Luxembourg Air Rescue face aux crises

Depuis près de quarante ans, Luxembourg Air Rescue s’impose comme un acteur clé du secours aérien européen. Face aux crises géopolitiques, sanitaires et climatiques, l’organisation renforce ses capacités pour garantir, 24h/24, des missions médicales rapides, souveraines et transfrontalières au service des populations. Explications avec Jérôme Pin, Chief Operations Officer Fixed-Wing et Deputy CEO.

Pouvez-vous présenter brièvement Luxembourg Air Rescue ?

Luxembourg Air Rescue est une organisation emblématique du paysage luxembourgeois. Créée en 1988 par René Closter pour répondre aux besoins de sauvetage aérien et d’assistance médicale au Grand-Duché, elle s’est développée au fil des décennies pour devenir un acteur de référence du secours héliporté dans la Grande Région, du transport médical aérien et de la gestion de situations d’urgence complexes à l’international.

Sa mission est de sauver des vies, 24h/24, en assurant des interventions médicales rapides, sûres et de haute qualité. LAR s’appuie sur des équipages hautement qualifiés, des moyens aériens médicalisés de pointe et une culture de sécurité et de service public très fortement ancrée.

Comment le rôle de Luxembourg Air Rescue a-t-il évolué face aux nouvelles crises géopolitiques et climatiques en Europe ?

Les crises géopolitiques, sanitaires et climatiques ont profondément modifié notre environnement opérationnel. Nous intervenons désormais dans un contexte plus instable, marqué par des fermetures d’espaces aériens, des événements climatiques extrêmes et de fortes perturbations logistiques.

Des routes autrefois standards sont aujourd’hui fermées ou fortement contraintes, ce qui impose des détours importants et une réévaluation permanente des itinéraires, parfois plusieurs fois par jour. Face à ces évolutions, LAR a renforcé ses capacités d’anticipation, de coordination et de gestion du risque afin de garantir la continuité des missions médicales, même lorsque l’environnement aérien devient particulièrement instable.

En quoi le sauvetage aérien est-il aujourd’hui un enjeu stratégique de résilience pour le Luxembourg et la Grande Région ?

Dans un espace transfrontalier où patients, hôpitaux et spécialistes sont répartis entre le Luxembourg, la Belgique, la France et l’Allemagne, le sauvetage aérien permet de relier rapidement les maillons critiques du système de soins lorsque chaque minute compte.

Il constitue une capacité de continuité indispensable pour maintenir l’accès aux soins spécialisés et absorber les situations de crise à l’échelle de toute la Grande Région. La pandémie de Covid19 en a été une illustration concrète, lorsque nos hélicoptères ont permis de transférer des patients du Grand Est saturé vers le Luxembourg et l’Allemagne.

Quel rôle joue la coopération transfrontalière dans l’efficacité des missions de secours aérien ?

La coopération transfrontalière est essentielle, car les urgences médicales ne s’arrêtent pas aux frontières administratives. LAR est pleinement intégrée dans cette logique européenne de coopération.

Nous opérons depuis plus de 20 ans une base héliportée au Findel dédiée aux missions vers la Sarre et la Rhénanie-Palatinat, assurons depuis 2007 des transports d’organes pour le compte d’hôpitaux français, et exploitons depuis l’an dernier une base héliportée en Belgique, opérationnelle 24h/24. Nos services de secours et de rapatriements aériens sont d’ailleurs enregistrés dans le mécanisme européen de protection civile.

Pourquoi est-il important pour l’Europe de conserver des capacités de sauvetage aérien autonomes
et souveraines ?

Les crises successives ont démontré l’importance de disposer de capacités de sauvetage aérien disponibles, fiables et immédiatement mobilisables. Le sauvetage aérien fait partie des infrastructures critiques qui garantissent la continuité des soins et la protection des citoyens, même dans des contextes fortement dégradés.

Cette succession de crises met en évidence une réalité préoccupante : le court‑termisme persistant du monde politique et des autorités en matière de capacités critiques. Lors de la crise Ebola, les premiers patients européens ont dû être évacués par une compagnie aérienne américaine, faute de moyens civiles européens disponibles. Face à cette défaillance et sur demande des autorités européennes, LAR avec le soutien du gouvernement luxembourgeois a pris ses responsabilités en développant en un temps record un module spécialisé et en formant ses équipages.

Une fois la crise passée, nous avons sollicité un soutien européen pour financer des formations annuelles et garantir le maintien opérationnel de cette capacité essentielle. Cette demande a été refusée. Le même scénario s’est répété : le module a néanmoins été réactivé de manière autonome lors de la pandémie de Covid‑19, avec satisfaction unanime des autorités, avant que de nouvelles demandes de soutien ne restent, une nouvelle fois, sans suite.

Plus récemment encore, ce dispositif a dû être mobilisé avec succès lors d’une crise infectieuse à bord du navire MV Hondius, liée à l’Hantavirus. À chaque crise, les capacités sont saluées lorsqu’elles sont disponibles, puis oubliées dès que l’attention médiatique retombe. À LAR, nous avons fait un autre choix : celui d’une vision claire, responsable et de long terme, car ce sont précisément ces capacités qui font la différence lorsque la prochaine crise survient, et non les intentions affichées après coup.

Quelle valeur le corporate membership apporte-t-il aux entreprises ?

Le corporate membership permet aux entreprises d’associer leur engagement à une mission d’utilité publique essentielle, tout en apportant une valeur concrète à leurs collaborateurs. En soutenant Luxembourg Air Rescue, elles traduisent leurs engagements ESG en actions tangibles, notamment sur le pilier social.

Cet engagement constitue également un levier d’attractivité et de rétention des talents, en offrant une protection rassurante en cas d’urgence médicale à l’étranger, tout en renforçant le sentiment de sens et de fierté d’appartenance au sein
des équipes.

Comment Luxembourg Air Rescue envisage-t-il l’évolution de ses missions et de ses partenariats avec les entreprises ?

Nous privilégions des partenariats durables, fondés sur des valeurs partagées plutôt que sur des approches ponctuelles ou purement transactionnelles. Les entreprises recherchent aujourd’hui des engagements crédibles, utiles et ancrés localement.

La mission et les activités de LAR répondent pleinement à cette attente, en offrant aux entreprises l’opportunité de s’engager de manière concrète dans un projet à fort impact sociétal.

Quels sont les autres prochains grands défis ou projets ?

Nous arrivons au terme de notre cycle stratégique 2023-2027, au cours duquel nous aurons entièrement renouvelé notre flotte héliportée de sauvetage aérien avec l’acquisition de six hélicoptères H145 d’Airbus. Nous sommes également devenus l’un des leaders mondiaux du rapatriement médical longcourrier, grâce à la mise en service de deux Bombardier Challenger 605 et en digitalisant l’ensemble de nos opérations.

Parallèlement, nous avons inauguré au Findel la LAR Academy, dotée notamment d’une salle de formation immersive 3D. Au total, près de 60 millions d’euros ont été investis sur les 5 dernières années. Nous entamons désormais la réflexion stratégique pour les 3 à 5 prochaines années, avec une ambition inchangée : être prêts, à tout moment, à faire face aux situations les plus critiques pour sauver des vies et venir en aide aux personnes en détresse. 

Lire sur le même sujet: