Infrastructures, cadre et innovation

Il est fasciné par les technologies depuis son plus jeune âge, plus précisément depuis son premier Commodore PET 2001 qu’il s’amusait à programmer. C’est sur les bancs universitaires (à l’ETH en Suisse puis à Stanford), qu’il a pu observer à quel point l’ICT allait devenir un axe fondamental pour la société. Gérard Hoffmann, CEO de Proximus Luxembourg qui regroupe Telindus et Tango et Président de l’asbl ICTLuxembourg revient sur les enjeux du développement du secteur IT.
 
Comment se porte l’IT au Luxembourg?
Le pays est dans une phase extraordinaire de digitalisation du secteur des services qui est important pour son économie. Si le Luxembourg affiche une croissance plus élevée que ses pays voisins, son secteur IT progresse également plus rapidement. Nous pouvons dire que la bonne santé de notre économie profite aussi au secteur des nouvelles technologies.
Nous sommes à un tournant économique décisif pour notre avenir, et ce, dans un contexte géopolitique compliqué (le Brexit, la crise des réfugiés, l’Europe…). La digitalisation n’a pas fini de bouleverser les services financiers qui sont comme désagrégés par l’avènement des nouvelles technologies.
Bien évidemment, un procédé inédit, une technique naissante ou une méthode nouvelle, requièrent un cadre juridique adapté. Je prends pour exemple les nouvelles solutions de paiement digital qui sont à l’origine de la directive européenne PSD2 relative aux services de paiement qui entend faciliter les paiements transfrontaliers tout en ouvrant le marché à la concurrence. Il en va de même pour le cloud qui est à l’origine des débats en cours sur la libre circulation des données au sein de l’UE.
La réactivité des régulateurs est donc primordiale car ils doivent être flexibles et ouverts aux changements. La CSSF occupe un rôle central dans l’attractivité du pays car elle élabore un environnement intelligent qui ouvre des opportunités.
 
L’IT pèse actuellement 7% du PIB national, va-t-il continuer de croître?
Sans nul doute car le secteur se développe mais cela n’implique pas forcément une proportionnalité en terme d’emplois. La digitalisation participe plus à un processus d’intensification que d’expansion.
 
Le Luxembourg peut-il espérer devenir l’épicentre européen des technologies de l’information et de la communication?
C’est tout du moins notre ambition. Nous le sommes déjà mondialement pour les fonds d’investissements et pour tous les services qui se greffent autour. Le pays se donne les moyens de son ambition et notamment en investissant dans les infrastructures: de la création de LuxConnect en 2006 en passant par le lancement récent du “Luxembourg House of Financial Technology” et ce jusqu’aux investissements encore à venir.
 
La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne serait-elle un avantage?
Je resterais prudent devant trop d’euphorie. Le Luxembourg peut gagner en importance mais nous ne sommes pas les seuls à revendiquer la succession de Londres. Il y aura certainement des retombées mais il faut rester réaliste, le tremblement de terre qui fera s’écrouler la City n’aura pas lieu et Londres restera une capitale de la finance internationale, quelle que soit l’issue des négociations. Je pense que le Luxembourg doit se positionner et trouver les niches qui peuvent nous différencier.
 
Des niches telles que les FinTech et la cybersécurité peut-être?
Par exemple, puisque notre législation encadre la protection des données et le secret professionnel. Ce dernier est désormais purgé de l’évasion fiscale avec l’échange automatique, il peut donc être à la fois être un gage de qualité de la place luxembourgeoise mais aussi un moyen de nous positionner plus fortement encore dans le domaine de la cybersécurité.
 
Constatez-vous une internationalisation de votre clientèle et donc une adaptabilité de vos services?
Bien évidemment car nous ne pouvons pas nous contenter des frontières nationales. Désormais, les technologies télécoms et l’IT en général facilitent tellement la globalisation que nous remarquons pour presque tous nos grands projets, des aspects d’internationalisation. Couvrir les territoires de tous nos clients nous est commercialement incontournable. Via nos centres de données par exemple, nous répondons aux besoins de nos clients basés en Europe de l’Est, en Asie ou au Moyen-Orient.
 
Quels chantiers pour le pays?
Même s’il faut encore et toujours investir, le Luxembourg s’est doté de très bonnes infrastructures. Nous devons ensuite mieux adapter notre cadre juridique, et ce, en fonction des initiatives et directives européennes, dans le but de nous démarquer.
Enfin, l’innovation passe inéluctablement par l’immigration des hautes compétences. Puisque le système luxembourgeois ne saurait suffire à la demande, nous sommes dépendants de l’importation de compétences. Le gouvernement actuel a déjà beaucoup fait pour l’innovation, du financement de l’Université, en passant par les incubateurs ou par la création du “Digital Tech Fund” dans lequel Proximus est l’un des investisseurs. Si la dimension humaine est omniprésente dans la digitalisation, elle est aussi l’unique matière première dont dispose le Grand-Duché.

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