Un secours salutaire et sans frontières
Depuis 29 ans, Luxembourg Air Rescue (L.A.R.), sauve quotidiennement des vies aux quatre coins de la planète. De Togo à Paris, pour une crise cardiaque ou une transplantation, toute l’équipe de L.A.R. se mobilise pour venir en aide aux personnes en détresse, si bien que cela semble presque devenu normal au Luxembourg… Pourtant, René Closter, président et fondateur de l’organisation privée et humanitaire, souligne l’ampleur de la tâche quotidienne de son personnel et l’importance de l’existence d’un tel service pour le pays.
Présentez-nous l’organisation en quelques mots.
Nos 170 employés, de tous horizons, effectuent chaque année près de 3.000 missions par an, et ce, à travers 82 pays différents répartis sur les cinq continents. Cela demande un grand travail de préparation et une organisation très spéciale gérée par notre centrale opérationnelle 24h/24. Pendant les vols, la centrale reste en contact permanent avec les pilotes, les hôpitaux avec lesquels nous traitons et les familles des personnes prises en charge.
Au niveau mondial, pour les rapatriements nous sommes parmi les seuls à avoir des avions équipés comme de véritables stations de soins intensifs, pourvues de deux brancards nous permettant de transporter deux patients à la fois, et à être agréés pour le transport de nouveaux nés prématurés grâce à nos deux couveuses et nos pédiatres.
Nous mettons un point d’honneur à proposer un service «bed to bed» à nos patients. En effet, notre équipe prend en charge une personne dans un lit d’hôpital, l’examine, la stabilise et l’emmène jusqu’à l’avion. Ensuite, ils la déposent dans son lit d’hôpital, grâce à notre transport en ambulance, où elle sera à nouveau prise en charge.
Le capital humain de l’entreprise est ce qui fait la valeur de nos services; les membres de notre équipe s’investissent énormément dans ce projet qui est bien plus qu’un travail, c’est un véritable investissement personnel.
Quels sont vos services principaux?
Notre rôle principal au Luxembourg est d’exporter les hôpitaux en assurant un service SAMU héliporté. Entre le lever et le coucher du soleil, nous garantissons pour n’importe quelle urgence une prise en charge dans les dix minutes partout au Luxembourg, grâce à nos hélicoptères situés à Luxembourg-Ville et à Ettelbruck. Il faut noter que la plupart de nos transports sont des urgences.
Un de nos hélicoptères, stationnant à l’aéroport du Findel, est entièrement dédié à la couverture des régions de Rhénanie-Palatinat et de la Sarre. Un de nos médecins est donc dédié à ce service et part en mission dans ces régions dès qu’une urgence est signalée. Cette activité représente à elle seule plus de 1.000 missions par an. En venant en aide à nos pays voisins, nous agissons en tant qu’ambassadeurs du Luxembourg et nous participons à la création d’une véritable solidarité entre les pays d’Europe. Lors d’une intervention en Allemagne, une dame m’a d’ailleurs un jour dit: «l’Europe vit donc vraiment» et cela m’a beaucoup touché.
En tant que transporteur d’organes exclusif en France, nous organisons et exécutons, en collaboration avec un partenaire à Lyon, environ 1.300 transports d’organes par an ce qui signifie que nous sauvons entre trois et quatre vies par jour en France. Pour ces opérations, nous ne disposons que de trois heures pour transporter l’organe à partir du moment où il a été prélevé, tout va donc très vite. Hier encore nous avons été chercher un cœur à Marseille qui devait être greffé à Lille. A partir du moment où l’équipe médicale avait prélevé le cœur, nous avions moins de trois heures pour la ramener dans leur salle d’opération à Lille.
En cas de catastrophe survenant dans le monde, nous sommes aussi contactés par le gouvernement luxembourgeois ou l’ONU pour que nous nous rendions sur place avec notre équipe dans le cadre d’une mission humanitaire. Nous sommes également en partenariat avec l’OTAN qui nous aide dans les démarches organisationnelles lors de nos missions de sauvetage dans des zones à risque.
Parlez-nous de vos formations.
Un budget annuel d’un million d’euros est alloué à la formation. Nous formons notre personnel grâce à un simulateur capable de mettre en scène n’importe quelle urgence médicale. Dernièrement nous avons également envoyé une équipe en Israël pour réapprendre la médecine de guerre car malheureusement nous vivons en des temps mouvementés et nous pourrions en avoir besoin. Par ailleurs, nos équipes suivent en permanence une formation continue car les techniques médicales ne cessent d’évoluer et c’est un métier dans lequel on ne cesse jamais d’apprendre. Il n’y a pas deux urgences qui se ressemblent et nous devons être parés à toute éventualité.
Nous formons également le «cabin crew» de Luxair et les médecins et infirmiers des armées belge et hollandaise. Tous reçoivent alors une formation théorique, et les médecins sont même envoyés en mission sur le terrain pour qu’ils puissent mettre en application cet enseignement. La durée de la formation dépendra alors de leurs prérequis et compétences de base.
D’où tirez-vous votre financement?
Au total, 62% de la population luxembourgeoise fait partie de nos 184.000 membres actuels. Leurs cotisations servent à faire opérer nos hélicoptères au Luxembourg et leur assurent un rapatriement gratuit en cas de problème. Nous nous occupons également des rapatriements pour les sociétés d’assurance et d’assistance du monde entier, ce qui constitue la plus grande part de notre métier et de nos revenus.
Les autres sources de revenus sont les transports d’organes, les formations, le pilotage de l’hélicoptère de la police et les maintenances d’appareils que nous effectuons nous-mêmes. L’Etat nous verse quant à lui une contribution de 665.000 euros par an. Au total, un budget annuel de 33 millions est nécessaire au bon fonctionnement de l’organisation.