Entre tradition et modernité

Cela fait des années que la création d’entreprises est en croissance dans l’artisanat. Cependant, «si plus d’entreprises se créent chaque année, elles sont plus petites que par le passé». Tom Wirion, le directeur général de la Chambre des Métiers revient sur ce dynamisme sectoriel et sur les lacunes qu’il faudrait encore combler.
 
Comment se porte la création d’entreprises au Luxembourg?
Plutôt bien puisque la grande majorité est encore en activité après cinq ans. Nous devons cette pérennité au principe d’autorisations qui est intrinsèquement lié à l’artisanat. Ce principe de qualifications professionnelles n’est pas un frein à la création d’entreprises mais bien un moyen d’accroitre ses chances de réussites.
Le guichet «contact d’entreprises» de la Chambre des Métiers voit passer beaucoup d’entrepreneurs. Nous leurs proposons de nous occuper des formalités administratives comme les immatriculations, demandes d’autorisation et autorisations d’exploitation par exemple. Nous assistons la création d’entreprises et les accompagnons tout le long de leur vie; c’est là, la philosophie de la Chambre des Métiers.
 
Le taux d’imposition est-il assez favorable?
Je pense que le principal problème d’une nouvelle entreprise est moins le taux d’imposition que son financement. Notamment pour les entreprises dont le début des activités nécessitent des investissements conséquents (comme les machines de productions par exemple). Dès lors, certains projets ne peuvent aboutir, comme certaines entreprises ne peuvent être reprises, faute de financements suffisants. D’où nos réflexions sur les moyens, instruments et garanties que nous pourrions mettre en place.
 
Vous avez récemment dénoncé «une insatisfaction profonde» de l’artisanat à propos de l’orientation et de la formation professionnelle…
Nous constatons trop souvent que l’orientation professionnelle se fait par l’échec, alors que ce choix par défaut devrait être un processus. Nous souhaitons bousculer les stéréotypes des jeunes et de leurs parents. Notre campagne “Hands Up“, notre présence sur les réseaux sociaux et sur le terrain sont déjà un premier pas. Les métiers de l’artisanat sont de plus en plus techniques et requièrent de solides connaissances dans les nouvelles technologies; les institutions doivent donc bouger afin de trouver les artisans de demain.
L’apprentissage qui est inhérent à l’artisanat se concrétise aujourd’hui par un CCP (Certificat de Capacité Professionnelle), DAP (Diplôme d’Aptitude Professionnelle) ou/et par un Brevet de Maîtrise. Pour ceux qui souhaitent aller encore plus loin, la Chambre des Métiers, conjointement avec la Chambre de Commerce ont créé l’Institut Supérieur de l’Economie dans lequel nous offrirons des Bachelors professionnels. Cet enseignement supérieur sera destiné aux professionnels et axé sur des sujets spécifiques et actuels (comme sur les bâtiments intelligents par exemple).
 
N’y-a-t-il pas un décalage entre l’apprentissage au lycée et celui de l’entreprise?
80% de l’apprentissage se fait en entreprise, 90% des jeunes trouvent un emploi peu après l’obtention de leur diplôme et 70% d’entre-deux sont engagés par l’entreprise qui les a formés. Ces chiffres sont la preuve que les apprentis sont bien formés et que leurs diplômes ont de la valeur. Le rouage école-entreprise est un modèle qui a fait ses preuves et c’est le fonctionnement du système qui a des lacunes.
Si les entreprises sont les premiers partenaires à l’apprentissage, les apprentis, les lycées, l’ADEM et les chambres professionnelles (qui ont l’autorité de refuser à une entreprise, le droit de former dans le cas où celle-ci ne réponds pas aux conditions formulées par la loi), ont aussi un rôle à jouer. Tout l’enjeu est de trouver une cohérence commune au système, à cette structure.
Nous ne contestons pas les principes à base de l’apprentissage comme l’enseignement par modules de compétences mais critiquons néanmoins l’orientation et plus largement le fonctionnement du système qui doit être piloté. D’où l’importance de la macro réforme annoncée par le ministre Claude Meisch.
 
Un mot sur les métiers plébiscités et ceux qui sont délaissés?
1.750 apprentis sont sous contrat d’apprentissage. Les entreprises déclarent leurs postes d’apprentissage chaque année et nous sommes déjà en mesure d’affirmer qu’au vu des 830 postes déclarés, nous en avons plus que l’année passée.
Faut-il encore que les entreprises et les demandeurs se trouvent dans un contexte où certains métiers ont plus de difficultés à se promouvoir. Ainsi, les couvreurs et serruriers manquent de candidats alors que la coiffure et les salons d’esthétiques ont une demande supérieure à l’offre.
La Chambre des Salariés et la Chambre des Métiers tentent alors de pallier à ce déséquilibre, à travers la fonction de “matcher“, en informant les candidats dont les ambitions sont parfois nourries de fausses idées. Après cinq ans d’actions concrètes, les déséquilibres sont moins importants qu’auparavant.
Il faut cependant garder à l’esprit que les 400 nouveaux promus que le Luxembourg compte chaque année et les 150 Brevets de Maîtrise ne sont bien évidemment pas suffisants pour palier à la demande. Ainsi, 50% des salariés de l’artisanat luxembourgeois sont frontaliers sans qui, il ne pourrait pas fonctionner.   JuB

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