Tous engagés pour une culture de prévention
Institution de la Sécurité sociale, l’Association d’assurance accident (AAA) intervient à la fois en amont, par la prévention des risques professionnels et en aval, via l’indemnisation des assurés lorsqu’un accident ou une maladie liée au travail survient. Un double rôle rappelé par ses représentants, Georges Wagner, Chargé de Direction, Elio Rerman, Chargé d’études du service Prévention et Jerry Fusenig, Inspecteur du service Prévention.
Le double rôle de l’AAA
Prévenir les accidents du travail et accompagner leurs conséquences : c’est sur ce double pilier que repose l’action de l’AAA. « Notre première mission est la prévention des accidents du travail, des accidents de trajet et des maladies professionnelles. Cela passe par des campagnes de sensibilisation, des actions de communication, mais aussi par des formations directement proposées aux entreprises et aux acteurs publics, notamment les communes. Notre service de prévention accompagne ainsi les employeurs dans la mise en place de mesures concrètes visant à réduire les risques au quotidien. L’objectif est de diffuser une culture de la sécurité qui dépasse le simple respect des obligations légales », explique Georges Wagner, Chargé de Direction. « En parallèle, nous assurons une mission d’indemnisation. Lorsqu’un accident du travail, de trajet ou une maladie professionnelle est reconnu, nous prenons en charge les conséquences financières et humaines pour les assurés concernés, qu’il s’agisse d’une perte de revenu ou d’une incapacité temporaire ou durable », poursuit-il.
VISION ZERO : structurer la prévention au Luxembourg
La campagne VISION ZERO est aujourd’hui l’un des axes majeurs de la politique de prévention portée par l’AAA. Inspirée d’une initiative internationale, elle a été introduite au Luxembourg en 2016 avant d’être progressivement déployée à travers des campagnes de sensibilisation régulières. En 2022, elle franchit un cap important en étant adoptée comme stratégie nationale de prévention. « L’idée de VISION ZERO, c’est d’aller vers zéro accident, même si cet objectif est évidemment utopique. Le but est surtout de réduire au maximum les accidents graves et mortels », affirme Elio Rerman, Chargé d’études du service Prévention. Derrière le slogan, la philosophie est claire : installer durablement une culture de prévention dans les entreprises comme dans le secteur public. Cette stratégie ne se limite pas à la sécurité au sens strict. Elle englobe désormais la santé au travail et, plus récemment, la dimension du bien-être, mise en avant lors du dernier Forum SST de l’AAA.
Au cœur du dispositif, les « sept règles d’or de la VISION ZERO » constituent un cadre de référence destiné principalement aux directions d’entreprises et aux responsables du secteur communal. Ces engagements visent à structurer la gestion de la sécurité et à ancrer la prévention dans le fonctionnement quotidien des organisations. Pour l’AAA, tout repose sur un principe clé : le leadership. Sans implication claire et visible de la direction, la culture de prévention peine à se diffuser jusqu’au terrain. « Le premier engagement est celui du leadership. Il est essentiel, car il permet aux équipes de constater que la direction est réellement impliquée dans la sécurité et la santé au travail », souligne encore Georges Wagner.
Cette logique s’applique particulièrement au secteur communal, où la diversité des métiers expose les agents à une large variété de risques : travail en extérieur, engins, électricité, voirie ou encore maintenance technique. Dans ce contexte, la prévention ne peut être fragmentée. « L’important est la cohérence de l’ensemble. Les règles de prévention ne doivent pas être appliquées isolément, mais comme un système global », précise Jerry Fusenig, Inspecteur du service Prévention. Si certains risques, comme les risques psychosociaux, prennent aujourd’hui une importance croissante, l’association insiste toutefois sur la nécessité de ne pas hiérarchiser artificiellement les dangers. Tous doivent être pris en compte dans une logique globale de prévention.
Un risque encore sous-estimé
Parmi les risques professionnels encore trop souvent minimisés, les accidents de trajet occupent pourtant une place importante au Luxembourg. Pour mieux sensibiliser les employeurs et les communes à cette problématique, l’AAA, en collaboration avec différents partenaires, a récemment lancé une campagne intitulée « Sécurité routière au travail », déclinée autour de sept engagements sur le modèle de la stratégie VISION ZERO.
L’objectif est de rappeler que les risques liés à la circulation font pleinement partie de la prévention au travail. « Le trajet représente environ 20% des accidents que nous enregistrons au Luxembourg, soit près de 3.000 accidents par an. Beaucoup d’entreprises pensent parfois qu’elles ne peuvent pas agir sur ce risque, alors qu’elles disposent pourtant d’un véritable levier de sensibilisation et de prévention », explique Elio Rerman. L’AAA insiste sur la responsabilité des employeurs, notamment en ce qui concerne l’état technique des véhicules ou l’organisation des déplacements, surtout dans les communes où les agents utilisent régulièrement des véhicules de service. La prévention du risque d’accident de trajet passe aussi par des actions simples : rappeler l’importance des pneus d’hiver, vérifier l’éclairage des véhicules ou sensibiliser les agents aux distractions sur la route.
Au-delà de l’enjeu humain, les accidents de trajet représentent également un coût important pour les employeurs. Un accident sur deux entraîne en effet une incapacité de travail de plus de trois jours, avec un impact direct sur l’absentéisme et l’organisation des services.
La prévention par la formation
Au-delà des campagnes de sensibilisation, la prévention repose aussi sur un volet très concret : la formation. Pour le secteur communal, les besoins identifiés par l’AAA sont globalement similaires à ceux du secteur privé, mais avec une diversité de métiers particulièrement large. Habilitation électrique, conduite d’engins, travaux en hauteur, échafaudages ou encore sécurité dans les espaces verts : les formations couvrent un spectre étendu, directement lié aux réalités opérationnelles des communes. « Nous avons au total une soixantaine de modules qui sont proposés, allant des engins de chantier utilisés dans les ateliers communaux aux formations de préparation à l’habilitation électrique nécessaires lors d’interventions sur des réseaux électriques ou sur l’éclairage public » explique Elio Rerman.
Ces modules s’appuient sur les recommandations de prévention élaborées par l’AAA, qui servent de cadre de référence pour les responsables sécurité. Ils constituent en quelque sorte un recueil de bonnes pratiques permettant de traduire les exigences légales en mesures concrètes sur le terrain. Elles sont ensuite déclinées en formations adaptées aux différents métiers. « Il y a toujours un lien entre nos recommandations et les formations proposées. L’objectif est d’accompagner les communes dans la mise en œuvre effective de la prévention, en tenant compte de leurs spécificités », ajoute Jerry Fusenig.
Le bien-être, nouveau pilier de la prévention
Chaque année, l’AAA organise son Forum Sécurité-Santé au Travail, devenu au fil des éditions un rendez-vous incontournable pour les acteurs de la prévention au Luxembourg et dans la Grande Région. L’objectif est de rassembler entreprises, institutions publiques et professionnels du secteur autour des dernières tendances en matière de sécurité, de santé et, désormais, de bien-être au travail.
Cette année, le bien-être au travail a justement occupé une place plus importante dans les échanges. Si le sujet existait déjà auparavant, il est aujourd’hui davantage intégré aux réflexions sur la prévention. « Jusqu’à présent, on ne liait pas forcément le bien-être à la sécurité et à la santé au travail. Pourtant, si les gens se sentent bien au travail, il y a moins d’absences et moins de départs », conclut Georges Wagner. Pour l’AAA, les entreprises et les communes prennent progressivement conscience de l’importance de ces enjeux, même si beaucoup cherchent encore comment les aborder concrètement. L’institution entend donc renforcer son rôle de conseil et d’accompagnement dans les années à venir.