urbanistiques, notamment dans le domaine du logement, en collaboration avec différents promoteurs et acteurs nationaux. Ces développements résidentiels de grande envergure entraîneront une augmentation significative de la population raccordée au réseau d’assainissement. À partir de 2030, cette croissance exercera une pression supplémentaire importante sur les infrastructures existantes et conduira progressivement la station d’épuration actuelle à atteindre ses limites de capacité. Cette évolution renforce la nécessité d’anticiper dès aujourd’hui l’extension et la modernisation des installations afin de garantir un traitement des eaux usées performant et durable à long terme.
Le principal défi consiste donc à anticiper cette croissance tout en maintenant un niveau de qualité irréprochable dans le traitement des eaux. Nous devons également répondre à l’évolution constante des directives européennes, de plus en plus exigeantes en matière de qualité des rejets et de protection des milieux aquatiques.
Cela implique une adaptation progressive de nos infrastructures ainsi qu’une augmentation significative de nos capacités de traitement dans les prochaines décennies. Parallèlement, nous devons mettre en œuvre des procédés de traitement plus avancés afin d’éliminer efficacement les micropolluants, tels que les résidus médicamenteux, les pesticides, les biocides, les cosmétiques ou encore certains résidus industriels. À cela s’ajoutent d’autres enjeux majeurs : la récupération du phosphore, l’optimisation énergétique des installations et l’adaptation aux conséquences du changement climatique, notamment les épisodes de fortes pluies qui exercent une pression croissante sur les réseaux et les stations d’épuration.
Au-delà des défis techniques, environnementaux et financiers, un autre enjeu majeur concerne les ressources humaines. Dans un secteur de plus en plus spécialisé et exigeant, il devient essentiel de pouvoir attirer, former et fidéliser du personnel qualifié, motivé et hautement compétent. Le fonctionnement et l’exploitation d’infrastructures aussi complexes nécessitent en effet des profils techniques spécialisés capables d’accompagner l’évolution constante des technologies, des normes environnementales et des systèmes numériques de pilotage.
Enfin, le financement du projet global représente un défi important pour les communes membres. Les investissements nécessaires sont actuellement estimés à environ 200 millions d’euros pour la période 2028 et 2033.
Comment votre syndicat s’inscrit-il dans les objectifs environnementaux et climatiques des communes membres ?
Notre syndicat s’inscrit pleinement dans les objectifs environnementaux et climatiques définis aux niveaux européen et national. Notre mission première est de garantir un traitement performant, durable et conforme aux normes les plus strictes en matière de protection de l’eau et de l’environnement.
Nous travaillons notamment dans le cadre de la nouvelle directive européenne relative au traitement des eaux urbaines résiduaires (Urban Waste Water Treatment Directive), qui fixe des exigences précises concernant la collecte, le traitement et le rejet des eaux usées. À cela s’ajoutent les prescriptions législatives nationales ainsi que les autorisations environnementales en vigueur.
Notre priorité est d’assurer en permanence la conformité de nos installations tout en anticipant les futures évolutions réglementaires. Cela passe par des investissements continus dans la modernisation des équipements, l’optimisation énergétique des infrastructures et l’amélioration constante de la qualité des eaux rejetées dans le milieu naturel.
Au-delà des obligations réglementaires, nous contribuons activement à la transition écologique des communes membres en développant une approche durable du cycle de l’eau, intégrant les principes de l’économie circulaire, de l’efficacité énergétique et de la préservation des ressources pour les générations futures.
Quels investissements ou innovations avez-vous récemment mis en place pour améliorer
la performance et l’efficacité du traitement des eaux ?
Les communes membres sont fortement engagées dans le cadre du Pacte Climat, et notre rôle, en tant que syndicat intercommunal, est précisément de les accompagner en prenant en charge toute la complexité liée au traitement des eaux usées.
Face à la pression urbaine croissante et aux effets du changement climatique, les syndicats d’assainissement doivent améliorer en permanence leurs performances afin de garantir un bon état écologique et chimique des cours d’eau.
Dans cette optique, nous avons engagé plusieurs projets majeurs visant à renforcer l’efficacité globale de la station d’épuration : automatisation accrue des processus, optimisation énergétique des équipements, amélioration des traitements biologiques et chimiques, ainsi que développement d’outils de pilotage intelligent.
Nous préparons également la mise en place d’une quatrième étape de traitement destinée à éliminer durablement les résidus médicamenteux et autres micropolluants présents dans les eaux usées.
À plus long terme, nous souhaitons développer davantage l’optimisation du réseau collecteur grâce à l’intelligence artificielle. Ces nouvelles technologies permettront d’anticiper plus efficacement les variations de charges polluantes, de détecter rapidement certaines anomalies et d’améliorer la gestion globale des flux, notamment lors des épisodes pluviaux intenses. Nous travaillons aussi sur la récupération du phosphore issu des boues d’épuration ainsi que sur une gestion énergétique plus responsable, dans une logique d’économie circulaire et de durabilité.
Notre objectif est double : améliorer significativement la qualité des eaux rejetées tout en réduisant l’empreinte environnementale de nos infrastructures au bénéfice des communes et des générations futures.
Quel message souhaitez-vous adresser aux communes et aux citoyens quant à l’importance
de la gestion des eaux usées et des infrastructures associées ?
La gestion des eaux usées constitue un enjeu fondamental pour la protection de l’environnement, de la santé publique et de la qualité de vie dans nos communes. Même si ces infrastructures restent souvent invisibles pour le grand public, elles représentent un pilier essentiel du développement durable et du bon fonctionnement de notre société.
L’eau devient aujourd’hui une ressource de plus en plus précieuse, rare et coûteuse. Sa préservation doit être une responsabilité collective. C’est pourquoi nous accordons une grande importance aux actions de sensibilisation et d’information destinées aux citoyens, afin de promouvoir des comportements responsables et une meilleure compréhension des enjeux liés au cycle de l’eau.
Nous collaborons activement avec différents partenaires et initiatives, notamment ALUSEAU – l’Association luxembourgeoise des services d’eau – ainsi que la plateforme OFWASSER.lu, qui jouent un rôle important dans l’information et la sensibilisation à la gestion durable de l’eau au Luxembourg.
Dans ce contexte, les infrastructures d’assainissement doivent également être conçues comme des installations résilientes et sécurisées. Le traitement des eaux usées constitue un service essentiel, voire une infrastructure critique au sens des nouvelles exigences européennes, notamment dans le cadre de la directive NIS2. La future station devra donc être capable de garantir la continuité du service même en situation exceptionnelle, y compris lors de scénarios de black-out énergétique, de cyberattaque ou d’événements climatiques extrêmes.
Notre ambition est claire : continuer à investir dans des infrastructures modernes, performantes, résilientes et durables afin de garantir, pour les générations actuelles et futures, une gestion responsable de cette ressource vitale.