Ceci n’est pas un édito
Noam Chomsky adopte une position très claire sur la liberté d’opinion, selon lui, «si la liberté d’expression se limite aux idées qui nous conviennent, ce n’est pas la liberté d’expression». Et pour cause, une opinion peut-elle conserver ce statut si elle n’est exprimée que dans la crainte de différer de celle des autres?
En 1776, les Etats-Unis sont les premiers à évoquer la liberté de la presse dans le premier amendement de la première version de leur Déclaration des Droits. Quelques années plus tard, en France, l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 spécifie que «tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi». Six limites sont alors imposées au citoyen modèle, mais la peur d’exprimer une opinion divergente ou d’énoncer des faits pouvant gêner l’une ou l’autre personne ou démarche ne fait en aucun cas partie des critères pouvant justifier la censure d’un texte.
Nombre d’écrivains ont été désapprouvés pour des raisons qui peuvent nous sembler sordides à l’heure actuelle. Des ouvrages aujourd’hui considérés comme de grands classiques ont également subi le joug de la censure. Ainsi Aldous Huxley n’a pas vécu dans «Le meilleur des mondes» lorsque son ouvrage a été interdit pour atteinte à la famille et à la religion ainsi que pour pornographie et «L’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert» a fait les frais de sa mauvaise réputation auprès des Jésuites la jugeant athée et matérialiste. Et la liste est encore longue…
De tout temps, les écrivains et journalistes se sont cachés derrière des pseudos ou la notoriété d’un support et ont protégé leurs sources contre d’éventuelles représailles, mais ils n’ont jamais cessé de s’exprimer pour autant. Certains exemples récents, dont le plus tristement célèbre est sans doute l’attaque proférée contre le journal Charlie Hebdo, ont généré une vague de panique dans le monde des médias; mais la vérité, la justice et l’intégrité ont été plus fortes que le sentiment de peur et ont su triompher de l’oppression.
Récemment encore, les auteurs ont pris position pour défendre cette liberté par le biais du «Manifeste des auteurs pour la liberté d’expression et la protection des forêts». Aujourd’hui cette bataille se joue aussi sur le front politique, par exemple par l’exposition publique de la manipulation de «Russia Today» et de «Sputnik» par un pouvoir abusif.
Les interdictions et la censure ont souvent un effet contradictoire et poussent les esprits à se révolter contre l’injustice; les plus grandes révolutions sont nées dans l’ombre d’un pouvoir déraisonnable. En aucun cas la liberté d’expression ne devrait être condamnée au nom du consensualisme ou de la peur. MC