La plus appliquée du Sud
Unique commune des Terres Rouges à être certifiée au meilleur niveau du Pacte Climat, Schifflange compte pourtant encore améliorer ses 76% à sa prochaine évaluation. Son conseiller climat et ingénieur en énergies Guy Spanier, revient sur le développement durable de la commune aux 10.400 habitants. Interview.
Schifflange entreprend un ambitieux projet quant à son éclairage public, pouvez-vous nous en dire plus?
Nous essayons en effet de parer la pollution lumineuse de notre commune. C’est pourquoi d’ici la fin de l’année prochaine, nos plus anciennes ampoules qui fonctionnent encore à la vapeur de mercure (125 watts), seront remplacées par du LED (30 watts). Nous ne changerons pas celles à la vapeur de sodium car elles sont plus récentes et offrent encore un bon rendement.
Nous nous attaquons également aux déperditions lumineuses en obligeant tous les bâtiments de la commune à diriger leurs faisceaux de lumière vers le bas. Bien évidemment, nos nouveaux lampadaires répondent à cet objectif de limiter l’orientation lumineuse à l’horizontale. Ainsi, les alentours comme les lieux d’habitations ou les sous-bois ne sont plus perturbés par les déperditions de lumières; citoyens et animaux sont alors préservés de la pollution lumineuse.
Les automobilistes gagnent en visibilité, la commune en économies et les insectes sont moins attirés puisque le spectre lumineux des LED contient moins d’émissions ultraviolettes. De plus, une LED chaude (à la lumière plus orangée) avec une température de couleur de moins de 3.000 kelvins réduit davantage la lumière bleue et protège donc les insectes.
Enfin, nous adaptons la puissance de l’éclairage en fonction de la densité du trafic (70% dès 20h, 50% à minuit et 100% à 6h). Nous réalisons ainsi des économies d’énergie qui peuvent atteindre 85% dans certaines rues et amortissons le coût du LED en six ans seulement.
Pouvez-vous nous exposer les critères de développement durable qui ont été intégrés aux plans d’aménagement?
Il est vrai que nous imposons désormais des critères plus exigeants dans le cadre des plans d’aménagement particulier comme par exemple la fixation d’une classe énergétique B pour les bâtiments de la zone d’activité «Auf Herbett». Ce qui est donc plus ambitieux que la classe énergétique de classe C que la loi requiert pour les bâtiments fonctionnels.
Les toitures des bâtiments de notre zone d’activité économique doivent, sur au moins 50% de leur surface, être végétalisées, ou équipées de panneaux solaires ou encore intégrer des places de stationnement ou des puits de lumières afin de favoriser l’éclairage naturel. Les surfaces vitrées dépassant les trois mètres carrés nécessitent un vitrage qui protège les oiseaux, les bois utilisés répondent d’une certification de gestion durable, l’emploi de produits chimiques pour leurs traitements ont été proscrits, les mousses synthétiques ne contiennent plus d’agents halogénés et les pierres naturelles ne sont plus importées de Chine mais proviennent d’Europe.
De même, les PAP logements ont aussi été définis selon de nouveaux critères: les toitures doivent être plates et végétalisées sur au moins 80% de leur surface, les eaux pluviales, collectées et utilisées et les matériaux isolants, de préférence écologiques, les espèces végétaux, indigènes, les menuiseries extérieures, en bois ou en aluminium et les PVC sont interdits.
Nous sommes conscients qu’il faille changer les mentalités et insuffler de nouvelles pratiques responsables et puisque Schifflange est un territoire qui attire tant les particuliers que les entreprises, nous avons les moyens de nos ambitions.
Comment assurez-vous le respect de tous ces critères?
Schifflange est la première commune à effectuer des contrôles réguliers sur les chantiers, et ce, par ses agents communaux. Tout projet de construction est contrôlé au minimum quatre fois durant son élaboration. Les cautions (3.000 euros pour les particuliers et 10.000 euros pour les promoteurs) sont garantes de leur devoir de prévenir les autorités communales aux différents stades du projet. En un peu plus d’un an, 180 permis de construire ont été délivrés et quelques 250 contrôles ont été réalisés.
Et pour ce qui est du développement urbain…
Nous sommes actuellement en train d’élaborer un PAP pour la Cité Emile Mayrisch. Nous cherchons une homogénéité à cette ancienne cité ouvrière construite en 1912 par l’Arbed. C’est pourquoi nous avons convié les habitants à deux ateliers de travail afin de discuter des forces et faiblesses de leur quartier.
De nombreuses idées ont été proposées pour en améliorer l’aménagement, réorganiser les places de stationnement et installer des zones de rencontre et des plaines de jeux. Avec leur accord, nous avons élaboré des plans types qui permettent une nette augmentation des mètres carrés habitables des maisons. Le résultat de nos réflexions leurs a été exposé lors d’une réunion d’information en date du 20 juin 2017.
Quel bilan pour les déchets?
Schifflange a instauré depuis 1997, un système d’identification des poubelles qui nous a permis de passer de 270kg annuels de déchets ménagers par habitant à 200kg (la moyenne nationale est de 223 kg par personne). Depuis un an, nous y avons ajouté l’identification du poids et mis en place un règlement incitatif. Notre taxe de raccordement est de 13 euros par mois mais peut diminuer à 9 euros dès lors que le citoyen recycle ses déchets. Toutes ces dispositions nous ont permis de réduire s’avantage nos déchets ménagers de 15% (à 165kg) et de doubler voire de tripler les quantités de papier, verre et PMC collectées.
Nous croyons au principe du pollueur payeur qui est plus difficile à mettre en place dans les résidences. C’est pourquoi nous avons prescrit la mise en place de sas-à-ordures dans toutes les résidences à partir de 10 unités et en complément, un centre de recyclage pour celles à partir de 20 unités. 70 maisons plurifamiliales (sur les 360 que compte la commune) sont visées par cette disposition et la majorité d’entre elles en sont déjà équipées. Nous incitons actuellement les résidences de moins de 10 unités à faire de même avec des SAS à ordures de petite taille, et deux bâtiments ont pour l’heure, été équipés.