La meilleure élève du sud
Schifflange est l’unique commune des Terres Rouges à être certifiée à 75% du Pacte Climat (niveau le plus élevé). Interview de Guy Spanier, ingénieur en énergies et conseiller climat qui revient sur les engagements historiques et à venir de la commune de 10.400 habitants.
À quand remontent les prémices écologiques de Schifflange?
J’ai personnellement rejoint la commune en 1997, date à laquelle nous avons créé le service écologique dans lequel j’étais seul, aujourd’hui appelé service de l’urbanisme et du développement durable et qui compte désormais neuf collaborateurs.
Ma toute première mission a été l’élaboration d’un document interne sur le développement durable de la commune et qui est aussi le plus ancien relatif à ce sujet. Nous étions alors en plein Agenda 21 (plan d’action adopté par 173 chefs d’Etats) et la commune envisageait alors de réduire ses consommations d’énergie et d’eau.
Quels ont été vos premiers engagements?
Dès mon arrivée, je me suis attaqué à relever les données énergétiques des bâtiments communaux (le premier logiciel informatique a été introduit en 2004). En 1998, nous avons équipé un premier bâtiment de récupérateurs d’eau de pluie et chaque nouveau bâtiment communal à Schifflange doit désormais répondre d’un tel système. En 2000, nous étions aussi les premiers à limiter nos zones résidentielles à 30km/h, ce qui est aujourd’hui presque devenu un standard au Luxembourg. Je me souviens également des blagues potaches du journal satirique «Feierkrop» lorsque nous avons équipé nos bâtiments d’urinoirs sans eau en 2005.
En 20 ans, nos initiatives ont été nombreuses et souvent en avance mais elles restaient néanmoins volontaires. Même si nous avons adhéré à l’Alliance du Climat (réduction des rejets de CO2) au début des années 2000, et à la Charte d’Aalborg (ville durable), c’est bien la signature du Pacte Climat en 2013 qui nous a réellement engagé en un processus d’obligations.
Nous avons alors instauré une équipe climat de 13 personnes, composée de représentants de chaque parti politique, du collège échevinal, de l’administration, du conseiller-climat, de la commission de l’environnement, des commerçants et des citoyens. Cette équipe climat a déterminé un ensemble de 20 objectifs à atteindre et a développé pour cela quelques 201 mesures.
Parlez-nous de l’efficacité énergétique de vos bâtiments?
Nous souhaitons réduire la consommation d’énergie sur l’ensemble du territoire de la commune de 30% d’ici 2050 et je pense qu’on atteindra cet objectif bien avant la date prévue.
Nous avons réussi à diminuer nos émissions annuels de CO2 de nos bâtiments communaux de 168 à 65kg par habitant et il faut dire qu’en optant pour de l’électricité verte, Enovos y a beaucoup contribué. Nous avons cependant isolé les façades de nos bâtiments communaux, changé les fenêtres, isolé la plupart des toitures et avons installé des modules de régulation des chaudières et autres installations techniques. Toutes ces améliorations ont permis de réduire la consommation énergétique thermique allant jusqu’à une réduction de 45% pour certains bâtiments et nous souhaitons descendre à moins de 50kg de CO2 par habitant pour les bâtiments communaux. L’un de nos bâtiments les plus énergivores était l’ancien centre des séniors construit dans les années 70. Nos études ont démontré qu’il était plus rentable de le détruire que d’y apporter des améliorations et si la maison des générations construite en 2015 est un tiers plus grande, elle ne consomme pourtant que 25% de l’ancienne facture énergétique.
Les piscines sont également énergivores et surtout de grandes consommatrices d’eau (30 litres par jour et par personne en plus du contre-lavage régulier des filtres) et c’est pour cela que nous avons décidé d’utiliser l’eau de pluie pour la piscine scolaire. Nous pouvons ainsi économiser annuellement 450m3 d’eau et puisque l’eau de pluie est naturellement plus chaude, nous économisons aussi de l’énergie. Dans la piscine municipale, nous venons de remplacer les filtres standards de sable par des filtres de granulés de verre qui plus efficaces et moins résistants, permettent de réduire la puissance des pompes.
Nous avons aussi incorporé plus de critères de développement durable dans nos prescriptions dans les règlementations urbanistiques comme l’exigence de la récupération des eaux de pluies et la végétalisation des toitures vertes qui s’étendrait aux promoteurs privés par exemple.
Et pour ce qui est de la mobilité douce…
Schifflange est la première commune à avoir mis en place le Pédibus pour les écoliers, ce qui leurs permet d’être accompagnés sur le chemin de l’école. Convivial, bon pour la santé, limitant la pollution et bien plus cool que d’être accompagné par ses parents (rire), le Pédibus connaît de plus en plus d’adeptes chaque année avec déjà plus d’un tiers des enfants de la commune qui l’utilise mais l’objectif est d’arriver à 80%.
Nous favorisons aussi les déplacements à bicyclette et notamment électriques. Nous avons installé trois stations supplémentaires en 2016 et trois de plus viendront s’ajouter à notre parc cette année. Beaucoup de jeunes aiment les emprunter pour se balader dans la commune qui va bientôt se doter d’une piste cyclable de 3km qui traversera la ville d’ouest en est et qui sera reliée au réseau national. C’est un projet à 5 millions d’euro qui longera le chemin de fer (séparés d’un mur antibruit des CFL), passera en dessous des lignes à la cité Op Hudelen et sur une passerelle au niveau de la rue du Canal. Une véritable autoroute cyclable qui n’aura aucune interférence avec les véhicules motorisés.
Et l’environnement?
Un autre de nos projets phare est la renaturation de l’Alzette. Le Pacte Climat comporte également un volet sur le changement climatique qui a comme conséquence une abondance des précipitations de pluie et donc une intensification des inondations.
Nous avons réussi à réduire de 10% la pointe des crues pour les communes en aval et ce en rétablissement la plaine alluviale (chemin plat et sinueux qu’emprunte un cours d’eau). En renaturant les surfaces agricoles, nous avons permis à l’eau de s’épandre naturellement. Nous avons rétabli les méandres du cours d’eau d’antan pour ainsi augmenter la longueur du cours d’eau et réduire la vitesse d’écoulement.
La biodiversité devient une préoccupation majeure et notre plaine alluviale est la preuve que l’on peut y remédier. Les sols marécageux de la plaine alluviale permettent de stocker définitivement 30.000 tonnes de CO2. La végétation qui s’y est naturellement réinstallée peut désormais capter jusqu’à 230 tonnes de CO2 par an (40% de la production de CO2 par les bâtiments communaux) tout en produisant de l’oxygène et en plus la verdure permet un air plus frais en été.
Un dernier mot?
Schifflange a instauré depuis 1997, un système d’identification des poubelles qui nous a permis de passer de 270kg annuels de déchets ménagers par habitant à 200kg (la moyenne nationale d’aujourd’hui est de 223 kg par personne). Depuis un an, nous y avons ajouté l’identification du poids et mis en place un règlement incitatif. Notre taxe de raccordement est de 13 euros par mois mais peut diminuer à 9 euros dès lors que le citoyen recycle ses déchets. Toutes ces dispositions nous ont permis de réduire s’avantage nos déchets ménagers de 15% (à 165kg) mais un ménage sur quatre hésite encore à utiliser ce système.
Le principe du pollueur payeur est plus difficile à mettre en place dans les résidences et nous sommes la première commune à l’étendre aux résidences de plus de dix unités qui doivent désormais s’équiper de containeurs dotés d’un sas à ordure qui s’ouvre via un badge.
Le bâtiment en face de l’Hôtel de ville est la plus grande résidence de Schifflange avec 90 unités. Ils avaient 8 containeurs de 1.100 litres pour toute la résidence. Il y a 5 ans, ils ont installé eux-mêmes un centre de recyclage interne au bâtiment, ils ont pu réduire à 5 containeurs. Avec le nouveau système, ils n’en ont plus que 3. Une autre résidence de 50 unités à réduit à 1 les 3 conteneurs initiaux.
Nos fractions recyclables ont plus que doublé en une année et notre objectif est de passé en dessous des 100kg d’ordures ménagères par habitants, d’ici 2020, ce qui est très ambitieux mais réalisable.