Un enjeu de collecte, de sécurité et de valorisation
Avec l’augmentation constante des batteries mises sur le marché et l’entrée en vigueur du nouveau règlement européen sur les batteries, les défis liés à la collecte, au recyclage et à la sensibilisation du public prennent une ampleur inédite. Rencontre avec Ecobatterien, l’organisme chargé de coordonner au Luxembourg la collecte et le traitement des batteries usagées. Explications avec son directeur, Andy Maxant.
Pouvez-vous présenter Ecobatterien et son rôle au Luxembourg ?
Ecobatterien a été créée en 2009, à la suite d’une directive européenne qui imposait aux entreprises mettant des batteries sur le marché de prendre en charge leur collecte et leur recyclage. Pour répondre à cette obligation, les sociétés concernées se sont regroupées au sein d’une structure commune.
Aujourd’hui, l’organisme compte 1.035 membres et coordonne l’ensemble du système de reprise et de traitement des batteries usagées au Luxembourg. Les volumes que nous traitons témoignent d’une croissance continue du secteur. En 2025, près de 15 millions de batteries ont été mises sur le marché luxembourgeois. En parallèle, plus de 207 tonnes de batteries portables et plus de 2.000 tonnes de batteries de démarrage au plomb ont été collectées.
Cette hausse régulière s’explique notamment par l’essor des équipements électroniques, des véhicules électriques et des moyens de mobilité légère comme les vélos ou trottinettes électriques.
Qu’est-ce qui change avec le nouveau règlement européen sur les batteries ?
Le principal changement réside dans le passage d’une directive européenne à un règlement européen directement applicable dans tous les États membres. Avant, les textes devaient être transposés dans les lois nationales. Désormais, le règlement s’applique directement.
Le texte modernise également les catégories de batteries. La précédente directive, datant de 2006, distinguait essentiellement les batteries portables, industrielles et de démarrage. Cette classification est devenue insuffisante avec l’apparition massive des batteries lithium-ion et des véhicules électriques. Le nouveau règlement introduit désormais plusieurs catégories précises : batteries portables jusqu’à 5 kg, batteries pour moyens de transport légers jusqu’à 25 kg, batteries de véhicules électriques, batteries de démarrage, d’éclairage et d’allumage, ainsi que batteries industrielles.
Le règlement fixe aussi de nouveaux objectifs ambitieux de collecte et de recyclage. Pour les batteries portables, le taux de collecte devra atteindre 63% en 2027 puis 73% en 2030. Des objectifs spécifiques concernent également les batteries des moyens de transport légers, avec un taux de collecte fixé à 51% en 2028 et 61% en 2031.
À cela s’ajoutent des exigences de recyclage selon les familles chimiques : plus de 75% pour les batteries au plomb, 65% pour les batteries lithium, 80% pour le nickel-cadmium et 50% pour les autres types de batteries.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis liés aux batteries ?
Pour nous, le premier défi reste la sensibilisation du public. Malgré l’existence de filières de collecte, trop de batteries finissent encore dans les déchets ménagers. Le grand défi, c’est de dire aux gens de ne pas les jeter dans la poubelle. Cet enjeu est d’autant plus important que les batteries contiennent des matières premières valorisables mais aussi des composants potentiellement dangereux lorsqu’ils ne sont pas traités correctement.
La question de la sécurité liée au lithium constitue également un défi majeur. Avec la multiplication de ce type de batteries dans les appareils électroniques, les vélos ou les véhicules électriques, les risques d’incendie augmentent dans les circuits de collecte et de traitement.
Pour répondre à ces enjeux, nous avons adapté notre organisation. Depuis l’année dernière, les batteries issues des moyens de transport légers sont collectées séparément dans les centres de ressources, alors qu’elles étaient auparavant mélangées aux batteries portables classiques.
Nous menons aussi une importante campagne de communication multilingue afin de rappeler les bons gestes de tri. Déployée en français, luxembourgeois et anglais, la campagne met en avant un message simple : les batteries ne doivent jamais être jetées dans la poubelle noire. Le slogan choisi résume cette approche : « Ceci est un trésor ». Derrière ce message, l’idée est de rappeler que les batteries contiennent des ressources précieuses qui peuvent être récupérées et réutilisées grâce au recyclage.
Des QR codes ont également été installés sur les points de collecte afin de permettre aux citoyens d’accéder directement à des informations sur le tri, la sécurité et les points de reprise.
Le recyclage des batteries progresse-t-il réellement ?
Les progrès réalisés ces dernières années sont considérables, notamment grâce aux investissements industriels. Les batteries collectées au Luxembourg sont principalement traitées en France et en Allemagne, dans des installations spécialisées qui doivent atteindre les objectifs européens sous peine de perdre leurs clients.
Certaines usines vont désormais beaucoup plus loin dans la valorisation des matériaux. À partir de la « black mass », cette poudre noire issue du broyage des batteries, il devient possible de récupérer du lithium et d’autres matières stratégiques.
En parallèle, de nouveaux modèles émergent autour de la réutilisation des batteries. Au Luxembourg, un acteur spécialisé utilise notamment des robots assistés par intelligence artificielle pour démonter les batteries de véhicules électriques et identifier les modules encore fonctionnels. Ceux-ci peuvent ensuite être réutilisés dans des systèmes de stockage d’énergie. Nous parvenons quand même à donner une seconde vie à certaines batteries, au lieu de simplement les envoyer au recyclage.