Enoprimes : dix ans pour accélérer la transition énergétique au Luxembourg
Lancé en 2015 pour répondre à une directive européenne, le programme enoprimes s’est progressivement imposé comme un levier clé de la transition énergétique au Luxembourg. Porté par Enovos et animé par l’energieagence, il accompagne particuliers et professionnels dans leurs projets d’économies d’énergie. En dix ans, les résultats sont significatifs, tant sur le plan économique qu’environnemental, illustrant la montée en puissance d’un dispositif désormais incontournable. Laurent Magi, responsable des services liés à la transition énergétique chez Enovos et Yoann Lintz, responsable du service enoprimes & Subsides à l’energieagence, nous en disent plus.
Une montée en puissance progressive
« Au départ, il faut bien comprendre que cela découle d’une obligation européenne », rappelle Laurent Magi, responsable des services liés à la transition énergétique chez Enovos. La directive de 2012 fixe en effet des objectifs ambitieux en matière d’économies d’énergie et laisse aux États membres le choix des mécanismes pour les atteindre. Le Luxembourg a opté pour un modèle impliquant directement les fournisseurs d’énergie, dont fait partie Enovos.
Le programme a été lancé en 2015 et développé initialement en interne chez Enovos. « Très vite, il s’est rapidement structuré autour d’un partenariat renforcé avec l’energieagence, qui a aujourd’hui la charge de l’opérationnel. Nous nous sommes effectivement vite rendu compte qu’il ne suffisait pas de gérer des dossiers administratifs. Il fallait de l’ingénierie et de l’expertise technique », explique-t-il. L’agence située à Howald assure désormais l’ensemble du suivi des projets, de l’analyse technique jusqu’à la validation des économies d’énergie.
Aujourd’hui, le programme repose sur une organisation solide et transversale. « Notre rôle, c’est d’identifier, de valoriser et d’accompagner des projets d’économie d’énergie, quel que soit le secteur », précise Yoann Lintz, responsable du service enoprimes & Subsides à l’energieagence. Particuliers, entreprises, industries ou administrations : tous peuvent bénéficier du dispositif, à condition de démontrer un gain énergétique mesurable.
Des résultats significatifs en dix ans
Après une première phase en demi-teinte pour atteindre les objectifs fixés, le programme a connu une accélération notable à partir de 2020. « Nous avons capitalisé année après année, gagné en efficacité et aujourd’hui nous atteignons nos objectifs », souligne Laurent Magi.
Certains chiffres témoignent de cette montée en puissance. En dix ans, enoprimes a permis de générer environ 1.600 GWh d’économies d’énergie, soit l’équivalent d’une fois et demie la consommation annuelle d’électricité des ménages luxembourgeois. Plus de 40 millions d’euros de primes ont été distribués, et près de 27.000 projets ont été soutenus. Le nombre de dossiers traités illustre également cette dynamique. « De quelques centaines à ses débuts, le programme est passé à plus de 55.000 projets analysés en 10 ans. Nous sommes sur une évolution exponentielle, que ce soit en volume d’économies ou en nombre de dossiers », confirme Yoann Lintz.
Cette progression s’explique par plusieurs facteurs : la simplification des procédures, le développement d’outils numériques performants, mais aussi l’extension d’un réseau de partenaires aujourd’hui fort de 800 acteurs. « Nous ne pouvons pas atteindre nos objectifs seuls. Ce sont nos partenaires qui sont en contact direct avec les clients et qui jouent un rôle clé », insiste-t-il.
Un dispositif fondé sur l’accompagnement
Au-delà des chiffres, enoprimes se distingue par son approche. « Ce programme n’est pas un guichet où l’on dépose un dossier pour obtenir une aide. Il y a un vrai travail de conseil et d’accompagnement », souligne Yoann Lintz. Le montant des primes est directement lié aux économies d’énergie générées. Cette logique incitative permet de valoriser des projets très variés, allant de la rénovation énergétique des logements à l’optimisation de procédés industriels. « Quel que soit le projet, à partir du moment où il y a un gain d’économie d’énergie quantifiable, nous sommes en mesure d’intervenir », résume Laurent Magi.
Un réel impact environnemental
Si les bénéfices économiques sont évidents, l’impact environnemental du dispositif est tout aussi significatif. « Depuis 2024, nous intégrons systématiquement la quantification des réductions d’émissions de CO₂ aux projets », poursuit Yoann Lintz.
Sur la seule base du remplacement des systèmes thermiques chez les particuliers, les économies réalisées représentent déjà 41.000 tonnes de CO₂ évitées. « Et si l’on prend en compte l’ensemble des projets, nous dépassons largement les
140.000 tonnes », précise-t-il.
Un dispositif en constante adaptation
Au fil des années, de nombreuses actions spécifiques ont aussi été mises en place pour stimuler la participation : distribution de kits d’économie d’énergie, campagnes de sensibilisation, primes renforcées pour certains équipements ou secteurs. En 2022, la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine a également marqué un tournant. « Nous avons eu carte blanche pour intensifier nos actions et accompagner au maximum la réduction des consommations », se souvient Laurent Magi. Cette période a contribué à renforcer la visibilité du programme et à accélérer son adoption.
Aujourd’hui, de nouvelles pistes sont explorées, notamment l’intégration de l’intelligence artificielle pour automatiser le contrôle des dossiers standards. « Cela permettra de libérer du temps pour nos ingénieurs afin qu’ils puissent se concentrer sur des projets à plus forte valeur ajoutée », explique Yoann Lintz.
Relever de nouveaux défis
« Après dix années de croissance, nous avons déjà capté une grande partie des projets les plus évidents. Désormais, il va falloir aller chercher de nouvelles opportunités », reconnaît Laurent Magi. Le ciblage des petites et moyennes entreprises, ainsi que le renforcement des actions auprès des communes, constituent des axes de développement prioritaires. La vision évolue également, avec une attention croissante portée à la décarbonation.
Enfin, enoprimes bénéficie aujourd’hui d’une reconnaissance croissante auprès du public. « Près d’un résident sur deux au Luxembourg déclare connaître le dispositif ou en avoir entendu parler », conclut Yoann Lintz.