Accueil de la petite enfance: la Felsea en première ligne
On recense désormais près de 50.000 places en Services d’éducation et d’accueil au Grand-Duché: l’accueil d’enfants est bel et bien un marché. Tandis que la demande continue de croître, de nouvelles normes d’agrément entreront en vigueur en 2018. Dans ce contexte, la Felsea entend défendre une éthique et les intérêts des enfants comme des professionnels.
Les statistiques sont édifiantes. On recense désormais au Grand-Duché quelque 50.000 places en crèches, foyers de jour ou maison-relais contre 7.712 en 2004. L’accueil de la petite enfance est ainsi devenu un secteur économique en pleine croissance.
Pour les parents, le choix de la «bonne» crèche reste fondamental. Il n’est possible de reprendre une activité professionnelle dans des conditions optimales que si l’on a une totale confiance envers le mode de garde de son enfant. Une forme de labellisation était nécessaire. Outre les normes d’État, la Felsea (Fédération Luxembourgeoise des Services d’Education et d’Accueil pour Enfants) regroupe des structures qui répondent à des critères de qualité élevés.
Raisons d’être de la FELSEA
La Felsea est née en 2013 afin de «représenter et défendre les intérêts des structures privées, indépendantes ou d’entreprise proposant des services d’éducation et d’accueil pour les enfants de moins de 12 ans, et qui sont non conventionnées (crèches, garderies et foyer de jour)».
Ainsi que l’explique Maria Castrovinci, sa présidente depuis janvier 2015, la Felsea entend être reconnue comme un acteur légitime, notamment vis-à-vis des pouvoirs publics, dans toutes les questions relevant de l’accueil des enfants au Grand-Duché dans cet environnement en pleine effervescence. C’est ainsi que l’organisation est devenue rapidement incontournable dans la prise en compte des nouvelles réglementations imposées par le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse.
La Felsea agit sur deux fronts: elle soutient et défend auprès de l’État les intérêts des structures d’accueil, et dans le même temps, elle promeut une qualité d’accueil toujours plus performante. Elle regroupe à ce jour quelque 150 structures, soit plus de 5.000 places.
«Un dialogue constructif»
La première mobilisation d’envergure de la Felsea date de novembre 2013 quand furent édictées par le ministère de l’Éducation de nouvelles normes pour les structures d’accueil avec des ratios précis comme par exemple une surface nette minimale de 4 m2 par jeune enfant. Or, ces prescriptions pouvaient s’avérer fatales aux établissements antérieurement créés sur des bases réglementaires différentes ou même pour les structures ne possédant pas, dans l’immédiat, les surfaces imposées.
Les doléances recueillies par la Felsea ont été portées devant les pouvoirs publics. Et en juin 2016, la période transitoire pour la mise en conformité des structures et établissements était prorogée jusqu’en juillet 2018.
«Un premier cap» se félicite la présidente Maria Castrovinci, qui note que la Felsea s’efforce de nouer «un dialogue constructif» et de collaborer avec toutes les entités qui de près ou de loin, sont soucieuses du «bien-être» des enfants et de la pérennité des structures d’accueil.
La Felsea est désormais régulièrement sollicitée. «Nous travaillons avec le ministère de tutelle et nous intervenons sur les groupes de parole ou les commissions de qualité de l’accueil, la définition d’un cadre de référence, la formation continue, le plurilinguisme», indique la présidente.
Ethique pour tous
Parce que le domaine de l’enfance est par essence sensible, la Felsea s’est par ailleurs dotée d’un code d’éthique auquel chaque structure affiliée se doit d’adhérer. Il s’articule autour du respect des droits fondamentaux de l’enfant dans le juste équilibre entre toutes les parties prenantes (enfants, parents, personnel, institutions publiques, etc.).
La fédération est par ailleurs sensible au respect des modalités d’octroi du chèque-service accueil (CSA). En effet, sur près de 80.000 enfants âgés de 0 à 12 ans résidant au Luxembourg, 52,2 % ont été accueillis grâce au CSA.
Pour rappel, l’aide ainsi accordée aux parents dépend de leurs revenus. Mais faut-il que les établissements respectent certains critères édictés par le ministère pour pouvoir être prestataire du Chèque service.
De plus, répondant à la logique européenne, le gouvernement a élargi l’octroi du CSA aux travailleurs frontaliers. Une mesure dont l’équité n’est pas en cause, mais qui a intensifié les tensions dans le secteur de l’accueil de la petite enfance, l’offre ayant parfois quelque mal à répondre à la demande…
Le défi du plurilinguisme
Depuis octobre 2017, les structures d’accueil doivent adopter le plurilinguisme. Les personnels sont censés y promouvoir l’usage simultané du luxembourgeois et du français auprès des enfants de 1 à 4 ans. Les pouvoirs publics estiment en effet que le plurilinguisme dès le plus jeune âge est un gage d’égalité des chances.
Evidemment, pour les jeunes enfants, cette réforme induit moins un réel apprentissage des langues qu’une immersion…
Le ministère et la Felsea ont travaillé de concert. Si sur le fond nous sommes d’accord qu’il est nécessaire de recruter du personnel parlant luxembourgeois et français, il est un fait qu’il est de plus en plus difficile de recruter des éducateurs qualifiés de langue luxembourgeoise. Avec un constat: la nécessité d’un recrutement des personnels plus exigeant. «Le mieux serait d’embaucher des encadrants ayant un niveau C1 en luxembourgeois et en français… », remarque Maria Castrovinci. «C’est une révolution pour nombre d’établissements. Beaucoup étaient exclusivement francophones, voire anglophones. La Felsea entend accompagner les structures dans cette mutation», indique la présidente. «Le plurilinguisme est une richesse et la pierre angulaire de notre modèle social, mais il est pour l’heure un obstacle: le recrutement d’éducateurs à même d’assurer cet encadrement sur la base du plurilinguisme. Nous nous attelons aux côtés des pouvoirs publics à résoudre cette équation».
L’union fait la force
La Felsea veut croire que les réformes vont instaurer plus de qualité et plus de transparence. Il y a une articulation entre le cadre de référence national, qui donne une ligne directrice commune à toutes les crèches, et le libre choix de la pédagogie appliquée.
Reste à favoriser l’évolution vers une meilleure qualité des structures en tenant compte des réalités économiques. « Nous devons être unis et toujours rassembler davantage. Il n’est plus possible, pour les établissements, de travailler seuls dans leur coin. A nous de convaincre chacun qu’il faut se soutenir les uns les autres et donc compter plus d’adhérents. Puis de faire remonter les problèmes constatés sur le terrain aux instances compétentes», conclut la présidente.
par Emilie Di Vincenzo