SEBES : au service de la protection des eaux
Bien qu’elle semble acquise, l’eau potable est une ressource aussi rare que précieuse. Sa préservation est donc une mission de la plus haute importance. Pour évoquer ce sujet, nous avons rencontré André Weidenhaupt, président du SEBES, Georges Kraus, ingénieur-directeur du SEBES et Laurent Spithoven, en charge de la coordination au sein des zones de protection de l’eau.
Un modèle unique
Le lac de la Haute-Sûre concentre quatre fonctions différentes. Tout d’abord la production d’eau potable, la mission principale du SEBES, puis la production d’électricité, la gestion des crues extrêmes aussi et enfin la préservation de l’environnement. Le lac constitue également une zone de loisirs pour la population et les touristes de passage. « Une situation qui fait toute la particularité de ce lieu, puisque les barrages de ce type, dans les pays frontaliers comme l’Allemagne par exemple, ne remplissent généralement qu’une fonction », indique André Weidenhaupt. En effet, l’accès y est alors interdit à la population, ce qui n’est pas le cas au Luxembourg.
En quelques chiffres
Haut de 47 m, retenant jusqu’à 60 millions de m3 d’eau, le barrage de la Haute-Sûre alimente donc l’usine de traitement d’Eschdorf. Recevant les eaux de pluie, sa capacité varie selon les précipitations d’une saison à l’autre, d’une année sur l’autre.
Le bassin de la Haute-Sûre est divisé en cinq zones de protection suivant son niveau de vulnérabilité. Plus la zone est proche du mur du barrage, plus sa vulnérabilité est élevée. Sur le territoire luxembourgeois, le bassin versant s’étend sur 150 km² et représente 48% de surfaces agricoles et 47% de surfaces sylvicoles.
Ce réservoir fournit 50% du volume d’eau potable du Luxembourg et 90% de la population bénéficie de l’eau que gère et traite le SEBES.
Une convention bilatérale
Précisons également que les deux tiers du bassin versant du Lac de la Haute-Sûre, ainsi que quelques sources plus au sud, se trouvent en Belgique. De ce fait, une convention bilatérale entre le Luxembourg et la Wallonie régit la protection des ressources en eau, en particulier celles destinées à la consommation des populations.
« Cette zone sur le territoire wallon est marquée par son environnement naturel principalement forestier, qui assure une protection optimale du sol et donc une qualité des sources en sous-sol », précise notre interlocuteur.
En quantité et en qualité
Comme son nom l’indique, une zone de protection tend à préserver les ressources en eau potable du Luxembourg, du point de vue quantitatif d’une part, mais aussi qualitatif d’autre part. Autrement dit, il s’agit de disposer d’eau potable, mais également que celle-ci soit de la meilleure qualité possible. Ces impératifs sont consignés dans deux lois, la première datant du 19 décembre 2008, ainsi que celle relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine, datant du 23 décembre 2022. Enfin, le règlement grand-ducal du 16 avril 2021 délimite les zones de protection autour du lac de la Haute-Sûre et détermine les installations, travaux et activités interdites, règlementées ou soumises à autorisation dans ces zones. Des zones de protection équivalentes existent bien entendu dans d’autres pays membres de l’UE.
Un programme de mesures
« En tant qu’animateur ressources eau potable, ma mission consiste à coordonner l’action des différents acteurs impliqués dans la préservation de l’eau, au sein des zones de protection autour du lac de la Haute-Sûre », se présente Laurent Spithoven.
Exploitations agricoles, sylvicoles, industries, services d’urbanisme et de recyclage des déchets… de très nombreux secteurs économiques interviennent directement ou indirectement dans la qualité de l’eau.
En tant qu’animateur ressources eau potable, ma mission consiste à coordonner l’action des différents acteurs impliqués dans la préservation de l’eau, au sein des zones de protection autour du lac de la Haute-Sûre
Un travail collaboratif donc, destiné à concevoir un programme de mesures, à le mettre en œuvre, et finalement à évaluer son impact et sa pertinence sur le terrain. Ce programme vise notamment à conserver une eau de la meilleure qualité possible dans le lac. C’est-à-dire à monitorer et analyser constamment l’eau, pour veiller à ce que les taux de produits chimiques (nutriments, médicaments, pesticides, …) soient les plus bas possible.
Des partenaires financiers
Ce programme de mesure est co-financé par le Fonds pour la gestion de l’eau du ministère de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité à hauteur 75%. Le SEBES finance pour son compte les 25% restants. De 2024 à 2028, ce seront 4,5 millions d’euros qui seront destinés à la mise en œuvre et l’évolution dudit programme.
Pour certaines mesures très spécifiques, dans le secteur agricole notamment, un co-financement du ministère de l’Agriculture intervient. Le SEBES est partenaire fondateur de LAKU, l’instance de la coopération agricole dans la région du lac de la Haute-Sûre qui fêtera ses 10 ans cette année.
Une menace chimique et physique
Sur le bassin versant du lac, un système d’échantillonnage et d’analyse régulier a été mis en place. Il concerne l’eau du lac bien sûr, mais aussi de tous les affluents de la Sûre, afin d’observer ce que ces cours d’eau périphériques charrient dans le réservoir.
Cette zone marque par son environnement naturel principalement forestier, qui assure une protection optimale du sol et donc une qualité des sources en sous-sol
« Ces dernières années, une surcharge de nutriments a été constatée dans l’eau et fait augmenter considérablement le taux de nitrate ou de phosphore. La conséquence la plus visible est alors la présence d’algues, certaines comme les cyanobactéries étant dangereuses pour la santé. « Une quantité trop importante d’algues a aussi un impact physique sur les infrastructures, elles bouchent nos conduites et pénalisent la bonne circulation de l’eau dans le réseau » précise Laurent Spithoven.
Les conséquences de la météo
En 2024, les graphiques indiquent que la concentration en nitrates dans la Sûre est encore en dessous des taux maximums prévus par la loi. Une bonne nouvelle qui n’empêche néanmoins pas de rester attentif à la charge des nitrates. Cette dernière étant conditionnée par les chutes d’eau de pluie, c’est durant les mois de forte pluviométrie, en automne et en hiver donc, qu’il faut veiller à minimiser l’apport de nutriments dans le lac. En ce qui concerne le phosphore, la mise en place de nouvelles stations d’épuration a permis de faire baisser les taux de ce nutriment dans l’eau.
Le taux d’ensoleillement a également un impact sur la présence d’algues. À l’instar des plantes, la croissance des algues s’opère selon un procédé photosynthétique.
Avec l’aide des exploitants agricoles
Au niveau des pesticides, les relevés des dix dernières années montrent une baisse significative. « C’est une bonne nouvelle, rendue possible par les bonnes pratiques des agriculteurs de nos régions » s’enthousiasme le coordinateur du SEBES, avant de poursuivre : « Les obligations règlementaires mises en place en 2021 concernant la zone de protection ont sans doute également joué un rôle ». En effet, certains pesticides ne sont plus autorisés dans la zone de protection et ont contribué à améliorer la qualité de l’eau.
Le SEBES en quelques mots
Le SEBES, ou Syndicat des Eaux du Barrage d’Esch-sur-Sûre, a été créé le 31 juillet 1962. Comme son nom le laisse entrevoir, sa mission consiste à renforcer l’alimentation en eau potable du Grand-Duché, à partir du réservoir situé à Esch-sur-Sûre. L’activité du SEBES s’articule aujourd’hui autour de trois piliers : la protection des ressources dont l’eau du Lac de la Haute-Sûre, le traitement de cette dernière afin de la rendre propre à la consommation humaine et la sensibilisation du public à sa préservation.
Institué comme syndicat mixte, rassemblant l’État et les communes, le SEBES respecte cette parité dans tous ses organes. La représentation de l’État est assurée par les ministères de l’Intérieur, des Finances, de l’Environnement, de la Santé et des Travaux Publics.