Place à l’écologie urbaine
Il devient incontournable d’aboutir à un aménagement urbain beaucoup plus intégré et cohérent que par le passé au Luxembourg, ne serait-ce que pour anticiper les nouvelles normes européennes en matière environnementale, nous expliquent Stéphane Merlet, directeur administratif et financier du promoteur Schuler, et François Thiry, architecte-urbaniste, gérant du bureau Polaris Architects.
Le développement durable est également sur toutes les lèvres en matière d’urbanisme. Quelles sont les grandes tendances?
François Thiry : Au niveau européen, la tendance actuelle du développement durable devrait progressivement laisser place à une forme d’écologie urbaine rassemblant environnement et construction en un même domaine d’activité et de règlementation. Les villes devront dans le futur contribuer positivement à leur environnement et auront même vocation à améliorer ce que l’on dénomme leur ”écorégion” (1).
En cela, la “Porte de Hollerich” est un exemple éloquent puisqu’il s’agit d’assainir un site qui s’était industrialisé au fil des ans, et ainsi de redonner ses droits à la nature avec la renaturation d’un ruisseau, la réalisation d’une zone piétonne, d’un parc, etc. Un tel projet d’urbanisme vert est unique en son genre dans la capitale et encore très rare à l’échelle de la Grande Région.
M. Merlet, en tant que directeur administratif et financier du promoteur Schuler possédant des terrains à la ‘Porte de Hollerich’, comment concevez-vous l’impératif “développement durable” dans la revalorisation du site?
Stéphane Merlet : A la fois pour suivre les tendances urbanistiques européennes, pour rester dans l’esprit du plan directeur de la Porte de Hollerich, fortement axé sur la renaturation du cours d’eau souterrain, la mixité et la mobilité douce, et pour rehausser le prestige de la capitale, j’estime que nous devons nous orienter vers de véritables éco-quartiers et non pas simplement intégrer la notion de “développement durable” dans un projet plus conventionnel.
Nous réaliserons dans les prochains mois une étude sur l’ensemble du quartier pour définir toutes les solutions techniques envisageables pour le rendre le plus respectueux de l’environnement possible et limiter au maximum les émissions.
L’idée est de travailler par exemple avec de la cogénération pour ce qui est du chauffage et de la climatisation, de rationnaliser la consommation des uns et des autres, de récupérer la chaleur générée par les bureaux pour les appartements, etc.
On peut aussi imaginer le recours à la géothermie, étant donné la taille du site, ou à l’énergie solaire, les terrains étant orientés plein sud. On pourrait même imaginer d’utiliser l’énergie calorifique captée par le revêtement du boulevard.
En outre, le site se situe sur un nœud de communication. En améliorant l’infrastructure de transports en commun – lacunaire pour le moment- , il sera possible d’y vivre sans voiture tout comme d’y rejoindre rapidement les autres quartiers de la Ville en mobilité douce, une fois le tram installé.
En tant que promoteurs, nous cherchons à ce que nos terrains de 4 hectares entrent pleinement dans cette logique à la fois de développement durable et de strict respect de l’environnement.
Et comment procéder précisément?
François Thiry : Il faut savoir qu’en 2020 tout projet de bâtiment privé devra atteindre une performance énergétique quasi-nulle pour obtenir une autorisation de construire. Cela dit, ce qui est faisable pour certains bâtiments est quasiment impossible pour d’autres. Ces objectifs dictés par Bruxelles ne sont dès lors atteignables que par des solutions urbanistiques, notamment par des mécanismes d’échanges d’énergie entre bâtiments aux fonctions différentes. C’est donc l’échelle du quartier qui va rendre cela possible. A la Porte de Hollerich, nous disposons d’une opportunité historique dans la mesure où nous pouvons imaginer toutes les solutions à ce stade initial.
Avec le plan directeur de la Porte de Hollerich, le groupe Schuler se trouve en mesure de mener des projets pilotes à l’échelle de plusieurs hectares en centre-ville. Si le groupe Schuler a déjà franchi avec succès le cap du développement durable à l’échelle d’immeubles individuels, cet éco-quartier constitue donc une opportunité unique de passer à la réalisation à grande échelle.
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(1) Voir le blog « energiepositive.lu » animé par François Thiry sur le thème des villes à énergie positive et des écoquartiers.