Les garants de l’eau

Le syndicat intercommunal pour l’assainissement du bassin de la Chiers a été créé par l’arrêté grand-ducal du 6 octobre 1995 et regroupe les communes de Käerjeng, Differdange, Pétange et Sanem. Le S.I.A.CH entretient et exploite la station d’épuration de Pétange qui est en passe de connaître une cure d’agrandissement. Interview de Raymond Erpelding et de Roland Breyer, respectivement ingénieur-directeur et président du S.I.A.CH.
Revenons sur l’historique de la station d’épuration: comment est né le projet?
RE: Le syndicat est né en 1995 grâce à l’association des quatre communes dans le but de collecter et d’épurer les eaux usées avant qu’elles ne soient déversées dans la Chiers. Nous avons repris les collecteurs principaux et les ouvrages spéciaux externes qui étaient alors déjà en place. Depuis maintenant 20 ans, nous avons sans cesse travaillé pour parfaire nos installations afin de répondre à l’augmentation de la population ainsi qu’aux exigences légales toujours plus sévères. Aujourd’hui, grâce aux 13 bassins d’orage et aux 8 stations de pompage, pratiquement l’ensemble du bassin de la Chiers est raccordé à la station de Pétange.
RB: Nous devons en effet, en plus des diverses opérations de réparation et de maintenance, constamment augmenter nos capacités de traitement afin de répondre à l’évolution démographique et industrielle de la région. A titre d’exemple, la population résidente a augmenté d’environ 50% depuis 1995 et le développement des quatre communes membres est largement supérieur à ce qui avait été initialement prévu.
C’est autant d’eaux usées en plus qu’il faut traiter et notre projet d’agrandissement prévoit d’augmenter la capacité de la station de Pétange de 50.000 à 115.000 équivalents-habitants. Cette notion (EH) est utilisée pour l’évaluation de la capacité de traitement d’une station d’épuration. Elle correspond à l’eau journalière usée par un habitant (une estimation comprenant aussi les établissements artisanaux, commerciaux ou industriels).
Nous pourrons ainsi augmenter nos capacités actuelles de 430 litres à 1.070 litres par seconde.
Parlez-nous du cheminement de l’eau et de son assainissement…
RE: Tandis que l’évacuation des eaux usées se fait dans les nouveaux quartiers par système séparatif (des tuyaux séparés pour les eaux usées et pour les eaux de pluie), l’évacuation dans les anciens quartiers est effectué à l’aide d’un système unitaire (les eaux usées et les eaux pluviales sont évacuées dans une même canalisation). Puisqu’il était impossible d’acheminer l’ensemble de la quantité des eaux mixtes vers la station d’épuration, des déversoirs d’orage avaient été construits dans le réseau pour décharger par temps de pluie une partie des eaux dans le ruisseau. Aujourd’hui tous ces déversoirs devront être remplacés par des bassins d’orage en vue d’éviter au maximum le déversement d’eaux usées dans le ruisseau.
Que retrouvez-vous dans ces eaux?
RE: S’il est depuis longtemps impératif d’assainir les eaux usées avant de les rejeter dans le milieu naturel, il faut constater que les normes de rejet deviennent de plus en plus sévères. Ceci est notamment dû à l’obligation d’atteindre le bon état des eaux au plus tard jusqu’à l’année 2027. Les polluants que les stations d’épuration actuellement en place sont à même d’éliminer sont les matières organiques, les éléments nutritifs tels que l’azote (nitrates et ammonium) et les phosphates. Nous trouvons cependant également des micropolluants tels que les résidus de médicaments, hormones et autres substances dangereuses. Les actuelles stations d’épuration n’ont cependant qu’un pouvoir limité d’élimination de ces substances qui transitent ainsi vers les ruisseaux. L’élimination de ces substances sera la prochaine étape à implémenter pendant les dix prochaines années.
Un mot sur la qualité de l’eau dans le pays…
RE: Il faut tout d’abord distinguer les eaux souterraines et les eaux de surface. Presque aucune masse d’eau de surface n’est en bon état. En dehors de déversements d’eaux usées non-conformes, les pollutions diffuses comme le lisier, fumier et les engrais chimiques de l’agriculture sont responsables de ces pollutions.
S’il existe une prise de conscience dans la classe politique, peut-on en dire autant pour les consommateurs?
RB: Les réglementations prennent des années avant d’être mises en place et force est de constater que nous sommes toujours trop lents. Il n’existe actuellement dans le pays que trois zones de protection des sources alors qu’il en faudrait 80.
Je pense personnellement qu’il faille faire plus de pédagogie auprès des entreprises, des agriculteurs mais aussi des ménages. Il faut expliquer à la population que jeter ses médicaments dans la cuvette des toilettes provoque des conséquences désastreuses sur l’environnement. Bien souvent, cela n’est pas la priorité des politiques qui préfèrent plancher sur les problématiques d’infrastructures.
Le pays compte quelques 12.000 habitants annuels en plus, le Luxembourg à 1 million d’habitants sera-t-il gérable en ce qui concerne l’eau?
RE: Oui, mais à condition de protéger nos ressources en eaux, de réaliser à temps les infrastructures nécessaires, telles que les canalisations, les stations d’épuration mais également les conduites et les réservoirs d’eau potable. Je prends pour exemple l’agrandissement de notre station d’épuration qui coûtera environ 60 millions d’euros. Les infrastructures relatives à l’eau ont un coût énorme.
RB: Nous venons d’inaugurer notre bassin de rétention de Differdange qui fait 3.000 mètres cube, ce qui équivaut à trois maisons familiales. Nous avions pour l’occasion, organisé un son et lumière et avions invité la population à le découvrir. Ce bassin se trouve sous terre et les habitants ne se doutaient pas de son existence. Ce projet est pourtant un investissement de 5 millions d’euros.
Le prix de l’assainissement de l’eau est plus couteux que celui de sa fourniture et le prix de l’épuration va encore augmenter dans le futur. C’est pourquoi nous œuvrons à informer la population et notamment les écoles que nous recevons régulièrement.

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