Les grands chantiers publics au Luxembourg : enjeux, vision et transformation du territoire

Madame la Ministre, le Luxembourg connaît actuellement une dynamique importante en matière de chantiers publics. Quels sont aujourd’hui les projets structurants qui façonneront le pays dans les prochaines années ?

Yuriko Backes : Le pays fait face à une hausse prévue de 40% de la demande de mobilité d’ici 2035 par rapport à 2017, renforcée par la croissance démographique et des flux de navetteurs. Pour répondre à ce défi majeur, la stratégie de mobilité du Luxembourg vise à transformer le système de transport en un réseau multimodal cohérent, offrant plus de choix aux citoyennes et citoyens. Elle repose sur l’augmentation des capacités du tram et du rail, l’amélioration des transports publics et le développement de la mobilité active, dans une logique moderne, efficace et respectueuse de l’environnement. Ces axes constituent le cœur du Plan national de mobilité.

Le ministère investit dans des outils de planification basés sur les données, tels que les enquêtes de mobilité et l’Observatoire digital de la mobilité, qui alimenteront directement le nouveau Plan de mobilité prévu pour 2027. L’objectif est de préparer un réseau d’infrastructures capable d’absorber cette croissance tout en restant durable, centré sur la personne et aligné sur les priorités économiques et environnementales à long terme du Luxembourg.

Pour atteindre ces objectifs, une forte augmentation de la capacité d’investissement du ministère est nécessaire ; le budget du ministère pour 2026 a ainsi augmenté de 8%, atteignant 3,5 milliards d’euros, soit 11,5% de l’ensemble du budget national. Au cours de la prochaine décennie, de grands projets d’investissement transformeront le Luxembourg en l’un des écosystèmes de mobilité les plus intégrés, efficaces et durables d’Europe. L’assainissement énergétique des bâtiments publics, leur entretien et leur rénovation constituent une pierre angulaire du budget, avec des hausses graduelles : de 336 millions d‘euros en 2026 jusqu’à 622 millions d’euros en 2029.

Au-delà de leur dimension technique, les grands chantiers publics jouent un rôle clé dans l’aménagement du territoire. Comment ces projets contribuent-ils concrètement à améliorer la qualité de vie des citoyens et la cohésion entre les régions ?

YB: Les grands chantiers publics ne sont pas seulement des opérations techniques ; ils constituent des investissements structurants qui améliorent directement la vie quotidienne en reliant nos territoires. En développant les réseaux routiers, ferroviaires, cyclables, ainsi que les transports publics, je souhaite rendre les déplacements, tant privés que professionnels, nationaux que transfrontaliers, plus fluides, plus accessibles et plus durables. Les projets en cours et en gestation doivent aussi renforcer la cohésion entre les régions. La modernisation d’axes comme la A3, la N7 dans le nord du pays, le développement des pistes cyclables à l’échelle nationale, le projet du tram rapide sont autant d’exemples qui contribuent à relier plus efficacement l’ensemble du territoire, à soutenir l’activité économique locale.

Au-delà de la mobilité, les grands chantiers soutiennent le dynamisme régional et la décentralisation en modernisant les équipements publics, tels que des nouveaux établissements scolaires, la durabilité des infrastructures administratives et de services publics durables, ainsi que des aménagements routiers et ferroviaires optimisés. 

À titre d’exemple, la réalisation d’un nouveau Plan sectoriel « lycées » avec la création de 11 nouveaux lycées à long terme constitue un instrument stratégique, permettant une planification des infrastructures de l’enseignement secondaire, étroitement liée à une organisation territoriale cohérente. Le plan est complété par un plan d’accélération de 17 projets estimé à 1,9 milliard d’euros afin d’accélérer les procédures et la réalisation de projets de construction ou d’extension d’infrastructures scolaires.

Tous ces investissements traduisent une vision à long terme et renforcent la cohésion territoriale en garantissant des services publics performants et accessibles. Un pays mieux connecté, mieux organisé et en progrès, est un pays mieux vécu par sa population.

Face à la croissance démographique et à la pression sur les infrastructures, comment le gouvernement priorise-t-il les investissements publics, notamment entre mobilité, logement et équipements collectifs.Dans un contexte économique complexe, le gouvernement a choisi d’accélérer ses investissements avec un double objectif : soutenir les acteurs concernés et préparer durablement le pays pour l’avenir, à travers l’optimisation et le développement de ses infrastructures. Ces initiatives traduisent une volonté claire de permettre au Luxembourg de relever les défis de demain sans opposer les différents projets, mais en reconnaissant pleinement la nécessité d’investir à un haut niveau dans la mobilité, le logement et les bâtiments publics. Un développement durable repose en effet sur une action concertée et cohérente entre les secteurs essentiels.

Les enjeux environnementaux sont désormais centraux. Comment les chantiers publics intègrent-ils les objectifs climatiques du Luxembourg, notamment en matière de durabilité, de réduction des émissions et d’économie circulaire ?

YB: L’amélioration énergétique, la mise en conformité et l’utilisation plus efficiente des bâtiments publics existants, ainsi que la réalisation de nouvelles constructions en fonction des besoins des différents ministères, constituent des axes essentiels pour accompagner la croissance démographique et les exigences qu’elle entraîne.

Le PNEC (Plan national intégré en matière d’énergie et de climat) du Luxembourg, qui fixe la feuille de route du pays en matière de politique énergétique et climatique pour la période 2021-2030, fournit un cadre opérationnel visant à rendre notamment le secteur des travaux publics plus durable, davantage circulaire et à être performant sur les plans énergétique et environnemental. Dans ce contexte, l’État s’engage à rénover énergétiquement son patrimoine immobilier, à intégrer des principes de circularité dans les processus de construction, en favorisant le réemploi et le recyclage des matériaux issus de la déconstruction, et à déployer des installations techniques et des systèmes de production d’énergie à haut rendement. L’objectif global est de diminuer l’empreinte environnementale en privilégiant des équipements alimentés par des sources renouvelables, tels que les panneaux photovoltaïques, devenus aujourd’hui un élément systématique de tout nouveau projet.

Une stratégie coordonnée visant à moderniser le parc immobilier de l’État, à intégrer les principes de durabilité dès la phase de planification et à garantir une utilisation optimale des ressources publiques me tient à cœur. Un monitoring structuré et en continu du patrimoine de l’État permet par ailleurs d’orienter des investissements ciblés et efficients. Les investissements dans les infrastructures publiques doivent concilier impératifs fonctionnels, performance énergétique et maîtrise des coûts sur l’ensemble du cycle de vie des bâtiments. L’Administration des bâtiments publics met ainsi l’accent sur une gestion proactive et durable du patrimoine bâti de l’État. Elle veille à ce que chaque projet, rénovation ou nouvelle construction réponde à des standards élevés en matière d’efficacité énergétique des matériaux, de qualité architecturale et de résilience climatique. Chaque rénovation, chaque nouvelle construction doit être un investissement dans un pays plus durable, plus résilient en faveur de la qualité de vie de sa population.

La politique de la mobilité repose elle aussi sur des orientations claires : une approche multimodale, la transition vers des transports publics à zéro émission, le développement de la cyclabilité/du réseau cyclable et des investissements soutenus dans les réseaux de transports publics, couronnés par la gratuité de ceux-ci. Ce faisant, la mobilité constitue un levier central de la stratégie climatique nationale.

Enfin, dans un contexte économique incertain et marqué par des tensions sur les coûts des matériaux et de l’énergie, comment garantissez-vous la viabilité et la continuité des grands projets publics à long terme ?

YB: Face aux tensions sur les coûts des matériaux et de l’énergie, le gouvernement assume pleinement sa responsabilité en poursuivant les investissements essentiels pour l’avenir du pays. Par une approche proactive fondée sur l’anticipation, la rigueur et l’innovation, il garantit la continuité et l’optimisation des services publics, dans le respect de l’intérêt général et de l’impact social et territorial des décisions.

Ne pas investir aujourd’hui, c’est créer les problèmes de demain. Il n’y a pas d’autre alternative que de poursuivre la dynamique des infrastructures publiques afin d’accompagner le développement du pays, mais aussi d’améliorer la qualité de vie de sa population et de ses actifs frontaliers. 

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