«Notre pays va mieux qu’il y a deux ans»
C’est la phrase que Xavier Bettel a prononcée lors de son discours sur l’état de la nation et ce n’est pas sans rappeler le «ça va mieux» de François Hollande quelques jours auparavant. À la différence peut-être que lorsque notre voisin affiche un taux de chômage à deux chiffres, le nôtre est de 6,5% (l’un des plus faibles de l’UE). Deux phrases grammaticalement similaires mais aux charges sémantiques bien différentes. D’autant plus que notre croissance est de 4,8% (un taux que l’on n’avait plus connu depuis cinq ans), les investissements sont ambitieux et les finances publiques sont en équilibre – ou du moins encadrées, la réforme fiscale est plutôt bien accueillie par le patronat et les syndicats et le Luxembourg continue ses efforts de transparence fiscale et de diversification de son économie. Même la loi sur la nationalité – véritable casse-tête sociétal – semble trouver un consensus politique. Dans la course aux réformes, le Luxembourg surmonte les obstacles avec sérénité et s’avère réussir sa transition économique. Mais ce 26 avril du dit discours du Premier ministre à la Chambre des députés était aussi (hasard du calendrier) la date de l’ouverture du procès des lanceurs d’alertes Antoine Deltour et Raphaël Halet et du journaliste Eduard Perrin pour «violation du secret des affaires».
D’aucun discours de raison – à défaut des croyances militantes – ne pourrait nier les efforts du gouvernement pour aller vers la transparence fiscale. La crise financière de 2008 a permis de dénoncer d’anciens modèles et pour préserver l’image de marque du pays, des changements ont été opérés. Se conformer aux règles internationales a permis au Luxembourg de sortir de la liste noire des paradis fiscaux de l’OCDE.
Néanmoins, sans être illégales, certaines pratiques n’en sont pas moins immorales et les lanceurs d’alertes, en collaboration avec les journalistes, sont les seuls à pouvoir révéler cette non-éthique. Il s’agira pour nos démocraties de trouver un juste milieu entre d’un côté, l’importance du secret des affaires dans une économie concurrentielle mondialisée et de l’autre, assurer la protection des lanceurs d’alerte. À l’heure où le Luxembourg se donne les moyens pour devenir un centre européen de l’IT, du Big Data, des Data Centers et autres anglicismes connectés, n’est-ce pas là un défi à la taille de nos ambitions? JuB