Le travail, c’est la santé

La vie d’un Homme se trace au gré de ses rencontres, de ses choix et de sa personnalité. Enfant insouciant et étudiant peu intéressé, Christian Oberlé, l’actuel président du Conseil d’administration de la Caisse nationale de santé, a pris goût au travail le jour où il a découvert sa passion pour l’économie et la finance. Portrait d’un homme déterminé qui a su trouver sa place et s’affirmer dans le secteur de la santé, un monde qui ne lui était pas forcément destiné. 

 

Christian Oberlé grandit à Belair, un quartier de la capitale, jusqu’à ses huit ans avant de déménager à Senningen, un petit village de la commune de Niederanven. Nous sommes alors en 1972 et, pour l’enfant qu’il était, ce choix s’avère étonnant. «Je me considérais comme l’étranger qui venait de la ville. Pour me faire accepter par les autres jeunes du village, je me suis notamment inscrit au club de foot. J’ai également été enfant de chœur quelques temps mais j’ai très vite arrêté», badine-t-il. Avec ses trois sœurs, Christian Oberlé mène une vie rythmée par un cadre familial classique . «Ma maman était mère au foyer et mon papa travaillait dans la finance, comme beaucoup de Luxembourgeois à cette époque». Appréciant la campagne, car il peut jouer dans la rue, et épris de liberté, il prend très vite goût au voyage. À partir de 15 ans, Christian Oberlé part avec ses copains grâce aux billets InteRail. «Et à 18 ans, nous achetions même de vieilles voitures pour les réparer et partir en vacances», se souvient-il. 

 

«Un adolescent malheureusement désintéressé» 

Christian Oberlé se décrit comme «un adolescent malheureusement désintéressé» par les études. «Je n’étais clairement pas un exemple, aux yeux des professeurs et a posteriori, pour mes enfants. Je ne m’intéressais qu’aux matières qui me plaisaient, notamment les mathématiques», sourit-il. À cet âge, l’actuel président de la CNS, passionné par le dessin, ne rêve que d’un avenir: celui de devenir architecte. «J’ai donc effectué ma scolarité à l’Athénée du Luxembourg pour atteindre ce but. Certes, j’ai opté pour l’option mathématiques qui était la plus difficile sur le papier, mais de mon côté c’était un choix qui relevait plutôt du confort car j’avais des facilités dans cette matière», avoue-t-il.

D’élève désintéressé à mordu de travail

Le certificat d’enseignement secondaire supérieure en poche, il se tourne vers l’orientation scolaire dont il espère obtenir de l’aide et des conseils pour réaliser son rêve de toujours: étudier l’architecture. Un rêve qui éclatera en quelques minutes, en l’espace d’une discussion. «On m’a dit qu’il n’y avait aucun avenir au Luxembourg pour les architectes. Encore jeune, on m’a convaincu de ne pas me lancer dans cette voie, j’ai donc abandonné. Par dépit, j’ai décidé de poursuivre mes études dans les sciences commerciales à l’école d’administration des affaires à Liège. Je n’étais pas emballé par les études, sauf pour l’ingénierie financière et le marketing mais l’ambiance dans la ville était très chouette!».  

 

«J’ai découvert le plaisir de travailler en travaillant dur» 

En étudiant la finance, les mathématiques, les statistiques et même le marketing, Christian Oberlé finit par décrocher un diplôme et, par la suite, un poste d’auditeur financier chez Coopers & Lybrand (aujourd’hui PricewaterhouseCoopers). Cet emploi agit comme un révélateur inopiné d’une personnalité déterminée qui était enfouie en lui. «J’ai découvert le plaisir de travailler en travaillant dur. PwC a été une école absolument formidable pour moi puisque j’y ai découvert des aspects de l’économie et de la finance qui m’ont passionné». D’élève désintéressé à mordu de travail, Christian Oberlé ne compte plus ses heures. «En audit, nous effectuions des semaines de travail à 70 heures pour un salaire qui ne reflétait pas forcément nos efforts. Pourtant, l’esprit d’équipe y était tellement exceptionnel que l’on y prenait du plaisir», se remémore-t-il.

Après quatre années d’efforts intenses, et comme un clin d’œil au passé, il décide de prendre une année de congé sans solde pour se consacrer aux études. «J’ai pris ce virage à 28 ans car j’ai voulu rattraper le temps que j’avais perdu du fait de mon trop grand détachement. Je me suis donc inscrit aux hautes études commerciales de l’université de Lausanne pour y suivre un Master en Business Administration. Cet intérêt pour les études s’est réveillé d’un seul coup et s’est transformé en une véritable passion. J’ai vécu cette année d’études comme un vrai plaisir qui m’a permis de décrocher un beau diplôme en lien avec mes passions qui se sont révélées lors de mes premières années chez PwC». 

Aujourd’hui père de cinq enfants, Christian Oberlé s’est servi de cette expérience pour la leur transmettre. «Je leur ai toujours dit de réfléchir tôt à leurs aspirations car il ne faut pas percevoir les études comme une corvée, mais comme une voie ouverte sur le futur et la vie». Ce goût de la transmission et de l’héritage ressurgit aussi à travers d’autres horizons. Le président de la CNS a toujours tenu à emmener ses enfants lors de ses grands voyages. En s’envolant vers l’Afrique, et notamment lors d’un safari à pied mémorable au Kenya, le Canada ou l’Asie, ils ont pu s’ouvrir au monde et apprendre des autres cultures. 

 

Un premier pas dans le domaine de la santé… 

En réintégrant PwC après son année d’études, Christian Oberlé se concentre sur le conseil aux entreprises et se frotte à tous les secteurs d’activité: des ressources humaines à la finance en passant par la logistique ou les télécommunications. Le «touche à tout» quitte finalement le cabinet en 2000 en prenant en charge le projet de construction des Hôpitaux Robert Schuman. Il entre dans la direction et participe aux différentes étapes de développement du groupe hospitalier. 

J’ai trouvé une vraie bulle d’oxygène à la présidence de la CNS

«Au départ, j’avais quelques craintes en quittant PwC pour le secteur de la santé car les aspects économiques, financiers et administratifs s’y déployaient dans un cadre plus global que dans le domaine du conseil. L’écosystème de la santé se compose essentiellement de personnels de soins ou de médecins qui sont autant de profils différents de ceux que je côtoyais auparavant. Cela m’a pourtant fait du bien d’entrer dans une logique à plus long terme et avec plus de relationnel. Le travail avec les professionnels de santé était très enrichissant. Je reconnais la difficulté de mettre en place une rigueur budgétaire et de respect des délais inhérente au secteur privé et moins pertinente dans le public. Malgré tout, lors de la construction des Hôpitaux Robert Schuman, nous avons diminué de 5 à 6% le budget total tout en tenant les délais. Je partais du principe qu’il fallait travailler entre 5 et 7 ans chez le même employeur pour m’épanouir. Je suis finalement resté 18 ans aux HRS car il y avait toujours de nouveaux défis à relever», précise l’ancien auditeur. 

 

… jusqu’à la présidence de la CNS 

En 2018, les Hôpitaux Robert Schuman changent de direction. «Pour être franc, je ne me sentais plus à l’aise et j’estimais avoir fait le tour après 18 années de service. J’avais 54 ans à cette période. À cet âge, c’est le moment de rester dans le confort ou d’en sortir pour faire quelque chose de nouveau. J’ai trouvé un nouveau domaine à découvrir et une vraie bulle d’oxygène à la présidence de la CNS», confie-t-il. Dès son arrivée, Christian Oberlé repense de nouveaux concepts, projets et initiatives en se calquant sur les trois priorités établies par le ministre de la Sécurité sociale. D’abord la digitalisation interne et externe en remplaçant notamment le système du tiers-payant par celui du paiement immédiat direct. La seconde concerne la modernisation de la Caisse nationale de santé, «où plutôt une réorganisation et un management moderne car mes prédécesseurs ont réalisé un énorme travail ces quinze dernières années pour moderniser la structure». Ses expériences précédentes lui permettent aujourd’hui de créer une organisation plus agile «qui n’est cependant pas naturelle dans une administration car des réglementations précises et d’autres lois et statuts la régissent. La marge de manœuvre se trouve ainsi plus limitée que dans le secteur privé», explique-t-il. Sa dernière priorité réside dans la médecine préventive qui n’est, selon lui, encore pas assez considérée. À mi-mandat, il reste encore du temps à Christian Oberlé pour boucler les multiples projets entrepris.

 

«Un dernier grand rêve»  

Ce mordu de cinéma et de théâtre n’entend pas s’arrêter de travailler. Et pour cause, avec l’expérience, Christian Oberlé a appris à ne plus se laisser submerger par le stress et à mieux gérer l’urgence des situations. Un esprit n’est sain que dans un corps sain. «J’apprécie le jogging qui me permet de me libérer, et le ski. Dans ma jeunesse, je pratiquais volontiers le squash, mais avec l’âge, on a tendance à devenir plus calme. Je me suis ainsi intéressé au Qi-Jong», déclare-t-il. En 2025, date de fin de son mandat à la CNS, l’ancien étudiant désintéressé se voit encore œuvrer dans la santé alors que rien ne l’y prédestinait. «S’il y a un seul et dernier grand rêve qui m’anime, ce serait celui de créer mon activité indépendante ou ma petite entreprise dans ce domaine», conclut-il. 

 

Par Pierre Birck

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