Un monde habitable pour tous
La fondation Kräizbierg sait ce qu’«habiter» veut dire. Elle gère aujourd’hui cinq foyers d’hébergement adaptés aux personnes en situation de handicap et leur offre la possibilité d’exercer un métier au sein de ses ateliers. Rencontre avec John Schummer, directeur général.
40 ans d’activité
La fondation Kräizbierg est en fête, elle célèbre cette année son quarantième anniversaire et n’en est pas peu fière. Depuis 1977, la ville de Dudelange est traversée chaque matin par les 30 bus qui déposent 140 personnes en situation de handicap au centre d’accueil de jour, à l’école ou dans les ateliers de la fondation Kräizbierg. D’où viennent ces autocars remplis de ceux qui peuplent et égayent tous les jours de la semaine ce beau domaine? Le directeur général, John Schummer, énumère les possibilités: certains habitent dans les foyers gérés par la fondation, d’autres résident dans des structures similaires et quelques-uns vivent dans leur maison familiale.
La fondation gère aujourd’hui un centre d’accueil de jour, une école et cinq foyers d’hébergement. Les Ateliers Kräizbierg, eux, sont gérés par une société coopérative et emploient chaque jour 110 personnes présentant des handicaps physiques et parfois psychiques. Se demander comment est née l’idée de créer une fondation pour un public spécifique revient à se demander pourquoi on ne désire que ce dont on manque. La fondation Kräizbierg est née d’un manque – le manque d’un lieu de vie confortable, conçu pour les personnes en situation de handicap et ayant dépassé l’âge de la scolarité.
Un véritable foyer
Aujourd’hui, la fondation Kräizbierg offre à tous ceux qui en ont besoin, la possibilité de vivre dans un logement adapté à leur handicap, elle leur permet également d’apprendre un métier ou de travailler dans l’un des ateliers présents sur le site. A l’heure actuelle, il existe cinq foyers gérés par la fondation: le foyer «Brill» à Dudelange, la structure «Betreit Wunnen Gasperich» à Luxembourg, la «Cerisaie» à Dalheim, le domaine «Schoumansbongert» à Frisange et le foyer «Lankhelzerweiher» à Esch-sur-Alzette. Les différents foyers se distinguent par le type de public qu’ils accueillent: selon son âge et selon le handicap, le demandeur sera orienté vers la structure qui lui convient le mieux. Le point commun entres ces différents lieux d’habitation? Aucune structure n’est mise au ban des villes et de la population: les résidents des différents foyers participent à la vie de leur commune et côtoient la population locale dont elle fait partie intégrante.
Le logement d’une personne en situation de handicap ne se sculpte pas tout à fait comme celui d’une personne valide. «Il faut penser à tout!», précise le directeur général: les portes doivent être suffisamment larges pour laisser aller et venir les personnes qui se déplacent à l’aide d’un fauteuil roulant, les éviers doivent être accessibles facilement et les salles de bains et les toilettes beaucoup plus spacieuses. Lorsqu’un nouveau résident prend possession de son appartement ou de sa chambre, il peut laisser libre cours à son imagination et faire de son lieu de vie un espace qui lui ressemble, décoré par ses soins. Un ergothérapeute pourra lui proposer une aide sur mesure et lui faciliter la vie quotidienne au sein de son logement. Tous les foyers bénéficient de chambres ou d’appartements individuels ainsi que de salles communes destinées aux activités pédagogiques, aux jeux, aux déjeuners et aux dîners…en un mot, au «vivre-ensemble». Il est important que les personnes en situation de handicap se sentent chez elles au sein de leur foyer. Tout est en effet mis en œuvre pour leur rendre la vie aussi douce et facile que possible: ils vivent dans des espaces conçus pour eux, ils font des activités (professionnelles ou non) qui correspondent à leurs capacités et bénéficient d’une aide et d’un soutien permanent orchestré conjointement par le personnel de santé et par le personnel éducatif. Sans les infirmiers, les aides-soignants, les psychothérapeutes, les orthophonistes, les éducateurs et les kinésithérapeutes, la vie des résidents ne serait tout simplement pas possible au sein de ces structures. Lorsqu’on demande à John Schummer si les résidents sont heureux de vivre dans les foyers de la fondation, il répond modestement qu’il le croit.
Des activités professionnelles
Au sortir de leur petit nid douillet, les résidents qui le peuvent se rendent avec enthousiasme chaque matin à la fondation Kräizbierg pour exercer leur métier: ils brodent, ils impriment, ils confectionnent des objets en terre cuite, ils jardinent ou travaillent au magasin D’Breck présent sur le site et vendant les produits réalisés par les salariés des différents ateliers. Voilà un lieu où la vie ne semble pas s’arrêter un instant et qui ne demande qu’à s’agrandir. Ce sera chose faite d’ici peu, puisqu’un nouvel atelier va sourdre dans les mois à venir et un nouveau foyer devrait voir le jour dans le centre-ville de Dudelange et proposer 25 nouvelles chambres ainsi que 20 appartements. MCh