Les clés juridiques et fiscales d’un projet immobilier réussi

Au Luxembourg, la réussite d’un projet immobilier ne repose pas uniquement sur l’emplacement ou le financement. Le choix de la structure juridique, les arbitrages entre asset deal et share deal, la gestion de la TVA ou encore les méthodes comptables influencent durablement la rentabilité et les risques. Explications avec Nicolas Devillers, Tax Partner, et Aline Brochard, Director, Local Market, Accounting & Corporate Services, chez BDO Luxembourg.

Pourquoi le choix de la structure juridique constitue-t-il un facteur clé de succès dans un projet immobilier ?

AB : Le choix du véhicule juridique influence l’ensemble de la vie du projet. Il détermine notamment la gouvernance, c’est-à-dire la manière dont les décisions seront prises entre les différents partenaires impliqués. Les opérations immobilières mobilisent en effet de nombreux acteurs : investisseurs, promoteurs, financeurs ou encore partenaires opérationnels. Dans ce contexte, une organisation claire des responsabilités et des pouvoirs est essentielle pour garantir l’efficacité du projet sur le long terme.

Au Luxembourg, plusieurs structures peuvent être envisagées. Les sociétés commerciales, et en particulier les SARL, restent les plus utilisées en raison de leur relative simplicité de mise en œuvre. D’autres solutions existent toutefois, comme les fonds d’investissement, les Special Purpose Vehicle (SPV), les sociétés civiles immobilières ou encore les sociétés momentanées. Ces dernières sont appréciées en raison de leur grande flexibilité. Il convient toutefois de souligner qu’un projet de loi visant à moderniser les règles comptables est en cours d’élaboration. Celui-ci devrait introduire certaines obligations supplémentaires pour ce type de structures. Par ailleurs, ces sociétés momentannées se caractérisent par un régime de transparence fiscale : l’imposition ne s’effectue pas au niveau de l’entité elle-même, mais directement auprès des associés.

Au-delà de la gouvernance, la structure choisie peut également conditionner l’accès au financement. Les établissements bancaires privilégient souvent la mise en place d’une société dédiée par projet, ce qui permet d’isoler le risque de crédit et de rendre les sûretés plus lisibles.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’un asset deal par rapport à un share deal ?

ND : Dans le cadre d’une transaction immobilière, le choix entre la vente d’un actif (asset deal) et la cession des titres de la société détentrice de l’immeuble (share deal) constitue un arbitrage stratégique. L’asset deal est généralement soumis à des droits d’enregistrement. À l’inverse, le share deal permet souvent d’éviter ces coûts, ce qui explique sa popularité sur le marché luxembourgeois, mais certains impacts fiscaux sont susceptibles d’être cachés. Il présente également l’avantage de maintenir en place les contrats existants liés à l’immeuble.

Cependant, cette solution implique une analyse approfondie. L’acquéreur reprend en effet l’ensemble des droits et obligations attachés à la société : engagements contractuels, passifs fiscaux potentiels ou risques juridiques. Une due diligence complète et rigoureuse s’impose donc avant toute opération.

Du point de vue du vendeur, la fiscalité peut également différer selon la structure retenue. Si la cession de titres est parfois perçue comme plus avantageuse, chaque situation nécessite une analyse spécifique afin d’identifier d’éventuels impacts fiscaux moins visibles.

Comment la TVA immobilière influence-t-elle l’équilibre financier d’un projet ?

ND : La TVA constitue un élément déterminant dans la rentabilité des opérations immobilières. En principe, la vente/location d’un immeuble est exonérée de TVA. Cette exonération peut toutefois s’avérer pénalisante, car elle empêche la récupération de la TVA supportée sur les coûts de construction ou de rénovation.

Un mécanisme d’option à la TVA permet, dans certains cas, d’éviter cet effet de renchérissement. Cette option est toutefois soumise à plusieurs conditions : l’acquéreur ou le locataire doit utiliser le bien à des fins ouvrant droit à déduction et une formalité administrative doit être accomplie auprès de l’administration
compétente.

Par ailleurs, même lorsque la TVA a été récupérée, une période de régularisation de dix ans doit être prise en compte. Un changement d’affectation du bien ou de locataire peut entraîner une restitution partielle de la taxe précédemment déduite, générant un impact financier parfois important.

La question du taux de TVA se pose également pour les projets résidentiels béneficiant d’un taux réduit jusqu’à un certain seuil. Dans les opérations en vente en futur état d’achèvement (VEFA), la situation peut même se complexifier : les parties déjà construites au moment de la signature relèvent des droits d’enregistrement et non de la TVA. Cela entraine des calculs qui sont très difficiles et influent sur la rentabilité d’un projet.

Quelles méthodes de reconnaissance du résultat peuvent être appliquées dans un projet immobilier ?

AB : Les projets immobiliers s’étendent sur plusieurs années et comprennent des investissements significatifs engagés bien avant la livraison du bâtiment. Dans ce contexte, deux méthodes comptables principales peuvent être utilisées pour reconnaître la marge : la méthode à l’achèvement et la méthode à l’avancement.

La première consiste à comptabiliser l’intégralité du résultat au moment de la finalisation du projet. Pendant la phase de construction, les charges sont neutralisées dans un compte d’encours afin qu’aucun bénéfice ne soit enregistré avant la livraison.

La seconde, quant à elle, permet de reconnaître progressivement la marge en fonction de l’état d’avancement des travaux. Celui-ci peut être estimé sur la base des coûts engagés par rapport au budget total. Cette approche conduit à une imposition étalée dans le temps, le résultat fiscal étant en principe aligné sur le résultat comptable.

Le choix de la méthode doit être cohérent et acté : une société ne peut pas en changer au gré des projets ou de sa situation fiscale. Une application rigoureuse suppose également un suivi analytique précis et une réévaluation régulière des hypothèses financières.

Pourquoi observe-t-on une professionnalisation accrue du secteur immobilier ?

ND : Depuis quelques années, le marché immobilier s’est profondément transformé. La volatilité des prix, la hausse des taux d’intérêt et un accès parfois plus difficile au financement réduisent les marges et la tolérance à l’erreur. Dans ce contexte, les acteurs du secteur doivent anticiper davantage les impacts juridiques, fiscaux et comptables de leurs décisions.

En parallèle, le cadre réglementaire devient plus exigeant et les opérations se complexifient, notamment avec l’émergence de structurations sophistiquées ou de partenariats multiples. De nombreux groupes commerciaux, dont l’activité principale n’est pas l’immobilier, se positionnent également sur ce marché et doivent acquérir ou externaliser des compétences spécifiques. Cette évolution renforce inévitablement la nécessité d’un accompagnement spécialisé tout au long du cycle de vie d’un projet : choix du véhicule juridique, optimisation fiscale, gestion comptable, obligations déclaratives, assistance lors de transactions, etc.

Quel services et conseils en la matière délivrez-vous chez BDO ?

ND : Notre cabinet intervient dès les premières étapes des opérations immobilières, en apportant un éclairage sur les implications fiscales directes et indirectes, sur les flux de trésorerie ou sur la structuration juridique la plus adaptée. Nous pouvons également vous soutenir dans l’étude de financement de votre projet immobilier et vous guider auprès de votre banquier. Notre expertise se prolonge ensuite durant la phase d’exploitation, à travers des services comptables, déclaratifs ou d’évaluation.

AB : Nous accompagnons également les acteurs du marché lors des opérations d’acquisition ou de cession en réalisant des audits d’achat ou de vente et en analysant la valeur des actifs et des structures sociétaires. Nous disposons d’une connaissance fine du marché local, couplée avec notre réseau international, ce qui constitue enfin un atout dans le cadre de transactions transfrontalières.  

Lire sur le même sujet: