Aux mauvais goûts des scandales
Du nitrite dans les tranches de jambon pour les rendre plus rose, des nanoparticules de dioxyde de titane qui donnent les couleurs vives aux bonbons et du fipronil illégalement mélangé à un produit désinfectant qui se retrouve dans les œufs: l’opacité avec laquelle certains industriels s’obstinent à protéger leurs processus de fabrication s’apparente à de l’obscurantisme. «Les scandales alimentaires sont d’autant plus abjects qu’ils se jouent de la confiance des consommateurs», dénonce Fernand Etgen, ministre de l’Agriculture, de la Viticulture et de la Protection des consommateurs qui a présenté un paquet de mesures scensé moraliser les pratiques.
Le 28 juillet 2017, les autorités néerlandaises ont annoncé avoir détecté du fipronil dans des centaines de milliers d’œufs. Selon le ministre belge de l’Agriculture Denis Ducarme, son homologue néerlandais aurait été au courant de l’affaire dès novembre 2016 et n’en aurait informé aucune autorité sanitaire. Ce qui pose problème lorsqu’on sait que les Pays-Bas exportent deux tiers des 10 milliards d’œufs produits chaque année.
Dès qu’il a été mis au fait de l’affaire, Fernand Etgen assure avoir convoqué ses services afin de leur demander «compétence» et «transparence». Des soupçons se sont alors portés sur deux exploitations du pays et les enquêtes ont rapidement montré que le produit contaminé au Fipronil n’avait pas été utilisé dans les étables. Les grandes surfaces ont quant à elles préféré le principe de précaution et les œufs liquides, ainsi que les gâteaux au chocolat surgelés destinés aux professionnels de la restauration ont été retirés du circuit. Aucune trace non plus de l’insecticide dans les 18 échantillons d’œufs et ovoproduits analysés. En un mois, sept communiqués de presse ont été publiés par le ministère de l’Agriculture afin de relayer au plus vite, les dernières informations au consommateur.
Hasard du calendrier, le jour où les Pays-Bas annonçaient l’affaire, Fernand Etgen présentait une série de mesures pour renforcer la transparence dans le secteur alimentaire et promouvoir les produits régionaux de qualité.
Un paquet de trois mesures
«Le premier volet s’adresse principalement aux consommateurs en leur offrant plus de transparence en matière de labels.
Cette nouvelle procédure d’agrément, qui évalue les labels de façon objective sur base de critères techniques clairs et vérifiables, établis par les instances officielles, a pour but d’assurer une cohérence globale des démarches de qualité et d’accroître la transparence et la confiance du consommateur.
L’apposition sur l’emballage des produits labellisés, d’un logo officiel témoignant l’agrément par l’État luxembourgeois permettra aux consommateurs de reconnaître plus facilement les produits de qualité, tenant compte des paramètres de durabilité parmi les milliers de références disponibles aux lieux de vente.
Le logo d’agrément certifiera que le label en question met l’accent sur un ou plusieurs des critères regroupés suivant les aspects de « Qualité – Saveur », « Régional – Équitable », « Environnement – Bien-être animal ».
Cette démarche s’adresse aussi aux cuisines collectives telles que les crèches, maisons relais, hôpitaux, centres pour personnes âgées…
En effet, l’agrément des labels constitue un prérequis essentiel afin de pouvoir atteindre une valorisation accrue des produits régionaux au niveau de la restauration collective. En effet la nouvelle loi relative aux marchés publics permet d’exiger que les produits agricoles répondent à certaines préoccupations en matière de qualité et de durabilité. Ainsi, l’ancrage renforcé des critères « Qualité – Saveur », « Régional – Équitable », et « Environnement – Bien-être animal » au niveau des labels nationaux, permettra aux labels luxembourgeois de gagner une longueur d’avance par rapport à leurs produits concurrentiels dans les appels d’offres.
Le troisième volet s’adresse aux producteurs agricoles. Il convient de souligner que grâce à cette nouvelle démarche d’agrément, les labels de qualité luxembourgeois ne se voient pas seulement mieux valorisés – en effet, le logo d’agrément officiel représente une reconnaissance des efforts supplémentaires fournis par les producteurs, mais ces efforts supplémentaires se voient également récompensés par le paiement d’aides financières liées aux frais de contrôle et la réalisation de campagne d’information et de promotion ayant pour objectif de faire mieux connaître les atouts des produits de qualité luxembourgeois au consommateur».
Julien Brun