L’innovation, dans les gènes de l’aventure spatiale
Le Luxembourg sera bientôt le premier pays européen à assurer une sécurité juridique aux mineurs de l’espace qui exploiteront des ressources provenant, pour la plupart, des astéroïdes. A l’heure où le gouvernement a présenté un projet de loi qui garantit aux opérateurs privés leurs droits sur ce qu’ils extrairont de ces corps célestes, le Dr Patricia Conti a répondu à nos questions sur l’univers spatial grand-ducal. Responsable du développement de ce secteur au sein de Luxinnovation et Manager du Luxembourg Space Cluster, elle s’exprime avec enthousiasme sur l’initiative SpaceResources.lu dont le cadre juridique à venir est une étape clé.
Comment expliquer l’existence d’un Space Cluster au Luxembourg?
Ce Cluster – l’un des premiers à avoir été fondé au sein de la Luxembourg Cluster Initiative – existe depuis 2002. La prédominance de cette thématique s’explique par l’Histoire du pays. La relation entre le Grand-Duché et l’espace est riche, et ce, depuis la création de SES (Société européenne des Satellites). Effectif en 1985, cet opérateur de télécommunications et médias est né sous l’impulsion du gouvernement, ce qui était peu conforme à ce qui se faisait ailleurs sur le continent où l’essentiel des activités spatiales était supporté par les sciences. Le Luxembourg s’est démarqué à l’époque, abordant l’univers spatial par un axe plus commercial. Cela a entrainé controverses et polémiques, et finalement un beau succès économique avec aujourd’hui une flotte de plus de 50 satellites en orbite géostationnaire pour SES. C’est dans cette mouvance et grâce à la volonté du gouvernement d’encourager la croissance de l’entreprise qu’a émergé le Space Cluster.
Ses objectifs ont évolué au fil des années. A l’époque, il avait pour but de donner un cadre dans lequel se retrouvaient les acteurs du domaine et au sein duquel ils pouvaient développer des projets communs. Aujourd’hui, cette structure vise à apporter plus de visibilité aux compétences luxembourgeoises et à favoriser la coopération du Grand-Duché au sein de projets internationaux. Il est donc devenu notre outil de promotion à travers le monde.
Quels sont les atouts du pays au regard du domaine spatial?
Le premier avantage est la présence de SES sur le territoire. Cette société à la visibilité mondiale véhicule une certaine image du Luxembourg. Le secteur spatial grand-ducal s’est construit dans son sillage; une nuée d’entreprises qui forment un milieu dynamique gravitent autour de ce moteur. Deuxième atout: le gouvernement qui a cru en ce business et l’a supporté. Visionnaire et courageux dans ses choix de l’époque, il n’a pas lâché ce filon par la suite, jusqu’à aujourd’hui.
Quel en est l’impact sur l’économie luxembourgeoise?
C’est un secteur en croissance qui représente environ 2% du PIB du pays, pour un chiffre d’affaires de plus de deux milliards d’euros. Une trentaine de sociétés s’anime autour de la thématique de l’espace, ce qui équivaut à un peu plus de 700 emplois. SES y occupe une place prépondérante puisque 450 personnes travaillent sur leur site de Betzdorf. En outre, des organisations de recherche publique et l’Uni.lu sont aussi concernées par le spatial.
Par le passé, le secteur était majoritairement tourné vers les communications et les médias par satellite. Mais le spatial s’est diversifié, abordant par exemple le thème prépondérant de l’observation de la Terre en vue du monitoring de paramètres environnementaux. L’autre sujet d’avenir est celui de l’exploitation des ressources spatiales, un axe qui présente beaucoup d’attraits.
Que pensez-vous de l’initiative SpaceResources.lu?
Le Space Cluster travaille main dans la main avec le gouvernement, notamment via une coopération étroite avec le ministère de l’Economie. Il voit d’un très bon œil cette initiative, à laquelle il collabore. Selon moi, cette campagne s’inscrit tout à fait dans l’esprit de ce qui s’est passé dans les années 80. Le Luxembourg se démarque une fois de plus par rapport à ses voisins européens dans sa volonté d’être pionnier sur de nouveaux marchés. L’approche orientée business qui concernait les télécommunications il y a 30 ans, touche aujourd’hui à l’exploitation des ressources spatiales.
Le Grand-Duché saisit cette opportunité mais beaucoup de défis restent encore à relever. La première étape d’envergure sur cette voie est celle de la réglementation, dont le projet de loi vient d’être publié. C’est déjà une avancée majeure. Ensuite viennent les challenges technologiques. Il faudra repousser de multiples limites car des développements technologiques complexes seront nécessaires pour que l’initiative SpaceRessources.lu soit un succès. Mais l’innovation est inscrite dans les gènes de l’aventure spatiale et les bénéfices pour le Luxembourg seront multiples, d’une part grâce à de nouveaux acteurs attirés par ce qui vient d’être légiféré, de l’autre via des entreprises historiques qui profiteront de ce nouvel élan.
Au-delà du bénéfice commercial, il est un autre aspect très intéressant du Space Mining dont on parle peu à l’heure actuelle: le Space Situational Awareness dont un des aspects consiste à surveiller les géo-croiseurs, les astéroïdes parfois proches de la Terre qui pourraient éventuellement la percuter. Une initiative commerciale d’exploitation des ressources spatiales comme SpaceResources.lu contribue donc à augmenter la vigilance face à ces menaces d’impact. En effet, les Space Minors auront besoin de catalogues de ces astéroïdes, afin de savoir quand ils s’approcheront de notre planète. Les corps célestes circulant près de la Terre seront donc recensés et observés, ce qui permettra de meilleure prédiction quant à leur trajectoire. D’une approche commerciale certes, le recensement des astéroïdes bénéficiera finalement à l’humanité entière. SoM