10.000 habitants de plus chaque année
Le Luxembourg est le pays qui enregistre la plus forte croissance démographique en Europe. Afin de faire en sorte que l’offre de logements soit adaptée à la demande et que les prix se stabilisent, le ministère du Logement met en place les outils nécessaires pour permettre aux communes, qui détiennent le pouvoir de planification, d’être offensives en matière d’immobilier. Interview de Marco Schank, ministre du Logement.
Le Pacte logement vise à augmenter l’offre de logement et à stabiliser le coût du foncier. Que dire aux réfractaires?
103 communes sur 116 ont déjà signé le Pacte logement et une commune supplémentaire devrait bientôt les rejoindre. Elles sont 11% à ne pas avoir signé le Pacte logement, mais ces 11% ne représentent que 4,8% de la population. En effet, celles-ci sont pour la plupart de très petites communes qui seraient, du fait de leur taille, difficilement en mesure d’atteindre un des objectifs du Pacte: créer au moins 30 unités de logement par an.
Si on additionne tous les logements qui seront créés dans le cadre des 103 conventions, on arrive au chiffre de 48.000, ce dont je suis très satisfait. Nous préparons actuellement le ‘monitoring’ du Pacte logement afin d’avoir une vision claire de l’avancée des projets.
J’ajouterais également que ce n’est pas parce qu’une commune n’a pas ratifié le Pacte, qu’elle n’agit pas. Je peux citer l’exemple d’une commune non signataire qui a fait trois propositions de sites au Fonds du Logement pour la réalisation de logements subventionnés. L’un de ces projets a d’ailleurs été retenu et figure au 9e Programme pour le logement subventionné que j’ai présenté l’année dernière et qui vise la construction de 9.000 nouvelles unités. Pour moi, c’est le résultat qui compte.
Quel sera le message passé aux communes lors de la Journée des bourgmestres du 27 juin?
Je souhaiterais leur rappeler que ce sont elles qui ont la compétence de planification au Luxembourg. Le fait que les communes s’investissent dans une politique offensive en matière de logement est un moyen très efficace pour réduire le coût du foncier. C’est d’ailleurs l’idée que j’ai déjà soutenue lors du pèlerinage que j’ai effectué début 2010, dans le cadre duquel j’ai rencontré 94 collèges échevinaux avec leurs architectes, techniciens ou secrétaires communaux. À titre d’exemple, la commune de Heiderscheid dont j’étais bourgmestre a réalisé deux projets de lotissement comprenant du logement subventionné par le ministère du Logement. Alors que le marché se situait autour de 35.000 euros l’are, nous avons vendu des terrains, en priorité aux personnes qui habitent ou travaillent dans la commune, à 17.000 euros l’are -ce qui revient, subventions déduites, à 8.000 euros l’are.
Le Pacte logement a été lancé en 2008. Pourtant, les prix continuent à flamber…
J’insiste sur le fait que les prix du foncier ne flambent plus de la même manière que dans les années 2008 et 2009. Ils sont de nouveaux dans une phase ascendante, mais le taux de croissance est beaucoup moins important qu’avant la crise économique.
Quelles solutions le Paquet logement, qui a été présenté le 8 avril dernier et qui inclut une série de mesures sociales, propose-t-il pour y remédier?
Avec une population qui augmente de près de 10.000 personnes chaque année, le Luxembourg est le pays de l’Union européenne qui enregistre la plus forte croissance démographique. La demande est donc très grande, mais l’offre n’est pas telle. Le rôle de l’état est de la développer. Plusieurs mesures ont été prises dans ce sens, par exemple celle de constituer une Société Nationale de Développement Urbain qui serait une sorte d’interface avec les communes, une structure flexible qui ait les ressources humaines nécessaires pour leur permettre d’avancer plus rapidement et de manière plus fluide dans les procédures. Ce projet est déjà bien avancé puisque nous sommes en train d’organiser les premières entrevues avec des partenaires potentiels.
Mes services au niveau de l’aménagement du territoire ont détecté 840 hectares valorisables dans un laps de temps assez court où nous pourrons construire quelque 12.000 unités de logement, soit environ 27.000 habitants supplémentaires. Ces terrains figureront au prochain Plan sectoriel logement.
Ce Paquet comprend également un volet sur l’écologie et l’habitat durable. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet?
Les primes individuelles d’acquisition et de construction étaient jusqu’à présent axées sur deux piliers du développement durable, qui sont le pilier économique et le pilier social. Nous avons fait ajouter l’écologie, qui constitue un fil conducteur à travers les 21 mesures du Paquet logement. Parmi ces mesures, je citerais l’éco-bonification. Pour réduire les charges du budget de l’état, il était question, à un moment donné, d’abolir la bonification d’intérêts. Elle sera finalement maintenue à 0,75% par enfant, mais nous envisageons, sur le modèle du crédit d’impôt, d’attribuer les premiers 0,45% aux mêmes conditions qu’auparavant et d’ajouter des exigences supplémentaires, d’ordre écologique, pour l’obtention des 0,3% restants: acheter un logement de classe énergétique B, acquérir un terrain pour y construire, dans un certain laps de temps, une maison de classe B ou réaliser un assainissement énergétique en classe D.
Les 21 mesures du Paquet logement ne font-elles pas doublon avec le Pacte logement? Quelle est la différence entre ces deux stratégies?
Le Pacte logement vise à associer les autorités locales pour créer 48.000 nouveaux logements et stabiliser le prix du foncier.
Le Paquet logement a pour but de concrétiser les grandes orientations de la déclaration gouvernementale, à créer un ensemble cohérent de mesures, dont certaines existaient déjà et d’autres sont nouvelles, et d’afficher une plus grande transparence au niveau de ces mesures.
Quel est l’enjeu de ces stratégies pour l’économie luxembourgeoise?
Les mesures qui concernent les énergies renouvelables et l’efficience énergétique notamment, profiteront pleinement à l’artisanat et, plus particulièrement au secteur de la construction. Les 9.000 unités de logement subventionné, qui seront créées dans le cadre du Programme pluriannuel pour le logement subventionné que j’ai présenté l’année dernière, coûteront 520 millions d’euros à l’état luxembourgeois et auront un impact de 2 milliards d’euros pour l’économie. MT