JONAS Architectes : une architecture au service du collectif
À Mertzig, un nouveau campus scolaire s’apprête à accueillir 300 enfants dès la rentrée. Derrière ce projet ambitieux, le bureau luxembourgeois JONAS Architectes, actif depuis cinquante ans, poursuit une même ligne directrice : concevoir des bâtiments durables, pensés avec leurs usagers et ancrés dans leur environnement. Rencontre avec Miriam Prosch, architecte associée au sein du cabinet.
Cinquante ans de regards croisés
Fondé il y a un demi-siècle par Henri Jonas, le bureau JONAS Architectes compte aujourd’hui 39 collaborateurs. Depuis sa fondation, il a su se positionner comme un acteur de référence dans le paysage architectural luxembourgeois. Porté par une équipe pluridisciplinaire et engagée, il articule son travail autour de l’innovation, de la qualité et d’une vision responsable. À sa tête, Miriam Prosch, Andreas Pauels, Corinne Stephany et Camille Dengler assurent une direction guidée par des valeurs claires : respect, engagement, responsabilité et esprit d’ingénieur.
Le bureau s’appuie sur une approche structurée et collaborative. « Les projets naissent de discussions approfondies avec les partenaires, les équipes et parfois les usagers eux-mêmes. Chaque projet est conduit dans le respect de nos valeurs et notre mission est claire : concevoir un avenir meilleur en assumant pleinement notre rôle d’acteur principal », précise
Miriam Prosch.
L’architecture comme outil pédagogique
C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet du site scolaire de Mertzig. « Les premières discussions remontent à près de dix ans. À l’origine, il s’agissait surtout de mettre les infrastructures existantes en conformité. Mais la croissance démographique de la commune a rapidement modifié l’équation : il fallait construire davantage et autrement », explique Miriam Prosch.
La phase en cours, première d’un programme en trois temps, comprend la réalisation d’une nouvelle école fondamentale et d’une maison relais. Le bâtiment, d’un volume brut total de 31.700m³, pourra accueillir environ 300 élèves. La cuisine de production préparera au minimum 330 repas par jour. La livraison est prévue pour la rentrée de septembre 2026, les élèves franchiront donc les portes du nouveau bâtiment le 15 septembre prochain ; un bel aboutissement après une phase d’avant-projet menée en pleine période Covid, suivie de plusieurs années marquées par la crise de la construction. « Nous avons rencontré quelques difficultés pour obtenir le matériel et le personnel », confie Miriam Prosch. « Aujourd’hui, l’approvisionnement s’est stabilisé, le matériel est disponible en quantité et nous pouvons travailler avec de nombreuses entreprises locales », poursuit-elle.
Au-delà du chantier, c’est surtout le concept pédagogique qui distingue le projet. La commune a opté pour une école et une maison relais « intégrées », un modèle qui tend à se répandre au Luxembourg. L’idée : mutualiser les espaces, décloisonner les usages et créer un environnement plus fluide entre temps scolaire et périscolaire. Au cœur du bâtiment, une place centrale, « piazza », structure chaque niveau. Autour de cette agora intérieure s’organisent les salles de classe et les espaces annexes. Les élèves ne sont plus confinés derrière un pupitre, face à un tableau, ils circulent, travaillent en petits groupes, investissent la place pour des projets communs. Les portes restent ouvertes, l’architecture accompagne une pédagogie plus collaborative.
Pour développer ce concept, le cabinet a travaillé en étroite collaboration avec les enseignants et un bureau spécialisé dans les environnements d’apprentissage, LernLandschaft, déjà actif en Allemagne et au Luxembourg. Cinq workshops ont permis de préciser les attentes concrètes : organisation des flux, mobilier, besoins spécifiques selon l’âge. « Certaines propositions ont été adaptées. L’idée d’un vestiaire central unique pour tous les élèves, par exemple, a été écartée afin d’éviter le mélange des plus petits et des plus grands. Chaque cycle disposera donc de son propre espace d’accueil, accessible depuis une cage d’escalier centrale. C’est un peu comme un appartement : on entre dans son étage, on enlève ses chaussures et on est dans son univers », décrit l’architecte. Les enfants circulent en pantoufles, les classes gagnent en calme et en qualité acoustique.
Car le bien-être ne se limite pas à l’organisation spatiale, la construction privilégie les matériaux écologiques : structure en bois, bardage huilé, plafonds en bois apparent, isolation en laine minérale et laine de mouton, solutions acoustiques naturelles. Le béton est laissé brut, sans enduit superflu. « Une grande partie des éléments est pensée pour être démontable et recyclable. La durabilité commence par le choix des matériaux, mais aussi par la capacité d’un bâtiment à évoluer », souligne Miriam Prosch.
Le projet s’inscrit dans une planification globale en trois phases. Après la livraison du premier bâtiment, un nouveau hall sportif sera construit en remplacement du gymnase existant, devenu vétuste. Enfin, l’ancienne école sera démolie et le volume initial étendu. À terme, il s’agira d’un campus progressivement recomposé, en cohérence avec l’évolution démographique de la commune.
Des projets inscrits dans la durée
Mertzig n’est pas un cas isolé, puisque l’éducation constitue aujourd’hui l’un des axes majeurs du bureau. À Colmar-Berg, une annexe scolaire a été livrée l’an dernier ; la seconde phase, consacrée à la rénovation du bâtiment existant, est en cours. Le principe est similaire : construire une extension pour reloger temporairement les élèves, puis réhabiliter l’ancien ensemble. Par ailleurs, à Clervaux, le bureau a achevé en 2018 la première phase d’un lycée et travaille aujourd’hui sur une extension.
Nous réalisons des projets privés de toute taille, allant de la transformation d’une maison unifamiliale à la construction d’une école.
JONAS Architectes est également actif dans le secteur privé, où le bureau réalise des projets de toute taille, allant de la transformation d’une maison unifamiliale à la construction d’équipements scolaires.
C’est dans ce contexte que s’inscrit, depuis plus de vingt ans, la collaboration régulière avec l’École Privée Sainte-Anne. Rénovations, nouvelles constructions, extensions successives : une relation de confiance qui permet d’expérimenter des solutions innovantes, notamment à travers l’utilisation de matériaux encore peu répandus au Luxembourg.