Un nouveau modèle de ville
Le développement du Plateau de Kirchberg s’est fortement accéléré ces dernières années. De quartier institutionnel coupé en deux par une autoroute, il est aujourd’hui devenu un véritable quartier de ville, où l’on peut à la fois travailler, habiter, faire ses courses et se divertir. Interview de Patrick Gillen, président.
Le Plateau de Kirchberg a été relié au centre-ville par le Pont rouge et a été aménagé au début des années 60, dans le but initial d’accueillir les institutions européennes. A partir de quel moment et pour quelles raisons a-t-on décidé d’en faire un quartier mixte avec de l’habitat?
Il existe des logements dans le quartier du Kiem, face à RTL, depuis les années 70, mais ce n’est qu’à partir des années 90 qu’il a réellement été décidé de densifier le Plateau. Nous avons alors établi un nouveau plan directeur dans le cadre duquel la voie rapide a été transformée en avenue urbaine avec des croisements à niveaux. Le parti pris pour l’urbanisation de l’avenue Kennedy a été radicalement différent de celui qui avait été pris pour l’implantation des institutions européennes. Alors que ces bâtiments étaient disposés sur de grands lopins de terre directement accessibles par des bretelles d’autoroute, nous sommes passés à un urbanisme plus dense, qui s’apparente à celui de la ville traditionnelle. C’est également à partir des années 80 que le secteur bancaire s’est développé. Les besoins croissants nous ont amenés à construire en hauteur et de façon plus compacte. Lors de l’élaboration du nouveau plan directeur, nous avons délimité cinq quartiers sur le Plateau: les quartiers européens Sud et Nord, le quartier du Parc central avec les installations sportives et l’Ecole européenne, le quartier du Grünewald avec les banques et le pôle hospitalier, et le quartier du Kiem avec les commerces, les restaurants et les salles de cinéma.
En 2008, 2.000 personnes habitaient sur le plateau. Il est prévu qu’elles soient 10.000 d’ici 2020. Quels sont les projets d’immeubles résidentiels en cours ou à l’étude?
Un plan d’aménagement particulier (PAP) vient d’être déposé pour le quartier du Kiem. Quelque 415 logements pour le Fonds et 430 logements pour la Société Nationale des Habitations à Bon Marché (SNHBM) seront construits dans les années à venir et compléteront le quartier des années 70.
Le quartier du Grünewald lui, qui date des années 2000, est spécifique en ce sens qu’il est aménagé comme un échiquier sur lequel sont disposés 21 immeubles à appartements dont 9 sont déjà construits, 6 en cours de construction et 5 font actuellement l’objet d’un concours d’architectes. Au total, ce sont 600 logements qui seront créés dans cette zone avec des espaces verts aménagés autour des bâtiments et une architecture variée malgré un cahier des charges très strict.
Au cœur du quartier Avalon, il existe déjà quinze immeubles qui représentent 370 logements. Un PAP est prêt à être déposé pour la réalisation de 90 logements supplémentaires dans la partie Est et de 400 logements dans la partie Ouest, dès que les classes de l’enseignement primaire de l’école européenne seront transférées à Mamer.
Nous allons aussi lancer un concours d’idées pour l’aménagement du front Sud de l’avenue Kennedy qui sera exclusivement dédiée à des habitations, sauf pour les rez-de-chaussée donnant sur l’avenue. Je pense que nous pourrions atteindre 900 logements.
Enfin, il nous reste une réserve de près de 45 ha, à côté de RTL, sur le ‘Kuebebierg’, où nous pourrions construire jusqu’à 1.500 logements, mais ceci évidemment dans un avenir plus lointain.
En principe, ces projets concernent essentiellement des immeubles à appartements, mais pas seulement. Nous avons également prévu un nombre limité de maisons unifamiliales dans le quartier du Kiem. Ce sera sans doute aussi le cas à l’arrière de l’avenue Kennedy pour rejoindre progressivement le quartier du Weimershof. Dans un souci d’optimisation du terrain, il s’agira plutôt de maisons en bandes que de maisons individuelles.
Vous parliez tout à l’heure du fait que la moitié des logements réalisés dans le quartier du Kiem seront gérés par la SNHBM. Dans quelles proportions la dimension de mixité sociale est-elle prise en compte dans la réalisation de ces projets?
Jusqu’ici, nous avons procédé en lançant des appels à candidatures s’adressant à des promoteurs associés à des architectes pour développer un projet d’immeuble et proposer un prix d’achat pour le terrain ainsi qu’un prix de vente du m2 fini d’appartement. Nous mettons en balance le prix du terrain, la qualité de l’architecture, mais aussi le prix de vente pour les futurs propriétaires et ce, pour essayer de limiter la hausse des prix.
Dans le quartier du Kiem, la SNHBM détient la moitié des terrains. Cinq des bâtiments qui seront réalisés dans la partie du Grünewald font également l’objet d’un concours organisé par le Fonds pour le compte de la SNHBM et dans le quartier Réimerwee, nous nous arrangerons le moment venu pour avoir un bon ‘mix’ au niveau de l’accession à la propriété. A noter à ce sujet, que la SNHBM ne vend en effet ses logements qu’à des primo-occupants qui de surcroît doivent se trouver dans la situation de pouvoir bénéficier des aides au logement.,
Et la notion, plus large, de développement durable?
Nous avons, dès le départ, intégré la notion d’économies d’énergie. Les bâtiments qui seront construits dans le quartier Grünewald respectent le standard ‘basse énergie’. Pour les cinq immeubles qui font l’objet du concours avec la SNHBM, le cahier des charges prévoit des logements de type « passif »
Le Kirchberg a du mal à se défaire de sa réputation de quartier exclusivement réservé aux affaires. Que répondez-vous à ceux qui le qualifient d’impersonnel?
Il y a déjà 20.000 emplois sur le site et ce chiffre devrait encore augmenter. Mais le Plateau de Kirchberg n’est ni un quartier dortoir, ni un quartier exclusivement réservé aux affaires. C’est un quartier multifonctionnel et complètement équipé avec une grande galerie commerciale pour faire ses emplettes, un cinéma pour se divertir, certainement une des plus grandes offres de restaurants, des guichets de banque, un hôpital, des institutions culturelles, deux poumons verts constitués d’un parc d’une vingtaine d’hectares derrière le quartier Grünewald et du Parc Central qui se trouve près de la piscine…, des infrastructures que l’on ne trouve pas dans la plupart des quartiers résidentiels. Nous avons également l’idée de créer, Porte de l’Europe, un nouveau centre commercial d’environ 5.000 m2. Le but est de faire en sorte que les gens habitent là où ils travaillent.
Notons à ce sujet que les centres-villes anciens ne constituent aujourd’hui souvent plus que des coulisses. Le schéma traditionnel selon lequel le cordonnier habitait au-dessus de son échope appartient bien au passé. Les enseignes internationales ont envahi les rez-de-chaussée commerciaux et les logements du dessus ont pour la plupart été transformés soit en surfaces de vente additionnelles, soit en bureaux.
MT
