Brexit, une aubaine toute relative

Par un hasard des calendriers, le 23 juin dernier, alors que les Luxembourgeois célébraient la fête nationale, 51,89% des Britanniques ont décidé de sortir de l’Union Européenne après 43 ans de présence. La perte du passeport européen incite nombre d’institutions du secteur financier à  chercher refuge sur des terres plus propices. La course à la relocalisation est lancée et le Luxembourg a des atouts incontestables à faire valoir face à la concurrence d’autres capitales européennes. Reste que des questions subsistent quant à l’équilibre à trouver pour que le Grand-Duché tire son épingle du jeu sans compromission ou dommages collatéraux.
 
La foire aux atouts
Le Luxembourg a déjà réussi à attirer de grandes compagnies d’assurances anglo-saxonnes dans la course aux relocalisations qui oppose les grandes places financières européennes. Le quotidien britannique le Times a rapporté que HSBC et J.P. Morgan ont déjà envisagé le transfert au Luxembourg. Selon un rapport du cabinet KPMG, dans la foulée du référendum, 21 sociétés ont annoncé la relocalisation d’une partie de leurs activités. Le document classe le Luxembourg loin devant l’Irlande, l’Allemagne et les Pays-Bas. Certes, les médias aiment plus à parler de la course Paris-Francfort, mais beaucoup d’observateurs estiment que la place financière luxembourgeoise a des atouts à faire valoir.  Outre sa notoriété mondiale, le Grand-Duché profite d’une situation géographique centrale en zone euro, une activité développée dans les fonds d’investissements, une flexibilité du travail et la présence de nombreuses institutions européennes.
Le Luxembourg peut également se targuer d’être le deuxième centre financier européen après Londres. Il met en avant son triple A auprès de la plupart des agences de notation, sa dette de 22,1% et sa croissance de 3,7% en 2016. L’installation d’un centre de données Google serait un sacré coup de publicité pour vanter les qualités de la Place. La volonté politique de promouvoir la diversification de l’économie se fait sentir mais tout en maintenant ses fondamentaux, à savoir les fonds d’investissement, les assurances, la gestion de fortune et les activités financières.
 
L’art de négocier
Certes, le pays est fort de sa stabilité économique et politique, de son multilinguisme et de son vivre-ensemble, mais il montre aussi déjà des limites. La venue des hauts-profils en informatique et des Golden-Boys londoniens à cols blancs vont inéluctablement mettre notre capacité d’accueil à rude épreuve. Ils feront pression sur la mobilité, sur les prix du logement et donc sur la qualité et le coût de la vie.
En tout état de cause, le Brexit n’est censé être effectif qu’en mars 2019, et la question n’est pas complètement tranchée. «Il ne s’agit pas d’une course», relativise Pierre Gramegna, qui opte pour une approche constructive et pragmatique. Il va falloir ménager les susceptibilités aussi bien britanniques qu’européennes. Le Royaume-Uni est un partenaire économique important. Selon le STATEC, la Grande Bretagne est le cinquième pays partenaire du Luxembourg à l’exportation et le septième à l’importation au niveau des échanges de biens. Les exportations de services du Grand-Duché vers le Royaume-Uni représentaient 16% en 2015, occupant alors la deuxième place juste derrière l’Allemagne.
Le ministre des Finances va devoir faire preuve de talent pour ménager Londres d’un côté et ne pas froisser les partenaires européens de l’autre. Ses anciennes fonctions de directeur de la Chambre de Commerce et de diplomate lui seront fort utiles.