Logement: la formule solidaire

Les réfugiés arrivant dans le pays et obtenant le statut de bénéficiaire de protection internationale ont accès aux mêmes droits que les locaux, «dont le droit à un logement décent». C’est pourquoi l’AIS a pour mission de prendre en charge ce public «ainsi que toute autre personne dans le besoin, afin d’éviter l’exclusion sociale par le logement», explique Gilles Hempel, directeur de la structure. Tissant des partenariats de plus en plus nombreux avec les communes, l’AIS héberge aujourd’hui 1.000 personnes grâce à son concept innovant et responsable.
 
 
Une recette à succès
L’Agence Immobilière Sociale (AIS) est née en 2009. «Nous travaillons à trois à l’époque, et actuellement notre équipe est composée de 23 personnes», explique Gilles Hempel, directeur de la structure. Ce ne sont pas moins de 300 logements qui composent le parc immobilier de l’AIS aujourd’hui, «pour plus de 1.000 personnes qui y habitent», précise-t-il. «Dans notre objectif de lutter contre l’exclusion sociale par l’habitat, nous avons décidé de monter jusqu’à 500 logements dans les deux années à venir».
Un beau succès pour une solution basée sur la solidarité mais aussi l’efficacité.
«Notre rôle est d’approcher les propriétaires de logements inoccupés à travers le pays. Bon nombre d’entre eux n’ont simplement pas la force ou les moyens de se charger d’une location. Ce sont des personnes âgées qui vivent en maison de retraite par exemple, ou bien des individus ayant reçu un bien en héritage et qui souhaitent le garder pour leurs enfants… Ils n’osent pas toujours s’aventurer en location, ne sachant pas à quels risques ils s’exposent; ou encore s’ils pourront récupérer leur bien dès qu’ils le voudront». L’AIS rassure ces propriétaires en leur garantissant une gestion responsable de leur bien. «Nous prenons en bail la maison ou l’appartement inoccupé pour y installer une famille dans le besoin. Nous veillons à l’état du logement et à ce qu’il soit toujours bien soigné afin que le possesseur le récupère, au moment où il le désire, dans son état d’origine». C’est donc un confort sans précédent que les propriétaires trouvent en confiant leur bien à cette agence.
En contrepartie, ils touchent un loyer légèrement en dessous des prix du marché, accessible à une clientèle à revenu modeste. Le directeur commente: «Ces personnes en détresse peuvent rester trois ans dans nos structures, une durée le long de laquelle nous mettons en place avec elles un projet d’inclusion afin qu’elles puissent retrouver une autonomie en stabilisant leur situation», ajoute-t-il. Une belle réussite puisque Gilles Hempel et son équipe ont réussi à aider une centaine de famille à retourner sur le marché privé et plus d’une dizaine d’individus sont devenus propriétaires à leur sortie de l’AIS.
 
Partenariat avantageux avec les communes
A l’origine, l’AIS a émergé d’une convention avec le ministère de la Famille et de l’Intégration et avec le ministère du Logement. «Entre-temps, une cinquantaine de communes se sont jointes à ces institutions pour collaborer avec nous». «Les communes font face à un double problème», ajoute-t-il. «D’un côté il existe des logements inoccupés sur leur territoire – au Luxembourg, on en estime 10.000 à 20.000 unités – et de l’autre, elles voient se présenter à leur office social de plus en plus de personnes en situation de précarité. Quand elles s’adressent à nous, elles brisent ce paradoxe».
Comment les communes s’allient elles à l’AIS? En pratique, elles financent un membre de son personnel: «Cela peut être un technicien, un assistant social ou un employé administratif; et en contrepartie, nous prenons prioritairement en charge un certain contingent de personnes en détresse de leur territoire». Un échange au bénéfice des deux entités puisque l’AIS peut ainsi augmenter ses activités et que la commune profite de ce supplément de travail.
De plus, l’AIS effectue une prospection plus intensive pour rechercher des logements inoccupés dans les localités partenaires, pour transformer ces lieux non-habités en logements sociaux: «Au Grand-Duché, excepté les villes de Luxembourg et Esch-sur-Alzette, les communes comptent généralement très peu de logements sociaux. Grâce à nous, non seulement elles s’engagent pour plus d’habitats sociaux, mais surtout elles disposent de logements directement accessibles car les ressources sont déjà existantes». En effet, à la différence de projets de construction qui peuvent s’étendre sur des années, les maisons et appartements gérés par l’AIS sont déjà en place.
Emménagement des réfugiés
Depuis peu, l’Agence Immobilière sociale est également l’organe qui accompagne les réfugiés le long de leurs premiers pas dans l’univers du logement grand-ducal. «En réalité, nous nous sommes toujours occupés des BPI, les bénéficiaires de protection internationale», dit-il. Mais vu les arrivées plus régulières des derniers mois, l’AIS s’est adaptée.
Tout d’abord, l’agence va reprendre la gestion du parc locatif de l’OLAI, l’Office Luxembourgeois de l’Accueil et de l’Intégration, c’est-à-dire une cinquantaine de logements d’ici la fin de l’année. Ainsi l’OLAI, déchargée de cette tâche, se concentrera sur l’accueil des primo-arrivants dans ses centres. Ensuite, une fois leur statut accordé, l’AIS se chargea de loger les BPI dans des maisons ou appartement. «Ainsi, les réfugiés ne resteront pas trop longtemps en structure d’accueil. Ils seront rapidement intégrés à la société luxembourgeoise, dispersés à travers les communes en accord avec un concept qui nous tient à cœur: celui de la mixité sociale», explique Gilles Hempel. «En outre, nous avons plus de facilité que l’OLAI à gérer un parc locatif puisque c’est notre spécialité». Afin que cette activité se déroule au mieux, l’AIS a établi une collaboration avec le service LISKO de la Croix Rouge: «Eux s’occupent des démarches d’intégration, et nous du logement», sourit le directeur.
De plus, l’AIS s’est adaptée à ce public particulier. «Premièrement, la langue peut poser problème. Des interprètes de la Croix Rouge ou des volontaires accompagnent souvent les bénéficiaires de protection internationale lors des rendez-vous, mais nous avons pris les devants. Nous avons engagé du personnel polyglotte et deux de nos assistants sociaux suivent des cours d’arabe». Deuxièmement, «les bénéficiaires de protection internationale viennent souvent de pays au climat très différent du nôtre, comme la Syrie ou l’Irak. Résultat: ils ne vivent pas forcément leur habitat selon nos habitudes régionales», explique-t-il. L’AIS accompagne donc ces personnes pas-à-pas dans leur nouveau logement afin de leur enseigner comment chauffer et aérer au mieux… sans faire monter la facture!

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