Une position commune
Pour le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn, l’Union européenne a su mener une politique de concertation et a su faire preuve de beaucoup de bons sens dans le dossier libyen même s’il semble regretter que l’Hexagone ait pris les devants ; Jean Asselborn qui ne nous a par ailleurs pas caché que de tels soulèvements aux portes de l’Europe pouvait sérieusement entâcher les relations entre les pays en crise et l’Union européenne. Entretien.
L’Union européenne a encore prouvé qu’elle n’était pas en mesure de parler d’une seule voix, comme l’attestent notamment les prises de position de la France et du Royaume-Uni dans le dossier libyen, qui, avant la résolution 1973, ont fait cavalier seul en prônant la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, tandis que l’Allemagne s’est abstenue de voter au Conseil de Sécurité. Quand les outils de politique étrangère mis en place dans le cadre du Traité de Lisbonne, à savoir l’instauration d’un Haut-Représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, en la personne de Catherine Ashton, deviendront-ils véritablement effectifs? L’UE ne vient-elle pas de perdre encore davantage de crédibilité sur l’échiquier politique mondial?
Je ne suis pas d’accord avec votre analyse. Je pense que l’Union européenne a réagi rapidement et de manière consolidée. Premièrement, l’Union européenne a clairement défini sa position en soulignant qu’il n’y aura pas de futur pour la Libye sous la direction du Colonel Kadhafi. C’est quand-même une position sans équivoque, et qui est soutenue de façon unanime par les 27 Etats membres de l’UE. Deuxièmement, sur le plan humanitaire, 120 millions d’euros ont été débloqués par la communauté internationale, dont 60 millions par l’UE et 1 million d’euros par le Grand-Duché de Luxembourg. Cet argent sert notamment à aider les réfugiés à retourner dans leurs pays d’origine. Encore, l’Union n’a pas hésité à réagir dans ce domaine. Finalement, via les canaux de l’ONU et de l’UE, on a imposé des sanctions, comme par exemple sur les visas et les avoirs du Colonel Kadhafi et de son entourage ou par l’établissement d’un embargo sur les armes.
En ce qui concerne la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, la voie empruntée par la communauté internationale de voter la résolution 1973 était à mon avis le meilleur choix pour protéger les civils en Libye. En ce qui concerne la mise en œuvre des mesures, je suis bien d’accord avec vous sur le fait que Paris ait fait cavalier seul sur cette question – mais n’est-ce pas devenu coutume? La position du Royaume-Uni, quant à elle, était légèrement plus nuancée.
L’Allemagne émet beaucoup de réserves estimant que «les opérations militaires sont toujours très difficiles et présentent de gros risques» alors que la France est à l’origine de la résolution. Où se situe le Luxembourg entre ses deux grands voisins ?
Le Luxembourg fut un des premiers pays à demander l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne, à condition qu’il y ait un mandat de l’ONU et que les pays arabes soutiennent une action militaire. Ce qui importe est que la violence contre le peuple libyen, contre les citoyens s’arrête le plus vite possible. Au vu des actions incessantes des troupes du Colonel Kadhafi et de sa rhétorique, la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne semble la seule option disponible pour atteindre cet objectif.
On a beaucoup parlé des intérêts américains, français ou italiens dans les pays en insurrection. Quels sont les intérêts luxembourgeois dans la région ?
Tout d’abord, du point de vue du Luxembourg, la stabilité et la paix sont un intérêt en soi dans n’importe quel pays dans le monde, mais surtout dans les pays voisins de l’Union européenne. L’impact de pareilles crises sur les relations de l’UE avec ces pays – non seulement les relations économiques et commerciales, mais également politiques – est de taille. La question des réfugiés est aussi centrale dans le contexte des crises tunisienne, égyptienne et libyenne. L’Union européenne se doit de trouver des solutions adéquates dans ce contexte.
Le Japon est victime d’une catastrophe naturelle, économique et nucléaire sans précédent. Quelles sont les dispositions du Grand-Duché pour lui venir en aide?
Suite au tremblement de terre, une équipe luxembourgeoise de sauvetage, avec des membres de la Protection civile et de la Croix rouge luxembourgeoise, était en «stand-by» pour partir immédiatement au Japon, mais elle n’a pas obtenu la permission d’y aller de la part des autorités japonaises. Le Luxembourg a ainsi décidé de contribuer financièrement à travers les canaux européens et onusiens dès que les autorités japonaises en auront besoin et les demanderont.