Energy Sharing Service : quand les voisins partagent leur énergie
Le partage d’énergie prend forme au Luxembourg, porté par la montée du photovoltaïque et la nécessité d’ancrer la transition énergétique au niveau local. Avec sa propre solution, Enovos accompagne particuliers, entreprises et communes dans la création et la gestion de communautés énergétiques. Retour sur ce dispositif avec Tatiana Berseneva et Ivan Deschamps, respectivement Product Manager et Head of department au sein du service Digital, Innovation & Products.
Qu’est-ce que l’Energy Sharing et depuis quand ce dispositif est-il en place au Luxembourg ?
TB : Il s’agit d’une solution qui permet de partager localement de l’électricité renouvelable produite en excédent, principalement à partir d’installations photovoltaïques, entre plusieurs acteurs : des ménages, des entreprises ou des collectivités. L’idée est simple : lorsque la production dépasse la consommation d’un site, cette énergie peut être redistribuée à d’autres membres d’un même groupe de partage, selon des règles clairement définies, à un prix fixé à l’avance. On valorise ainsi une production locale qui, autrement, serait injectée dans le réseau à des conditions moins avantageuses.
ID : Nous travaillons sur cela depuis plusieurs mois. Le développement de la plateforme s’est accéléré ces dernières semaines, avec la mise en place de projets pilotes et l’intégration graduelle de clients. En 2025, nous avons procédé à une mise en service progressive, c’est-à-dire que la solution est opérationnelle, utilisée par des clients réels, mais sans communication vers le grand public. L’intérêt du partage d’énergie est aujourd’hui très large ; les particuliers équipés de panneaux photovoltaïques y voient un moyen de mieux valoriser leur production lorsqu’ils ne sont pas chez eux. Les entreprises, notamment celles disposant de plusieurs sites, peuvent optimiser leurs flux énergétiques. Enfin, les communes jouent également un rôle clé : elles disposent souvent de bâtiments publics producteurs d’énergie et d’un tissu local propice à la mise en place de projets collectifs. C’est pourquoi nous avons développé une offre spécifique, capable de s’adapter à des besoins très différents d’une commune à l’autre.
Vous présentez cette solution comme étant « all-in-one ». Concrètement, comment cela se traduit-il pour les clients ?
ID : Le principal défi auquel les clients sont confrontés aujourd’hui n’est pas tant technique qu’administratif et organisationnel. Pour créer un groupe de partage d’énergie, il faut d’abord comprendre les différents types de dispositifs existants, et leurs implications ; ce qui est autorisé, ce qui ne l’est pas, les contraintes fiscales, la distance entre les points de production et de consommation, ou encore la nécessité de créer ou non une entité légale. À cela s’ajoutent des choix clés, comme la définition du groupe, le prix de partage ou l’équilibre entre production et consommation. Un groupe de partage d’énergie, c’est une communauté vivante : des membres arrivent, d’autres partent, des questions surgissent, parfois des tensions aussi. C’est précisément sur ces aspects que notre offre se positionne ; nous prenons en charge la création, la gestion administrative, les entrées et les sorties, ainsi que l’accompagnement et les simulations nécessaires tout au long de la vie du groupe.
TB : En plus de cela, il ne faut pas sous-estimer la partie financière et la transparence. Chaque mois, quelqu’un doit calculer les volumes partagés, répartir les coûts, collecter les paiements des consommateurs et redistribuer les revenus aux producteurs. Ce sont des sujets sensibles, et notre objectif est d’éviter toute ambiguïté ou conflit. C’est pourquoi nous avons développé une plateforme numérique qui centralise ces informations. Le prix de partage est décidé par le groupe dès le départ, avec notre accompagnement. Les données de consommation et de production sont disponibles à J+1 sur Leneda, la plateforme nationale de données énergétiques. Chaque
participant dispose d’une vision claire de l’énergie qu’il consomme, de ce qui provient de la communauté et de ce que cela représente financièrement et peut également faire plusieurs simulations. Cette transparence est essentielle pour instaurer la confiance et garantir le bon fonctionnement du modèle entre les membres et l’organisateur.
Quels enseignements tirez-vous des premiers retours des clients et comment ceux-ci ont-ils influencé le développement de votre solution ?
TB : Ce que nous constatons avant tout est qu’ils apprécient être accompagnés dans un cadre structuré, qui leur donne une vision claire des règles, des flux d’énergie et des aspects financiers. Ces retours ont aussi mis en lumière un besoin clair d’accompagnement dans les démarches administratives. Mettre en place un groupe de partage d’énergie demande du temps, de la coordination et une bonne organisation, notamment pour désigner un représentant et aligner tous les membres dès le départ. Un autre enseignement clé est que chaque groupe est unique. Les besoins d’un groupe de particuliers, par exemple une famille dispersée sur le territoire ou des voisins d’une même commune, d’une entreprise ou d’une commune sont très distincts. Notre défi est donc de proposer une solution suffisamment flexible pour couvrir toutes ces configurations.
ID : Notre solution s’est construite de manière progressive, en étroite collaboration avec les clients et surtout grâce à leurs retours. Certains d’entre eux pensaient pouvoir tout gérer eux-mêmes, notamment lorsqu’ils disposent déjà de compétence technique. Mais très vite, une question centrale se pose : qui s’occupe de la gestion quotidienne ? Les déménagements sont fréquents au Luxembourg, les membres changent, les questions affluent, et peu de personnes souhaitent assumer ce rôle sur le long terme. C’est précisément sur ce point que nous avons adapté notre approche, en proposant une gestion complète et durable des groupes. Un autre enseignement majeur concerne l’équilibre entre producteurs et consommateurs. S’il est relativement facile de trouver des producteurs, notamment dans un pays où l’intérêt pour le photovoltaïque est fort, il est parfois plus complexe de mobiliser suffisamment de consommateurs. Sans un nombre adéquat de participants, l’énergie produite n’est pas utilisée de manière optimale. Les municipalités jouent ici un rôle clé, par exemple en combinant bâtiments publics à forte consommation, comme les écoles, et production résidentielle locale, elles créent des synergies idéales. Chaque configuration est différente, mais c’est justement cette diversité que notre solution vise à couvrir afin de maximiser la valeur locale et d’ancrer concrètement la transition énergétique au cœur des communautés.
Parmi les premiers acteurs à s’être engagés concrètement dans cette démarche figure la commune de Niederanven : « À Niederanven, nous considérons le partage de l’énergie comme un pilier essentiel d’un avenir climatiquement neutre et socialement juste. Notre ambition est de dépasser les petites communautés isolées et de créer une masse critique permettant de rémunérer équitablement les producteurs d’énergie renouvelable, tout en offrant à tous les citoyens en particulier à ceux qui ne peuvent pas installer de systèmes photovoltaïques, un accès à une électricité produite localement à des prix plus bas et prévisibles. Il s’agit d’un véritable modèle gagnant-gagnant. Les communes qui partagent cette vision sont invitées à nous rejoindre afin de contribuer ensemble à façonner l’avenir de l’énergie », a déclaré son bourgmestre, Fréd Ternes.
Pour en savoir plus sur l’Energy Sharing Service et manifester votre intérêt, rendez-vous sur le site d’Enovos : energysharing.enovos.lu