Santé, bien-être et performance : un levier stratégique pour l’entreprise

Dans un contexte où la santé des collaborateurs s’impose comme un levier stratégique majeur pour les entreprises, le service de santé au travail d’ArcelorMittal au Luxembourg se positionne comme un acteur de référence, fort d’une longue tradition d’innovation et d’expertise. Entretien avec Marc Jacoby, médecin spécialiste en santé au travail au sein d’ArcelorMittal Luxembourg. 

Dans un contexte où la santé des collaborateurs devient un enjeu stratégique, comment se positionne votre service ?

ArcelorMittal, anciennement ARBED, est historiquement un pionnier de la santé au travail au Luxembourg. Bien avant l’existence d’un cadre réglementaire national, notre entreprise disposait déjà d’un service structuré de médecine du travail. Nous avons également été précurseurs dans le développement d’études ergonomiques. Cette culture de prévention et d’innovation est profondément ancrée dans notre ADN, et elle continue aujourd’hui de guider nos actions.

La santé mentale occupe désormais une place centrale dans les entreprises. Comment abordez-vous ce sujet ?

Effectivement, depuis plus d’une décennie, la santé mentale est devenue une priorité majeure. Nous évoluons dans un monde passé du modèle VUCA (volatile, incertain, complexe, ambigu) à un monde BANI (fragile, anxieux, non linéaire, incompréhensible). Cette transformation augmente significativement les risques de troubles psychiques et exige des actions à tous les niveaux de prévention.

Nous avons d’abord mené un important travail de sensibilisation pour déstigmatiser la souffrance psychique, encore taboue pour de nombreux collaborateurs. L’objectif est double : développer la capacité de chacun à reconnaître des signes précoces de mal-être et selon le besoin orienter rapidement vers une prise en charge adaptée. Les résultats sont encourageants : les sujets comme le stress, le burnout ou encore les troubles anxieux sont aujourd’hui plus facilement évoqués, et les collaborateurs sollicitent beaucoup plus facilement de l’aide.

Parallèlement, nous favorisons l’intégration des personnes présentant une neurodiversité, en valorisant leurs compétences et en adaptant les environnements de travail.

Quelles actions concrètes avez-vous mises en place ?

Nous avons développé un programme complet de formations en santé mentale, destiné à l’ensemble des collaborateurs, personnel de production comme personnel administratif, ainsi que des formations spécifiques pour les managers.

Nous accordons également une importance particulière à la prise en charge : rapide, confidentielle et durable. Notre service repose sur une équipe multidisciplinaire composée de médecins du travail, d’infirmiers spécialisés, d’une assistante sociale et de psychologues externes. Nous proposons différentes approches, telles que la sophrologie, l’EFT (Emotional Freedom Techniques), l’hypnothérapie, ainsi qu’un accompagnement psychothérapeutique sur le long terme.

Vous avez également introduit les “secouristes en santé mentale”. Pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est une initiative dont nous sommes particulièrement fiers. Depuis 2021, nous formons des collaborateurs volontaires au rôle de « secouristes en santé mentale ». Leur mission est d’être des ambassadeurs de la prévention, capables d’écouter, de rassurer et d’orienter leurs collègues vers une aide professionnelle.

À ce jour, plus de 300 personnes ont été formées. Nous avons également mis en place un programme de suivi avec des séances de débriefing trimestrielles, des mises en situation et des conférences thématiques. Cette dynamique permet de maintenir leur engagement et leur efficacité sur le terrain.

Comment mesurez-vous l’impact de vos actions ?

Au fil des années, nous avons développé des indicateurs spécifiques, regroupés dans un tableau de bord RPS (Risques Psychosociaux). Cet outil nous permet de mieux comprendre les problématiques rencontrées, mais aussi d’évaluer l’efficacité des actions mises en place.

Il est important de rappeler que la prévention des RPS s’inscrit dans le temps long : c’est un travail comparable à un marathon, qui demande constance et engagement.

L’ergonomie est également un axe important. Quels sont vos défis dans ce domaine ?

Nos infrastructures industrielles, parfois centenaires, représentent un véritable défi. Cependant, l’ergonomie fait partie de notre histoire depuis longtemps. La présence d’une ergonome au sein de l’équipe santé permet de dynamiser encore davantage nos actions.

Nous intervenons à plusieurs niveaux : études ergonomiques, conception de nouveaux postes, mesures de paramètres (bruit, vibrations, éclairage, contraintes thermiques), ainsi que des « ergochecks » dans les environnements administratifs. 

Nous proposons également des formations pratiques « gestes et postures », notamment sur le terrain pour les opérateurs de production. Ces sessions permettent non seulement d’améliorer les pratiques individuelles, mais aussi de coconstruire avec les équipes des solutions adaptées lorsque les contraintes dépassent les recommandations classiques.

Comment réagissez-vous face à l’évolution de la médecine générale au Luxembourg ?

Nous constatons effectivement que de nombreux salariés n’ont plus de médecin traitant et ont tendance à consulter ponctuellement via des plateformes digitales. Cela a un impact sur la prévention globale.

Pour y répondre, nous avons transformé les examens périodiques en véritables mini check-ups médicaux. Sur base volontaire, nous proposons des examens complémentaires et remettons un « passeport santé » contenant nos observations et conseils. Ce document peut ensuite être partagé avec un médecin pour
assurer un suivi.

En complément, nous organisons tout au long de l’année des actions de prévention : semaine de la santé mentale, Octobre rose (cancer du sein), Movember (cancer de la prostate), programmes de sevrage tabagique, consultations en diététique, ainsi que des campagnes de vaccination contre la grippe ou le Covid.

Quel message souhaitez-vous transmettre en conclusion ?

Face aux défis d’un monde BANI, une industrie durable repose avant tout sur des collaborateurs en bonne santé, protégés, respectés et accompagnés tout au long de leur parcours professionnel, tant sur le plan physique que mental. 

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