Une nouvelle feuille de route pour le CVCE
Contrairement aux sciences dites «exactes», le concept d’infrastructure numérique de recherche est très récent au niveau des sciences humaines. C’est pourtant le pari défendu par le CVCE, qui a mis sur pied un véritable écosystème autour de la construction européenne, à grands renforts de TIC. Interview de Marianne Backes, directrice.
Le Centre Virtuel de la Connaissance sur l’Europe (CVCE) est un établissement public au sein duquel une équipe interdisciplinaire de chercheurs retrace le processus de la construction européenne. Comment s’articulent concrètement les travaux de recherche?
Tout d’abord, soulignons qu’au cœur de nos travaux de recherche se situe l’analyse du processus de la construction européenne, dans ses dimensions historiques, juridiques, économiques et politiques.
Nous abordons les questions relatives à ce sujet dans une double perspective, à savoir la sélection et l’interprétation critique des sources ainsi que la publication et le transfert des résultats de nos travaux, qui sont ,comme vous le soulignez, interdisciplinaires, voire même transdisciplinaires.
En effet, les chercheurs du centre associent très étroitement les méthodes relevant des sciences sociales et humaines avec celles issues des technologies du numérique. Ainsi, ils convertissent et enrichissent le matériel de recherche afin de pouvoir en extraire des informations par ordinateur ou encore de construire des modèles de données avancés – le tout au service des études européennes.
C’est cette approche intégrée et novatrice qui est à la base du positionnement unique du centre et qui nous permet, par ailleurs, de participer avec succès à la recherche compétitive européenne.
Le CVCE s’est doté d’une nouvelle stratégie, baptisée CVCE Strategy 2014-2017: Building the integrated digital research infrastructure on European integration. Qu’est-ce qui a poussé l’établissement public à revoir sa stratégie, et quelle est la nature de l’évolution de celle-ci par rapport à celle qui l’a précédée?
Le contexte a fortement évolué, essentiellement au niveau des technologies et de la méthodologie. Nous avons voulu rendre compte de ces évolutions de même que de la complexité et de la richesse des travaux du CVCE, tout ceci articulé sous forme de stratégie globale, tournée vers le futur.
Au centre de notre stratégie se trouve l’infrastructure numérique de recherche sur la construction européenne (CVCE.eu). Véritable écosystème numérique, elle permet d’accéder aux publications et à leurs données ainsi qu’aux outils et services, tout en supportant l’interaction avec les ressources et entre communautés cible.
Elle est plus particulièrement destinée aux communautés scientifiques et éducatives tout en restant ouverte à des publics plus larges.
En 2014, l’infrastructure CVCE.eu a vu croître sa réputation internationale avec près de 700.000 sessions utilisateur et plus de 1,6 millions de documents consultés à travers le monde.
Quels sont, dans ce cadre, les types de publications et d’outils que le CVCE compte développer pour enrichir son infrastructure de recherche?
Nous avons différents types d’ePublications que nous avons restructurées autour de deux grandes collections, baptisées European integration studies collection et Oral history of European integration collection, ceci afin de conférer davantage de cohérence à nos travaux.
Parmi les nouveaux outils mis en ligne en 2014, des systèmes d’auteur, dont MyPublications, qui permettent à tout un chacun de créer ses propres publications. Cet outil est aussi à la base du développement d’eModules destinés à l’enseignement.
Le CVCE est en passe de mettre au point un processus de développement fortement axé sur l’utilisateur, qui place les besoins et attentes de l’utilisateur au centre de ses préoccupations. En quoi consiste la démarche précisément?
En effet, les différentes communautés cible sont au centre de nos préoccupations, et ceci aussi bien dans leur rôle d’utilisateur que dans celui de contributeur.
Par exemple, nous nous sommes efforcés à intégrer les utilisateurs dans la production scientifique, de sorte à faire de la recherche un projet participatif, ce que l’on appelle communément crowdsourcing ou «production participative» en français.
Par ailleurs, nous nous adressons régulièrement aux utilisateurs pour obtenir un feedback de leur part sur les services et outils que nous mettons au point à leur intention.
Les TIC ont connu une évolution fulgurante ces dernières années, vous l’avez dit. Quelles sont les autres évolutions que le CVCE a rencontrées?
Les plus importantes évolutions se situent en effet au niveau des technologies et de la méthodologie dont les infrastructures numériques de recherche, les outils TIC appliqués aux humanités (digital science, digital humanities), la science participative (citizenscience) ou encore, avec l’émergence du Big Data, l’analyse computationnelle des données.
Sur le fond, n’oublions pas que notre objet d’étude, la construction européenne, est aussi un processus en constante évolution, ce qui nous amène à enrichir et à approfondir en permanence nos connaissances.