Une économie durable et vertueuse, modèle du futur
«Etre capable, en tant qu’entreprise, d’agir en préservant la société qui nous entoure » voilà, selon Norman Fisch, l’objectif de la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Il est coordinateur de l’INDR (Institut National pour le Développement durable et la Responsabilité sociale des entreprises), l’organe de promotion de ce nouveau mode de fonctionnement des entreprises, respectueux, durable et surtout responsable envers les générations à venir. Interview.
Fin novembre, 28 organisations se sont vu décerner le Label ESR. Qu’avaient-elles fait pour mériter cette reconnaissance?
A la base de cette démarche de labellisation se trouve un Guide en ligne. Il permet à toute entreprise d’en savoir plus sur ce qu’est la RSE et de mesurer son propre niveau de responsabilité sociale. Canevas de référence, le Guide ESR (Entreprise Socialement Responsable) présente une définition commune de ce concept, basée sur les principales attentes de la société envers les entreprises luxembourgeoises. Car c’est cela l’objectif de la RSE: être capable, en tant qu’entreprise, d’agir en préservant la société qui nous entoure.
Pour atteindre ce but, une entreprise doit avant tout avoir une profonde connaissance d’elle-même. Définir clairement ses activités lui permet d’évaluer ses impacts – qu’ils soient d’ordre social, environnemental ou économique. Ils concernent donc aussi bien ses salariés, que ses fournisseurs, ses clients, le milieu naturel, et aussi les générations futures. C’est en définissant clairement sa responsabilité, que l’entreprise peut alors définir une stratégie RSE basée sur les attentes de ses parties prenantes.
Le Guide ESR compte une centaine de thématiques auxquelles l’entreprise est invitée à s’évaluer. En répondant aux questions du Guide, l’entreprise obtient une première évaluation de ses résultats que nous venons lui présenter. A l’issue de cette présentation, l’entreprise connaît ses pistes d’actions, si son résultat est encore insuffisant pour obtenir le Label ESR, ou des pistes d’amélioration, dans le cas où son résultat serait positif. Dans ce dernier cas de figure, l’entreprise peut alors directement commander le Label ESR en ligne.
Toutes les entreprises qui ont obtenu le Label ESR «Entreprise Socialement Responsable», ont réalisé cette autoévaluation. En mesurant leur niveau de maturité pour toutes les thématiques de la RSE, elles constatent les éventuels dysfonctionnements et améliorations à réaliser. Afin que notre démarche soit légitimée, un expert agréé par l’INDR vérifie les justificatifs correspondants aux niveaux de maturité RSE déclarés directement en entreprise. A l’issue de cette vérification, l’entreprise obtient ou non le Label ESR. L’INDR organise deux cérémonies de remise officielle du Label ESR par an à l’occasion desquelles sont remis les labels décernés au cours de l’année. La dernière en date s’est déroulée le 25 novembre 2016, à la Chambre de Commerce, en présence de Nicolas Schmit, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Économie sociale et solidaire.
Pourquoi la thématique de la RSE prend-elle tant d’ampleur au Grand-Duché?
Il y a une dizaine d’années, moins de 8% des CEO du pays connaissaient ce concept. De ce constat, différentes initiatives ont été créées pour en faire la promotion. Depuis, la sensibilisation se répand. Mais les idées ont besoin de temps pour prendre racine… Le phénomène de conscientisation n’est d’ailleurs pas linéaire mais croît par un effet boule de neige. Le marché B2B y exerce une influence considérable. Imaginez: 128 entreprises labellisées ESR employant 45.000 salariés qui cherchent à établir des partenariats avec des acteurs qui partagent leurs valeurs!
En parallèle, les pressions montent. Au niveau mondial, la maturité de la RSE s’est développée à travers l’élaboration de nouvelles normes comme ISO 26000. Les directives européennes, quant à elles, prennent la même direction. Dernier point mais non des moindres: le gouvernement luxembourgeois œuvre aussi dans cette voie. Il a déclaré l’an passé que notre pays deviendra un pôle d’excellence de l’économie circulaire et il appuie le projet d’étude «Troisième Révolution Industrielle» de Jeremy Rifkin.
La prise de conscience récente de l’intérêt de la RSE provient du mélange de tous ces facteurs. Mais il y a un acteur de la société qu’elle ne touche pas encore assez aujourd’hui: le consommateur. Ce ne sera que lorsque la demande s’orientera vers des produits et services écoresponsables que la RSE fera un pas de géant.
Quels sont vos conseils pour se lancer sur ce chemin?
L’erreur est de vouloir agir uniquement pour se donner bonne conscience, via des dons par exemple. Une entreprise n’est pas une œuvre de bienfaisance. Elle doit veiller à sa pérennité économique et, à travers ses activités, influencer positivement son environnement.
Nous invitons chaque entreprise, de la PME à la grande multinationale, à utiliser notre Guide ESR. Gratuit et accessible en ligne, il permet de déterminer quelles sont les solutions idéales pour gérer cette thématique en fonction de sa taille et de son secteur, à travers une liste d’initiatives existantes. Les entreprises ont accès à des explications, à des fiches techniques, à des recommandations; et sur cette base, sont capables de s’autoévaluer et d’établir ainsi un premier diagnostic de leurs pratiques.
Quels sont les objectifs d’avenir de l’INDR?
Nous voulons poursuivre la promotion de la responsabilité sociale. Grâce au Guide ESR, nous avons sensibilisé 900 entreprises, sur les 15.000 que compte le Grand-Duché. Nous pouvons encore faire mieux, bien que le taux de conscientisation au Luxembourg soit déjà élevé face à nos voisins européens. Notre Label touche 128 entreprises et leur offre une belle source de visibilité. L’objectif est d’élargir encore ce réseau afin que chacun puisse trouver les produits et services qu’il désire, dans une version écoresponsable. Nous visons la création d’une économie parallèle et vertueuse qui sera le modèle du futur.
En outre, j’annonce ici que l’INDR est l’un des initiateurs de la première association de professionnels de la RSE du Grand-Duché. Cette asbl, nommée ProRSE, regroupera tous les coordinateurs de la RSE en entreprises, ainsi que les professionnels consultants et les auditeurs. Ces nouveaux métiers méritent d’être promus à travers une fédération. L’appel à candidature est lancé et est ouvert à chaque personne qui travaille activement dans le domaine de la RSE.
Un autre volet: nous souhaitons travailler davantage en collaboration avec des acteurs internationaux, européens en particulier, afin de créer des synergies entre nos démarches. En effet, l’économie ne se limite pas aux frontières.
Nos formations en RSE
Par Morgane Haessler, Project Manager
L’INDR propose un cycle de formations complet, en collaboration avec la House of Training, qui a lieu trois fois par an. Une première journée de sensibilisation est consacrée à l’introduction à la RSE, par la découverte du Guide ESR en salle informatique (www.esr.lu). Le cycle de formations se poursuit ensuite par quatre demi-journées spécifiques, dédiées à la stratégie RSE, à la gouvernance, au chapitre social et au chapitre environnemental.
Les formations sont données par les experts agréés de l’INDR, les mêmes qui effectuent les vérifications en entreprises lors de l’obtention du label ESR. Ils illustrent donc leurs propos par des exemples concrets. Les participants attendent de ces formations le partage de bonnes pratiques, d’idées et de pistes d’amélioration à intégrer au sein de leur organisation. A l’issue de ces formations, ils se sentent plus à l’aise avec ces thématiques et sont souvent prêts à mettre en place des initiatives appropriées dans leur entreprise, voire même à se lancer dans une procédure de labellisation ESR.
Cette année, ce sont 145 participants qui ont suivi un ou plusieurs de ces modules. Le prochain cycle reprendra le 1er mars 2017.