Le BIM, un concept mis en pratique
Avec une quinzaine de projets pilotes en cours, le Building Information Modeling (BIM) sort de son cocon théorique et se lance dans la pratique. Invitant tous les bureaux d’études à suivre le mouvement, Eric Hansen, associé-gérant chez B.E.S.T. Ingénieurs-Conseils et responsable du développement du BIM au sein de l’entreprise, revient avec nous sur cette nouvelle technologie et sa rapide évolution au Luxembourg au cours des derniers mois.
Pourriez-vous revenir brièvement sur la définition du BIM?
Le BIM est une nouvelle manière de travailler, plus collaborative, rassemblant tous les intervenants lors d’une nouvelle construction. Cet outil est utilisé dès la conception d’un projet et jusqu’à la fin de la vie du bâtiment.
Au moment de la conception, son avantage premier est d’assurer que tout le monde travaille sur la même géométrie. De plus, il permet de superposer les maquettes des différents intervenants et de trouver la majorité des erreurs avant même d’entamer la phase de construction. En améliorant la phase de conception d’un bâtiment, nous gagnons du temps car nous rencontrons moins de problèmes sur le chantier.
Plus tard, toutes les informations insérées dans la maquette pourront être intégrées dans le suivi des exploitants pour la gestion de leur patrimoine. La difficulté est de définir les objectifs que l’on veut atteindre dès la phase de conception, l’idée étant de limiter les informations aux besoins des utilisateurs et d’éviter les données inutiles.
L’OAI et le CRTI-B créent un guide d’accompagnement pour l’utilisation du BIM. Quel en est le contenu?
Ce guide est un point de départ pour tous les intervenants d’un projet de construction. Aux côtés de celui-ci, le CRTI-B travaille également sur des fiches GID (Graphisme, Information, Documentation), qui aident à définir les besoins minimums au niveau des informations à insérer dans une maquette. En fonction de la taille du projet, il sera toujours possible d’aller encore plus loin que ce qui a été défini au départ dans le guide.
A l’heure actuelle, nous sommes en train d’en finaliser la première version au sein du groupe de travail BIM du CRTI-B et cette action se terminera normalement en juillet. Nous attendrons ensuite un retour des projets pilotes pour l’améliorer. L’objectif du groupe de travail est maintenant de passer de la théorie à la pratique grâce aux projets pilotes mais également en aidant les intervenants à faciliter leurs échanges avec les différents acteurs d’un projet de construction et en leur indiquant quelle information donner à quelle personne, sous quel format et à quel moment.
Concrètement, des projets ont-ils déjà été réalisés avec le BIM?
Actuellement, nous sommes en train de réaliser un projet de bâtiment public avec cette technologie. Pour créer le plan d’exécution du BIM, nous avions déjà eu recours à une version initiale du guide et au terme de l’étude d’avant-projet, nous avons constaté qu’aussi bien l’architecte que les bureaux d’études sont allés plus loin dans la conception et que le projet est beaucoup plus abouti, et ce, plus tôt que ce que l’on avait l’habitude de faire avant le BIM. Pour ce projet, nous avons aussi réalisé les détections de collisions en superposant toutes les maquettes.
Nos cinq projets pilotes et les trois de l’OAI n’en sont encore qu’à la phase de conception, mais notre première construction réalisée avec le BIM devrait débuter en 2018.
Quel est le rôle du BIM Manager dans le processus de conception?
Son rôle principal est d’aider le concepteur et tous les intervenants dans la problématique de l’échange des fichiers. En effet, chaque intervenant utilise son propre logiciel qui possède lui-même ses propres caractéristiques. Si l’on veut échanger, il faut que le BIM Manager puisse trouver un terrain d’entente entre eux via le fichier IFC et mette en place une coordination technique des maquettes.
La fonction de BIM Manager ne pourra généralement pas être assumée par une seule personne. En effet, celle-ci rassemble des compétences techniques de deux domaines distincts; tout d’abord, il faut assumer la partie informatique pour régler tous les problèmes liés à l’échange des fichiers. D’un autre côté, un BIM Manager doit avoir une connaissance technique du chantier et posséder un profil de project-manager dans la construction. Nous pensons donc qu’un informaticien et un architecte devront s’allier pour assumer cette fonction.
Quelles améliorations dans le futur?
Le principal problème à l’heure actuelle est que les maquettes sont encore modélisées sans standardisation. Nous n’en sommes qu’au début de l’utilisation du BIM et tous les intervenants doivent encore se familiariser avec cet outil et avec la manière de modéliser une maquette dans ce cadre. Etant donné que les maquettes sont le point de départ de tout processus BIM, des maquettes de bonne qualité sont indispensables avant de pouvoir aller plus loin.
Dans le futur, des formations doivent être mises en place afin de guider les utilisateurs vers une plus grande qualité et une meilleure implémentation des différents contenus techniques. Par la suite, à un autre niveau, il faudra parfaire l’utilisation informatique des logiciels. Le guide donnera des pistes par rapport aux notions indispensables à l’exploitation du BIM et des points de repères quant au chemin à suivre afin de hausser progressivement le niveau de stratégie BIM au sein des bureaux.
Pensez-vous que l’utilisation du BIM va prochainement se généraliser au Luxembourg?
Nous estimons en effet que dans deux ans, un grand nombre de projets sera réalisé à l’aide de cette technologie. Le mouvement est à présent mondial et le Luxembourg entend bien prendre le train en marche.
Nous encourageons tous les intervenants du secteur de la construction à suivre les formations que l’OAI et le CRTI-B mettront en place dans ce cadre. Les plus petits bureaux auront sans doute plus de difficultés à se familiariser avec le concept car ils devront acquérir beaucoup de compétences assez vite et cela demande du temps et un certain budget, mais l’OAI tente de mettre un maximum d’outils au service de la formation pour faciliter cette transition et la rendre accessible à tous. MC