Sud du Luxembourg : un axe structurant repensé pour les 30 prochaines années

Face à une croissance démographique soutenue, à l’intensification des flux transfrontaliers et à la transformation des anciennes friches industrielles, le Sud du pays s’impose comme un territoire stratégique en pleine mutation. Dans le cadre du Plan national de mobilité 2035, l’Administration des Ponts et Chaussées engage une reconfiguration ambitieuse de l’axe structurant Luxembourg–Esch–Belval, avec pour objectif d’intégrer pleinement route, tram, transports publics et mobilités douces. Modernisation des échangeurs, sécurisation des tronçons sensibles et anticipation des développements urbains futurs : une vision globale et durable pour préparer dès aujourd’hui la mobilité des 20 à 30 prochaines années.

Monsieur le Directeur, le Sud du pays connaît une transformation majeure en matière d’infrastructures. Quelle est aujourd’hui votre priorité stratégique pour cette région ?

Le Sud du pays est aujourd’hui au cœur des transformations nationales. Entre la reconversion industrielle, la croissance démographique et les flux transfrontaliers, la pression sur les infrastructures est constante.

Notre priorité stratégique s’inscrit pleinement dans le cadre du Plan national de mobilité 2035 (PNM 2035). Ce plan vise à mettre en place un système réellement multimodal.

Concrètement, cela signifie organiser intelligemment la complémentarité entre la voiture, le tram, les transports publics et mobilité douce. L’objectif n’est plus de penser la mobilité en silos, mais comme un écosystème cohérent.

Le Sud doit bénéficier d’infrastructures capables d’absorber la croissance tout en favorisant des alternatives durables. Nous devons anticiper les besoins de demain, et non simplement réagir aux congestions d’aujourd’hui.

L’autoroute A4, axe structurant entre Luxembourg-Ville et Esch-sur-Alzette, fait l’objet d’adaptations importantes. Pouvez-vous détailler l’état d’avancement des travaux et les objectifs poursuivis ?

L’autoroute A4 constitue un axe structurant majeur entre Luxembourg-Ville et Esch-sur-Alzette. Les adaptations en cours s’inscrivent dans une vision globale de mobilité multimodale.

Un élément central est le prolongement du tram vers Belval, porté par Luxtram, qui permettra à terme de relier directement Luxembourg à Belval. Cette évolution transformera profondément l’organisation des déplacements dans le Sud.

L’objectif est clair : créer un véritable couloir multimodal où cohabitent de manière structurée le trafic automobile, le tram, les transports publics et les mobilités alternatives. Nous souhaitons également soulager les petites localités avoisinantes qui subissent aujourd’hui un trafic de transit important.

La résolution des problématiques sur le tronçon Esch – Lankelz – Lallange – Foetz est une nécessité incontournable. Il s’agit actuellement du segment le plus accidentogène et le plus congestionné du corridor Sud. Une plateforme de coordination et de concertation a été mise en place entre Luxtram, les acteurs des transports publics et l’Administration des ponts et chaussées, afin d’assurer une planification cohérente des travaux et une approche pleinement intégrée du corridor Sud.

Cette plateforme permet d’anticiper les phases de chantier, d’éviter les chevauchements et d’assurer une meilleure cohérence globale des interventions. L’enjeu dépasse la simple adaptation routière : il s’agit de repenser l’ensemble du corridor Sud dans une logique durable et intégrée.

Le réaménagement de l’échangeur de Lankelz à Esch-sur-Alzette constitue un chantier clé pour la fluidité du trafic. Quels en sont les enjeux techniques et les délais prévus ?

L’échangeur de Lankelz est stratégique, car il dessert à la fois Esch, Belval et les flux transfrontaliers.

Les enjeux sont techniques et logistiques :
maintenir la circulation pendant les travaux tout en modernisant en profondeur les infrastructures existantes.

Le projet prévoit une meilleure séparation des flux, une sécurisation accrue et une adaptation aux futurs développements urbains. Les travaux sont organisés en plusieurs phases afin de limiter l’impact pour les usagers.

La liaison Micheville, reliant Esch-Belval à la France, est stratégique pour la mobilité transfrontalière. Quels investissements sont encore programmés dans ce secteur?

La liaison Micheville constitue un axe stratégique majeur pour la mobilité transfrontalière et pour le développement du pôle de Belval.

Les travaux principaux sont désormais achevés. L’infrastructure est pleinement opérationnelle et joue déjà un rôle déterminant dans la fluidification des flux frontaliers.

Les investissements actuels portent sur l’optimisation des connexions : amélioration des accès vers Belval, coordination avec les transports publics et adaptation aux futurs développements résidentiels et économiques du secteur.

L’objectif est d’anticiper la croissance continue de la zone afin d’éviter toute saturation à moyen terme et de garantir une intégration cohérente dans le système multimodal du Sud.

Dans le cadre du développement de Belval et des friches industrielles reconverties, comment les Ponts et Chaussées accompagnent-ils la transformation urbaine et les nouvelles mobilités ?

À Belval, notre approche est globale et intégrée. La transformation des anciennes friches industrielles en quartiers résidentiels, universitaires et économiques nécessite une coordination étroite entre aménagement urbain et infrastructures de mobilité. Nous accompagnons activement cette mutation en développant un réseau structurant cohérent. Le futur développement de Belval Sud, qui sera relié directement à Belvaux, renforcera la continuité territoriale et permettra une meilleure répartition des flux. Sur le tronçon Belvaux – Belval – Raemerech – Esch, nous travaillons à l’adaptation du réseau routier afin d’absorber les nouveaux flux liés à la croissance du secteur.

L’objectif est double : garantir une circulation fluide et sécurisée, tout en intégrant pleinement ces infrastructures dans une logique multimodale. En parallèle, nous développons des pistes cyclables sécurisées, des aménagements favorisant les bus prioritaires et des connexions optimisées avec le réseau ferroviaire.

Le contournement de Bascharage et les aménagements autour de la N5 et de la N31 sont attendus depuis longtemps par les habitants. Où en sont ces projets et quel est le calendrier envisagé ?

Le contournement de Pétange Bascharage constitue un projet structurant pour l’ensemble du sud-ouest.

La N31 (avec le contournement de Pétange) sera fluidifiée afin d’augmenter la capacité du trafic en direction de la Belgique et de mieux canaliser les flux transfrontaliers.

Le même principe s’applique à la N5, qui relie Helfent à Dippach. Les aménagements prévus visent à sécuriser l’axe, à améliorer la fluidité et à éviter que le trafic de transit ne traverse les centres des localités avoisinantes.

Ces projets s’inscrivent dans une collaboration étroite entre les communes du Kordall, l’État et l’Administration des ponts et chaussées, dans le cadre de la « Kordall Étude ». Cette démarche permet d’analyser les flux de manière globale et de définir ensemble des solutions d’apaisement adaptées au territoire.

La mobilité durable est désormais au cœur des politiques publiques. Comment le Sud du Luxembourg s’inscrit-il dans cette transition, notamment en matière de pistes cyclables nationales, voies de bus prioritaires et pôles multimodaux ?

Le Sud joue un rôle pilote dans la transition vers une mobilité durable.

Nous développons activement :

• des pistes cyclables nationales sécurisées.

• des voies de bus prioritaires.

• des infrastructures adaptées aux transports publics.

• des aménagements autour des pôles multimodaux.

Les projets liés à Esch-Schifflange et au futur développement de la zone Metzeschmelz illustrent cette approche prospective. Notre ambition est claire : anticiper plutôt que subir. Les infrastructures du Sud doivent répondre aux besoins d’aujourd’hui tout en préparant les 20 à 30 prochaines années.

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