Heffingen : le projet de rénovation qui transforme une commune

En ce début d’année 2026, la rue Op Präikert de la commune d’Heffingen a pu accueillir un tout nouveau projet de rénovation : l’ouverture d’une épicerie locale, « A Schulesch », ainsi que plusieurs habitations sociales, dont un logement d’urgence. L’initiative, présentée par le bourgmestre de la commune, Jérôme Seiler, ainsi que son échevin, Christian d’Harcour, a pour objectif de dynamiser la commune, tout en valorisant son territoire.

 

La genèse d’une initiative ambitieuse

Tout a commencé il y a plus de sept ans, avec la mise en vente d’une maison. En 2018, alors que Jérôme Seiler, bourgmestre de la commune d’Heffingen, venait d’accéder à ses fonctions, un charmant bâtiment à la vente a su attirer l’œil des membres communaux. « Nous avions fait le tour du bâtiment et avions constaté que le volume était assez impressionnant. Dans la pièce principale, il y avait un ancien comptoir de boucher, ce qui nous a rapidement donné l’idée de l’épicerie », relate Jérôme Seiler.

Profitant de l’espace disponible, la commune a également envisagé la création de logements sociaux. Les différentes pièces du bâtiment ont ainsi été aménagées pour accueillir à la fois une épicerie, ainsi que quatre logements séparés. Toutefois, les combles, qui constituaient une surface assez large, restaient inutilisés. « Nous ne pouvions pas faire de logement social à cet endroit, mais avons pu utiliser cet espace pour créer un logement d’urgence, afin de reloger des personnes dans le besoin ou leur accorder du temps pour s’organiser, par exemple. Nous avons alors fait appel à un architecte, avons effectué l’état des lieux et avons ensuite commencé à planifier », explique le bourgmestre.

Une fois le plan de rénovation né, le projet a été présenté au conseil communal en 2018, afin de décider de l’acquisition du bâtiment en premier lieu, pour finalement approuver le projet complet à neuf voix. En décembre 2025, les travaux de la nouvelle épicerie et des logements sociaux d’Heffingen ont été achevés. « N’ayant jusqu’à maintenant pas de logement social, nous avons saisi cette opportunité pour être en mesure d’offrir un toit aux personnes dans le besoin. Ces logements peuvent accueillir des personnes célibataires ou même des familles, d’autant plus que nous estimons qu’ils offrent un cadre de vie tout à fait agréable », affirme le bourgmestre.

Entre valorisation du territoire et dynamisation du village

De la petite restauration locale aux produits d’hygiène quotidiens, « A Schulesch » rassemble plusieurs types de produits, mais mise avant tout sur ses producteurs régionaux

En juillet 2024, la commune a organisé un atelier participatif, modéré par le bourgmestre et communiqué sur les réseaux sociaux, rassemblant les collaborateurs du projet et une cinquantaine de participants. « Les personnes se sont montrées très enthousiastes vis-à-vis du projet, affirme Christian d’Harcour, son échevin. Nous estimions intéressant d’aménager un endroit qui pourrait être animé pour la commune, car jusqu’à présent, elle ne contenait pas d’attraction majoritaire. »

À l’arrière de l’épicerie, plusieurs tables et chaises sont disposées à travers la pièce, formant un véritable salon de thé, faisant de A Schulesch non plus seulement un commerce, mais également un lieu de rencontre. « Cela peut aussi permettre aux séniors de faire leurs achats à proximité de chez elles et de retrouver d’autres personnes de leur âge pour prendre un café, par exemple », affirme le bourgmestre. « Notre souhait était qu’Heffingen ne soit pas un village dortoir et qu’il y ait également un centre-ville animé, reprend son échevin. L’objectif est que cela devienne un lieu de rencontre. Nous ne voulons pas nous limiter à la rénovation du bâtiment seul, il est également prévu de réfléchir à un projet pour la place complète de la rue Op Präikert », explique son échevin.

« Le financement n’est pas une excuse »

Le projet répond également à l’idée de développement rural lancée par le gouvernement, visant à renforcer l’attractivité des villes et villages de campagne à travers plusieurs mesures. « Nous avions mis en place un certain cadre avant de lancer l’organisation de l’épicerie : notre but était qu’elle compte des produits locaux. Il n’était pas possible qu’il en soit compté à 100%, mais il en fallait », déclare
Jérôme Seiler.

Le ministère de l’Agriculture a promis de verser des subventions au développement d’activités ou de commerces qui incluaient un minimum de 30% de produits locaux à la vente, le but étant de redynamiser les villages, ainsi que promouvoir les producteurs régionaux. Quant aux logements sociaux, Heffingen a pu bénéficier du service des Aides à la Pierre, permettant aux communes de créer une solution de logements abordables. « Pour une petite commune, ce n’est pas plus compliqué de lancer un projet. Les démarches sont plutôt simples et la communication avec le ministère, dans notre cas, a toujours été positive. Les subventions sont très avantageuses et il est très intéressant d’effectuer la procédure complète de l’achat du bâtiment, jusqu’à la collaboration avec le ministère, pour estimer quelles subventions sont attribuables », affirme le bourgmestre d’Heffingen.

« Le financement n’est pas une excuse, il s’agit uniquement d’une question de volonté. Si nous voulons le faire, nous le pouvons, et ce, pour un montant raisonnable que même les plus petites communes peuvent supporter. Cela ne signifie pas que maintenant que nous avons créé quelque chose, il revient uniquement aux autres communes de s’y mettre. Nous voulons et allons continuer dans cette lancée », insiste son échevin, Christian d’Harcourt. Selon les élus communaux, la responsabilité d’offrir des structures d’aide ou des activités contribuant à la vie sociale ne revient pas uniquement au ministère ou aux plus grandes communes du pays. « Cette initiative avait également pour but de montrer aux communes voisines que nous, petites communes, sommes également capables de propositions », ajoute Christian d’Harcour.

La solidarité communale face à l’urgence sociale

Si ces initiatives contribuent à renforcer le dynamisme et l’attractivité d’une localité, elles s’avèrent également essentielles dans la gestion des situations les plus urgentes, au point d’être presque perçues comme un devoir pour le bourgmestre et ses échevins.

« Nous restons persuadés que les petites municipalités doivent prendre leurs responsabilités pour lutter contre tous les types de problèmes de logements au Luxembourg, déclare Christian d’Harcour. En cas d’incident, la commune se doit de trouver un hébergement pour les familles en détresse. Beaucoup de petites communes comme la nôtre ne possèdent pas d’hôtel ou de service de location à courte durée. Nous sommes responsables de cela et estimons qu’il s’agit d’une obligation morale », reprend Jérôme Seiler.

Le bourgmestre appelle à la solidarité des communes voisines, afin de mutualiser les ressources et assurer une réponse rapide et efficace en cas de besoin. « Si le moindre incident intervient, comme un incendie ou une inondation, il pourrait être possible de faire appel à la commune la plus proche pour recevoir de l’aide ou loger des habitants dans le besoin et inversement, suggère le bourgmestre. Si toutes les communes réfléchissent de cette manière, il pourrait y avoir plusieurs logements d’urgence dispersés dans plusieurs localités, permettant une entraide entre les communes qui sont à proximité les unes des autres. »

Pour l’avenir, la commune réfléchit encore à élargir son offre et continuer de veiller sur ses habitants : « Nous ne connaissons pas encore la nature exacte de notre prochain projet, mais nous envisageons, par la suite, de potentiellement proposer une structure dédiée aux jeunes en difficulté », conclut le bourgmestre d’Heffingen.

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