Au cœur du recyclage des équipements électriques et électroniques
Face à la multiplication des équipements électriques et électroniques, leur recyclage devient un enjeu majeur. Depuis plus de vingt ans, Ecotrel coordonne au Luxembourg la collecte, le traitement et la réutilisation des appareils en fin de vie. Andy Maxant, directeur, revient sur les défis du secteur, les enjeux du réemploi et les solutions mises en place pour accompagner la transition vers une économie circulaire.
Une mission née des obligations européennes
Créée en 2004 à l’initiative de 43 sociétés, Ecotrel joue aujourd’hui un rôle central dans la gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) au Luxembourg. « À travers la collecte, le recyclage et la sensibilisation, nous accompagnons les producteurs et les consommateurs dans une démarche devenue indispensable face aux enjeux environnementaux actuels. Nous comptons aujourd’hui 946 sociétés membres. », déclare Andy Maxant, directeur.
L’origine d’Ecotrel remonte à la transposition en droit national de deux directives européennes imposant aux producteurs d’assumer la responsabilité des équipements mis sur le marché une fois arrivés en fin de vie. « Le producteur, dans sa définition légale, c’est celui qui fabrique, celui qui met en vente ou encore celui qui met pour la première fois un appareil sur le marché luxembourgeois », explique-t-il. Ces sociétés ont ainsi l’obligation de financer la collecte et le recyclage des appareils usagés rapportés dans les centres de ressources du pays.
Pour répondre à cette obligation collective, les entreprises fondatrices ont créé Ecotrel afin que l’association prenne en charge ces missions pour leur compte. Depuis plus de vingt ans, cette mission n’a jamais changé, même si le cadre légal et les priorités environnementales ont fortement évolué.
Des chiffres en constante augmentation
Aujourd’hui, les chiffres témoignent de l’ampleur du travail réalisé. En 2025, 6.571 tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques ont été collectées au Luxembourg. Dans le même temps, près de 7,8 millions d’appareils ont été mis sur le marché, un chiffre en augmentation par rapport à l’année précédente.
Au-delà du recyclage, la question de la réutilisation prend une place grandissante. C’est dans cette logique qu’a été lancé le projet pilote « Social ReUse » fin 2018. « Le principe est simple : lorsqu’un citoyen dépose un appareil encore fonctionnel dans un centre de ressources, celui-ci peut être orienté vers une filière de réemploi plutôt que vers le recyclage. Des acteurs sociaux récupèrent alors les appareils, les testent et les remettent sur le marché si leur état le permet », souligne Andy Maxant. L’an dernier par exemple, 12.107 appareils ont été collectés dans le cadre du projet, et 9.937 ont pu être remis en circulation sur le marché de la seconde main.
Du centre de ressources au recyclage des matières
Concrètement, le parcours d’un appareil électrique commence dès son achat. Une cotisation de recyclage est intégrée au prix payé par le consommateur. Celle-ci permet ensuite de financer la collecte et le traitement des appareils en fin de vie. Lorsqu’un appareil devient inutilisable, il peut être déposé dans un centre de ressources ou lors des collectes mobiles organisées à travers le pays.
Les déchets sont ensuite triés selon différentes catégories. « Certains appareils sont considérés comme « problématiques », notamment les réfrigérateurs, les lampes ou encore les radiateurs à bain d’huile. D’autres, comme les petits appareils, les écrans ou l’électroménager classique, suivent une autre filière », précise Andy Maxant.
Une étape primordiale du traitement est réalisée au Luxembourg, à Bettembourg, où les appareils sont démontés manuellement afin d’être dépollués. Batteries, condensateurs, câbles, circuits imprimés, verre ou plastiques sont séparés afin d’obtenir des matières plus pures avant leur envoi vers des usines de recyclage situées principalement en Belgique, en France et en Allemagne.
« Nous sommes quasiment les seuls en Europe à faire un démontage manuel de cette manière », souligne-t-il. Ce travail minutieux permet notamment de retirer des composants potentiellement dangereux, parfois même sur de très petits appareils.
Sensibiliser face aux nouveaux défis
Si le système fonctionne globalement bien, plusieurs défis demeurent. Parmi eux figure le phénomène du « hoarding », ou thésaurisation, qui consiste à conserver chez soi d’anciens appareils inutilisés dans des tiroirs ou des caves. Une pratique fréquente qui prive les filières de recyclage de matières précieuses. Pour sensibiliser les citoyens, Ecotrel mène des campagnes de communication autour de ce sujet.
Autre problématique : les exportations illégales ou mal tracées de matériel informatique. Certains équipements professionnels quittent le territoire sans intégrer les circuits officiels de collecte et de recyclage. « Dès que des produits ont une certaine valeur, ils disparaissent parfois de façon illégale du marché », explique Andy Maxant. Le phénomène concerne particulièrement le matériel informatique, qui conserve une valeur résiduelle même après plusieurs années d’utilisation.
La situation géographique du Luxembourg constitue également un défi spécifique. De nombreux consommateurs effectuent leurs achats à l’étranger, tandis que certains équipements utilisés au Luxembourg repartent ensuite hors du pays sans revenir dans les filières nationales de collecte.
« Pas de panique » : une nouvelle campagne
Ecotrel mise avant tout sur la sensibilisation et l’information. En 2026, l’association prévoit une nouvelle campagne articulée autour de quatre messages clés : expliquer la cotisation de recyclage, rappeler les bons réflexes de tri, encourager la réutilisation et montrer concrètement ce que deviennent les appareils une fois collectés. Le mot d’ordre de cette campagne : « Pas de panique ». « À travers des vidéos courtes, de l’affichage urbain et des actions de terrain, nous souhaitons apporter des réponses simples et concrètes aux questions des citoyens. « Notre objectif est de rappeler les bons réflexes : trier, réutiliser si possible, puis recycler », résume Andy Maxant.