Agriculture, alimentation et viticulture : préparer l’avenir tout en préservant nos racines

Avec près de 1.800 exploitations agricoles, environ 121.608 hectares de surfaces agricoles et quelque 1.250 hectares de vignobles le long de la Moselle, l’agriculture et la viticulture constituent des piliers essentiels de l’économie et de l’identité luxembourgeoises. Production laitière, élevage, cultures céréalières, vins et crémants de qualité : ces secteurs contribuent non seulement à notre souveraineté alimentaire, mais également à l’entretien des paysages et à la vitalité de nos régions rurales.

Face aux défis du changement climatique, du renouvellement des générations, de l’évolution des marchés et de l’innovation technologique, les exploitations agricoles et viticoles doivent continuellement s’adapter. Dans cet entretien accordé à Lëtzebuerger Gemengen, Madame la Ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Viticulture, Martine Hansen, revient sur les grands enjeux qui façonneront l’avenir du secteur.

Quelles sont vos priorités pour renforcer la souveraineté alimentaire du Luxembourg tout en maintenant la compétitivité de nos exploitations agricoles ?

Martine Hansen : La souveraineté alimentaire est un enjeu stratégique pour le Luxembourg. Nous devons être capables de produire une part importante de notre alimentation tout en garantissant la viabilité économique de nos exploitations. Nos priorités sont claires : soutenir les agriculteurs dans leurs investissements, renforcer les filières locales, promouvoir les produits luxembourgeois et simplifier autant que possible les démarches administratives.

La compétitivité de nos exploitations passe également par l’innovation, la formation et l’accompagnement des agriculteurs face aux évolutions du marché. Nous voulons une agriculture performante, durable et capable de répondre aux attentes des consommateurs tout en assurant un revenu équitable aux producteurs.

Le renouvellement des générations reste un défi majeur. Quelles mesures concrètes envisagez-vous pour encourager davantage de jeunes à s’installer comme agriculteurs ?

M.H : L’installation des jeunes agriculteurs constitue l’une de nos principales préoccupations. Sans relève, il n’y a pas d’avenir pour notre agriculture.

Nous travaillons à renforcer les aides à l’installation, à faciliter l’accès au foncier et à accompagner les jeunes entrepreneurs agricoles dans leurs projets. Nous souhaitons également améliorer la visibilité des métiers agricoles auprès des jeunes générations et valoriser les nombreuses opportunités qu’offre aujourd’hui ce secteur.

L’agriculture moderne fait appel à des compétences techniques, environnementales, numériques et entrepreneuriales. C’est un métier exigeant, mais aussi passionnant et porteur de sens.

Comment concilier les objectifs environnementaux et climatiques avec la réalité économique des exploitations agricoles luxembourgeoises, notamment face à l’augmentation des coûts de production ?

M.H : La transition écologique doit être menée avec pragmatisme. Nos agriculteurs sont déjà des partenaires essentiels dans la protection de l’environnement, la préservation de la biodiversité et la gestion durable des ressources naturelles.

Nous devons poursuivre cette transition sans mettre en péril la rentabilité des exploitations. Les mesures environnementales doivent être réalistes, adaptées aux réalités du terrain et correctement financées. Il est essentiel d’accompagner les agriculteurs dans leurs efforts plutôt que de leur imposer des contraintes supplémentaires sans compensation.

L’objectif est de construire une agriculture à la fois durable sur le plan environnemental et solide sur le plan économique.

Quel rôle les nouvelles technologies, comme l’agriculture de précision, l’intelligence artificielle et l’automatisation, peuvent-elles jouer dans l’avenir de l’agriculture luxembourgeoise ?

M.H : Les nouvelles technologies représentent une formidable opportunité pour notre agriculture. Elles permettent d’améliorer la productivité, d’optimiser l’utilisation des ressources et de réduire l’impact environnemental des exploitations. L’agriculture de précision, les drones, les capteurs intelligents, la robotisation ou encore l’intelligence artificielle offrent déjà des solutions concrètes pour mieux gérer les cultures et les élevages. Ces outils permettent également de réduire la charge de travail quotidienne et d’améliorer le bien-être des agriculteurs.

Le ministère soutient cette transition à travers les aides à l’investissement, la formation, le conseil et les collaborations avec les instituts de recherche et les acteurs du secteur.

La décision de Lactalis de résilier son contrat avec les producteurs laitiers luxembourgeois suscite de vives inquiétudes. Quelles actions concrètes le gouvernement entend-il mettre en œuvre pour garantir des débouchés durables à ces producteurs ?

M.H : La filière laitière constitue l’un des piliers de notre agriculture nationale et nous sommes pleinement conscients des inquiétudes exprimées par les producteurs.

Depuis l’annonce de cette décision, le ministère est en échange régulier avec les agriculteurs, les organisations professionnelles, les coopératives et les acteurs de la filière afin d’identifier des solutions durables. Notre priorité est d’assurer la continuité des débouchés pour les producteurs concernés et de préserver la stabilité du secteur.

Nous souhaitons également renforcer la valorisation du lait luxembourgeois, soutenir les initiatives locales de transformation et développer de nouvelles opportunités commerciales. Le Luxembourg dispose d’un savoir-faire reconnu et d’une excellente réputation en matière de qualité. Nous devons nous appuyer sur ces atouts pour consolider l’avenir de la filière.

La viticulture luxembourgeoise fait face à de nouveaux défis, notamment climatiques.
Comment voyez-vous l’avenir des vins et crémants luxembourgeois ?

M.H : La viticulture luxembourgeoise possède une tradition remarquable et constitue une vitrine importante du savoir-faire national. Nos vins et nos crémants bénéficient d’une excellente réputation, tant au Luxembourg qu’à l’international.

Les changements climatiques imposent néanmoins une adaptation permanente. Nous accompagnons les viticulteurs dans cette évolution, notamment à travers la recherche, l’innovation et les investissements dans les pratiques durables.

Je suis convaincue que les vins et crémants luxembourgeois disposent d’un potentiel de développement important. La qualité, l’authenticité et l’excellence resteront les meilleurs ambassadeurs de notre viticulture.

« Notre ambition est claire : garantir une agriculture et une viticulture fortes, innovantes et durables. Les agriculteurs et les viticulteurs jouent un rôle essentiel dans notre société. Ils nourrissent la population, entretiennent nos paysages et contribuent à l’identité même du Luxembourg. Le gouvernement continuera à les accompagner afin de préparer sereinement les défis des prochaines décennies. », Martine Hansen. 

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