Dialogue social : préserver l’équilibre, préparer l’avenir
L’interview a été réalisée le 23 février 2026
Dans un contexte économique exigeant et face aux mutations profondes du monde du travail, le dialogue social demeure un pilier essentiel du modèle luxembourgeois. Entre indexation des salaires, restructurations, intelligence artificielle et négociations dans le secteur de la santé, le ministre du Travail revient pour Lëtzebuerger Gemengen sur sa vision d’un modèle fondé sur la concertation, la responsabilité partagée et la recherche de solutions durables.
Monsieur le Ministre, vous disposez d’une longue expérience en politique communale et nationale, ce qui vous donne une connaissance fine du terrain et des réalités sociales. En quoi ce parcours influence t-il aujourd’hui votre approche du dialogue social et de la politique du travail ?
Mon parcours communal et national me permet de garder un lien fort avec le terrain et les réalités sociales. Je sais d’où je viens, et je n’ai jamais renié mon engagement syndical. Cette expérience personnelle nourrit aujourd’hui mon respect du dialogue social et des partenaires sociaux.
Le fait d’avoir été moi-même sur le terrain me donne une lecture plus concrète et plus humaine des dossiers.
Mon approche privilégie des solutions pragmatiques, applicables et acceptables pour toutes les parties. Je veille à garder un équilibre entre protection des salariés et viabilité des entreprises.
L’expérience politique m’a appris que les réformes durables passent par le compromis et l’écoute.
Les syndicats évoquent un climat social tendu et estiment que le dialogue tripartite s’est affaibli. Comment décririez-vous aujourd’hui l’état du dialogue social au Luxembourg ?
Le climat social est exigeant, et je ne minimise pas les tensions qui existent aujourd’hui. Le dialogue social a connu des phases plus difficiles ces derniers mois. Il est essentiel de rétablir un climat de confiance entre tous les partenaires.
Depuis mon entrée en fonction, j’ai multiplié les entrevues avec les syndicats et les organisations patronales. D’ailleurs, nous avons fixé un calendrier, afin d’aborder les sujets importants. De même, nous avons réussi à conclure l’accord « Lux2029 », qui sécurise l’avenir d’ArcelorMittal au Luxembourg. Cela montre que nous pouvons faire avancer les dossiers, malgré les tensions actuelles.
En ce qui concerne le « matching » entre les compétences disponibles et les besoins des employeurs, notre objectif est de rapprocher les profils des demandeurs d’emploi des critères des postes à pourvoir. Le rôle du ministère est de mettre en place les instruments nécessaires pour accompagner au mieux les transitions actuelles du monde du travail. En même temps, nous sommes convaincus que le dialogue social est indispensable pour que ces transformations profondes se réalisent de manière socialement responsable.
Ainsi, nous pensons qu’il est plus efficace, à terme, de nous retrouver à trois autour de la même table. C’est dans ce cadre que l’on parvient le mieux à élaborer des solutions équilibrées et durables.
Le modèle luxembourgeois repose traditionnellement sur la concertation entre gouvernement, syndicats et patronat. Pensez-vous que ce modèle doit être réaffirmé dans sa forme classique ou adapté aux réalités actuelles ?
Le modèle tripartite fait partie de l’ADN social du Luxembourg. Il a montré sa force, notamment dans des phases compliquées, par exemple dans le secteur industriel.
Le dialogue social nous a permis de traverser des périodes de tension sans ruptures majeures. Ce modèle est un véritable Aushängeschild pour le Luxembourg. Il est l’un des garants de notre stabilité et de notre paix sociale. Je suis convaincu que ce cadre classique reste pertinent dans ses principes. En même temps, il doit pouvoir s’adapter aux réalités actuelles du monde du travail. L’essentiel est de préserver l’esprit de concertation et de
responsabilité partagée.
L’indexation automatique des salaires constitue un pilier du modèle social luxembourgeois. Pouvez-vous garantir que ce mécanisme restera pleinement maintenu et protégé durant cette législature ?
Oui, l’indexation automatique des salaires reste un pilier du modèle social luxembourgeois. Il protège le pouvoir d’achat des salariés face à l’inflation.
Le maintien de l’indexation est par ailleurs clairement inscrit dans l’accord de coalition. C’est un engagement politique que nous assumons pleinement. Il n’est pas question de remettre en cause ce principe durant cette législature.
La prévisibilité de ce mécanisme est importante pour les salariés comme pour les entreprises. L’indexation contribue à la stabilité sociale dans notre pays.
L’introduction croissante de l’intelligence artificielle dans les entreprises suscite des interrogations quant à l’avenir de certains métiers. Comment votre ministère entend-il encadrer cette évolution afin de concilier compétitivité et sécurité de l’emploi ?
L’intelligence artificielle transforme déjà en profondeur le monde du travail. Notre responsabilité est d’anticiper ces évolutions plutôt que de les subir. La question centrale est celle de l’upskilling et du reskilling des salariés. Il s’agit de permettre aux personnes d’évoluer avec leur métier, ou vers de nouveaux métiers.
La compétitivité des entreprises passe par des compétences adaptées aux nouveaux besoins. Et la sécurité de l’emploi passe par l’employabilité des salariés.
Des restructurations récentes ont ravivé le débat sur les licenciements collectifs. Envisagez-vous de renforcer les instruments de prévention ou d’accompagnement afin d’éviter des suppressions d’emplois massives ?
Notre priorité est d’agir le plus en amont possible pour éviter des licenciements massifs. La prévention doit rester au coeur de notre approche.
C’est dans ce contexte que nous avons prévu, durant cette législature, une révision du cadre légal du maintien dans l’emploi. L’objectif est de renforcer les instruments existants et de les rendre plus efficaces sur le terrain. Ces questions doivent être traitées dans le cadre du dialogue social.
Les négociations en cours dans le secteur de la santé suscitent des inquiétudes quant à l’égalité d’accès aux soins. Le gouvernement peut-il garantir que le Luxembourg restera fidèle à son modèle solidaire, assurant une prise en charge équitable pour tous ?
Cette question relève évidemment en premier lieu de la compétence de Madame la Ministre de la Santé.
En tant qu’ancien président de la Commission parlementaire de la Santé, je reste toutefois très attentif à ces dossiers. Je suis ces négociations de près, car elles touchent à des principes fondamentaux de notre modèle social.
Le modèle solidaire du Luxembourg repose sur l’égalité d’accès aux soins pour tous. C’est un acquis précieux que nous devons préserver. Le gouvernement est attaché à une prise en charge équitable, indépendamment de la situation sociale ou financière. La santé ne se négocie pas au portefeuille !