Pas la langue dans sa poche
Du bagout et une certaine liberté de langage, c’est ce qui caractérise Romain Schmit. C’est aussi ce qui lui a valu d’être embauché à la Fédération des Artisans, où il est entré en quittant l’université, il y a près de 25 ans, et dont il est aujourd’hui le charismatique directeur.
Rien ne prédestinait Romain Schmit à endosser le costume de patron des patrons. Ni ses origines familiales -un père ouvrier à l’Arbed, qu’il a perdu à l’âge de huit ans, et une mère comptable-, ni ses rêves de gosse puisque comme chaque petit garçon, il se voyait plutôt pilote d’avion ou explorateur, «un combiné entre aventure, mécanique et technique», précise-t-il.
C’est sa «grande gueule», pour le citer, qui a été décisive. Alors qu’il suit des études en économie et en gestion d’entreprises à l’université de Trèves, il fréquente un certain Jean Toussaint qui n’est autre que le fils du président de la Fédération des Artisans de l’époque. «Parfois, lorsque je ramenais mon ami chez lui en voiture, je prenais un verre avec sa famille. Son père aimait bien discuter, débattre, taquiner et, moi, je lui tenais toujours la dragée haute», raconte-t-il, «Un jour, alors que nous étions en train de bosser sur nos thèses, Jean me dit: “l’organisation dont mon père est président est à la recherche de quelqu’un pour s’occuper des affaires sociales, quelqu’un qui a un certain franc parler et qui n’a pas froid aux yeux, tout à fait comme toi!”». Romain Schmit est alors en train de terminer son cursus universitaire. Il a déjà postulé à plusieurs postes, dans le secteur bancaire notamment, et a eu l’occasion de passer quelques entretiens d’embauche. Ce genre d’exercice où «avant même de parler intérêt ou possibilité, on rencontre un psychologue» l’ennuie profondément. Il tente donc sa chance à la Fédération des Artisans où il décroche une entrevue avec Marcel Sauber, qui occupe à ce moment-là la fonction de secrétaire général qui est celle de Romain Schmit aujourd’hui. L’entente est immédiate: «On a eu un contact très humain, on s’entretenait, on se regardait dans les yeux, c’était une vraie joute verbale!». Après deux heures d’entretien, un repas pris ensemble et un dernier pot au bureau, Romain Schmit signe son contrat.
Ce qui lui plaît dans son rôle actuel, c’est le changement: «ne jamais connaître deux journées qui se ressemblent, ne jamais trouver deux fois le même dossier sur mon bureau», mais c’est surtout la dimension humaine: «Je trouve que les entrepreneurs sont une race à part, surtout ceux qui prennent des responsabilités. Ils prennent des risques, souvent avec leur famille, allant jusqu’à s’endetter jusqu’au cou, pour faire avancer leur projet et ils n’ont aucun filet. Cette ambition de réussite qui animent les artisans me passionne, par opposition à certains autres, qui se réclament également entrepreneurs, mais qui font tout pour ne travailler avec leur propre argent et qui se font virer avec un parachute doré. Pour ceux-là, je n’ai aucun respect», affirme Romain Schmit.
Sa plus grande réussite professionnelle jusqu’à présent est d’avoir «assez bien réussi l’opération ‘statut unique’» en ayant obtenu certaines garanties comme la neutralité financière, en ayant contribué à la création de la Mutualité des Employeurs qui remplace l’ancienne Caisse de Maladie des Ouvriers pour ce qui est des indemnités pécuniaires et enfin, en ayant résolu le problème du paiement des heures supplémentaires, désormais rémunérées à 40% sans charges, au bénéfice de tous. «Ce qui me plaît moins», ajoute Romain Schmit, «est que l’actuel gouvernement est en train de détricoter tout cela en se retirant du financement de la Mutualité des Employeurs, ce qui va à l’encontre de la condition clé que nous avions mise en place, à savoir la neutralité financière. Mais ce sont des discussions qui sont encore en cours et je reste optimiste».
En ce qui concerne l’avenir de l’artisanat au Luxembourg aussi, Romain Schmit est optimiste. «The sky is the limit. On aura toujours besoin d’artisans, et d’artisans qualifiés, pour nous fournir une production sur mesure assortie à un service», dit-il en faisant référence à un spot publicitaire diffusé à la télévision allemande il y a quelques années, qui montrait ce qui se passerait s’il n’y avait plus d’artisanat: les mets qui disparaissent de la table du petit-déjeuner, le mobilier qui s’effondre, la maison elle-même qui commence à s’écrouler…
Après la réforme du droit d’établissement de 2011 qui a ouvert l’entreprenariat aux non-détenteurs d’un brevet de maîtrise sous certaines conditions, le directeur de la Fédération des Artisans s’attend à de nouveaux changements: «Cela va continuer dans cette direction, ne fût-ce que pour ne pas discriminer à rebours les entreprises luxembourgeoises par rapport à leurs homologues européennes. Nous sommes les seuls avec l’Allemagne et l’Autriche à maintenir cette organisation où le brevet de maîtrise est le centre de gravité de l’artisanat. D’un autre côté, dans les discussions au niveau européen, ce système dual est souvent montré comme un exemple à suivre. Je suis en attente de voir les évolutions dans ce domaine».
Dans sa vie privée, cet homme marié et père de deux enfants compense une profession où il doit parfois se montrer dur en s’impliquant dans des associations à vocation sociale comme la Fondation Kräizbierg qui s’occupe des personnes gravement handicapées et dont il est membre du conseil d’administration ou le Rotary Club dont il est membre. Enfin, pour se défouler, Romain Schmit fait du 4 x 4. MT