Hystérique, historique, hypothétique
Si beaucoup de grains de sable réunis finissent par faire un gros tas, beaucoup de petites intelligences rassemblées ne forment jamais une grande intelligence; c’est ce que le référendum britannique a confirmé. Guidées par une campagne hystérique, les petites intelligences se sont étripées sur le champ lexical de la peur, à coups de déraisons et dont l’assassinat de la députée Jo Cox serait le paroxysme délirant.
Alors que certains tonnaient le désamour de l’UE pour son incapacité à protéger son marché intérieur, puisant leurs arguments dans les emplois en berne, l’immigration clandestine et l’austérité, les autres agitaient les parapluies des aides européennes dans la recherche, l’agriculture et essayaient en vain de rattacher sentimentalement la culture de l’île au vieux continent, à petits bouts de Churchill, Beaumarchais, Voltaire et de “Royal Society“.
Certes, malgré son rattachement à l’UE en 1975, la Grande-Bretagne a toujours pris soin de garder un pied dehors. Une hésitation résolue à faire front à tout fédéralisme, plaidant pour la souveraineté des Etats; dichotomie politicienne que l’on retrouve d’ailleurs sur les bancs de la Commission.
C’est après une nuit d’incertitudes durant laquelle Londres et Bruxelles n’ont pas fermé l’œil que le Royaume et l’Union se sont dit adieu; le taux de 51,9% venant achever une relation de 43 années. Ce choc historique aura entraîné la chute du premier ministre Cameron dans son propre piège. Boris Johnson et les autres eurosceptiques jubilent, les Nigel Farage, les Marine Le Pen et autres partis d’extrêmes droites aussi…
Disparités entre le camp du “oui“ et le camp du “non“, entre les villes et les campagnes, entre les jeunes (70% des 18-24 ans ont voté pour le maintien) et les plus âgés, entre le bloc irlando-écossais et le brittannico-gallois. C’est une société divisée qui se réveille au son des marchés financiers qui s’affolent. Paris s’imagine déjà la nouvelle “City“ et la France, la cinquième puissance économique mondiale. Les prévisions luxembourgeoises sont, elles aussi déjà faites… Entre les envies Hollandaises et le pragmatisme Merkelien, l’Europe tente de s’afficher comme une famille unie tout en se donnant le temps de la réflexion mais cet idéal commun saura-t-il tenir alors que se profilent des horizons hypothétiques? JuB