Pas à pas vers une meilleure hygiène de vie
Véritable fléau de nos sociétés modernes, l’obésité atteint un seuil très inquiétant au Grand-Duché, chez les jeunes tout particulièrement. Face à ce constat, le Gouvernement a lancé en 2006 un vaste plan d’action interministériel «Gesond iessen, Méi bewegen», qui a pour mission de sensibiliser la population aux dangers de la mauvaise alimentation et de la sédentarité à l’origine du phénomène. Le point sur une des initiatives du plan d’action, «Meter fir Meter», avec Hubert Eschette, professeur attaché au Département ministériel des Sports.
L’initiative «Meter fir Meter» appartient au plan d’action «Gesond iessen Méi bewegen». Pouvez-vous nous présenter ce plan d’action et, plus précisément, l’initiative en question ?
Le plan national d’action «Gesond iessen, Méi bewegen» est une réponse politique à un constat alarmant, à savoir que le Luxembourg se situe au-delà des quotas internationaux en matière d’obésité, selon différentes études. Il faut considérer deux volets, celui de l’activité physique et celui de l’état de santé d’un individu en fonction de données objectives telles que la tension ou le BMI ainsi que le style de vie qu’il mène, notamment en termes de consommation de substances toxiques. L’obésité trouve son origine dans la sédentarité et les habitudes alimentaires malsaines. Le constat est particulièrement inquiétant chez les jeunes âgés de neuf à dix-huit ans.
Pour mener à bien un tel plan d’action, plusieurs ministères se devaient de travailler en étroite collaboration : le ministère de la Santé, le ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle, le ministère de la Famille et de l’Intégration et le ministère des Sports. Les quatre ministères ont signé une déclaration commune en juillet 2006.
Chacun d’eux s’efforce à trouver des réponses au problème dans son domaine, à savoir par exemple «que faire dans les écoles ?» pour le ministère de l’Education nationale, «comment impliquer les médecins et le personnel médical ?» pour le ministère de la Santé ou encore «comment mobiliser les fédérations sportives ?» pour le ministère des Sports.
La déclaration commune a abouti à la création d’un comité interministériel avec des représentants de chaque ministère qui se réunissent régulièrement. Conformément aux préconisations de l’OMS, ils développent avec des experts des recommandations nationales d’une part en matière d’alimentation saine, d’autre part en matière d’activité physique.
Le plan se veut avant tout évolutif et nécessite bon nombre de partenariats dans différents domaines, partenaires qui jouent le relais dans la vie de tous les jours. Pour motiver les clubs, les associations ou les écoles qui organisent une action dans un des deux chevaux de bataille que sont l’alimentation saine et l’activité physique, ceux-ci se voient remettre le label «Gesond iessen, Méi bewegen». 140 projets l’ont d’ores et déjà obtenu.
En ce qui concerne l’initiative «Meter fir Meter», elle revient elle au ministère des Sports. Il s’agit d’une campagne pluriannuelle qui s’étale de 2007 à 2010 et qui promeut chaque année une des activités sportives parmi les quatre que nous avons retenues : la course à pied, le cyclisme, la natation et la marche. L’objectif est avant tout de sensibiliser le grand public à la nécessité de pratiquer une activité physique.
Il s’agissait de trouver des activités sportives accessibles au plus grand nombre et à toutes tranches d’âge, avec un impact positif évident sur la santé, avec un coût modéré et d’une technicité très faible.
La promotion de la course à pied, en 2007, fut mise en œuvre avec la collaboration de la Fédération luxembourgeoise d’Athlétisme. Tout au long de l’année, 227 néophytes furent accueillis dans onze cellules d’entraînement différentes réparties dans le pays. Des campagnes d’accompagnement ont été menées au niveau scolaire. Aussi, en juin 2007, ce ne sont pas moins de 2100 classes de l’éducation préscolaire et de l’enseignement primaire qui ont couru ensemble près de 124.000 km.
2008 fut l’année de la promotion du vélo, de concert avec la Fédération du Sport Cycliste Luxembourgeois. Des néophytes furent incités à intégrer des structures d’accueil qui ont mis au point des parcours adaptés. En 2009, la campagne «Schwamm mat mam MOLLY» – MOLLY DICK étant une baleine virtuelle nageant dans l’océan Atlantique sur un parcours prédéfini – avait pour mission de pousser les moins sportifs à pratiquer la natation de façon régulière. Là aussi, le succès a dépassé nos espérances avec 38.000 kilomètres parcourus. Cette année, c’est la marche qui est à l’honneur, avec comme campagne «Allons décrocher la lune»… et déjà plus de 220.000 km ont été parcourus.
Comment s’est réalisée la collaboration interministérielle dans le cadre de ce programme ? Quels ont été les apports respectifs ?
Pour qu’un tel plan d’action soit couronné de succès, il doit absolument s’inscrire dans une politique transversale, raison pour laquelle une déclaration commune a été signée, et un comité interministériel que l’on peut qualifier de «cellule pensante» mise sur pied. Des réunions se tiennent toutes les 4/5 semaines ou selon besoin lors desquelles nous discutons les demandes d’attribution du label, d’une part, d’autre part, où nous faisons le point sur l’avancée de l’action propre de chaque ministère dans le cadre de ce projet et voyons dans quelle mesure nous pouvons travailler ensemble, notamment dans la diffusion de l’information, des invitations à des manifestations organisées, etc.
Il est en outre très important de mobiliser de nouveaux partenaires pour développer de nouveaux concepts, et ce, afin de ne pas tourner en vase clos. Dans le domaine de l’alimentation saine, par exemple, nous avons eu des contacts très fructueux avec des entreprises qui ont accepté de mettre à disposition de leurs collaborateurs des fruits gratuitement. Même principe mais dans les écoles, le projet «Fruit for School» est en train de voir le jour. Chaque ministère véhicule ses propres intérêts auprès de ses partenaires tout en y ajoutant les préoccupations des autres ministères. Nous, par exemple, cherchons à pousser quelque peu le ministère de l’Education nationale pour qu’il fasse évoluer le contenu des distributeurs automatiques dans les établissements scolaires.
Comment mettre en place ce genre d’initiatives sur le terrain, notamment dans des projets ou programmes communaux ?
Que ce soit pour le volet «alimentation saine» ou «activité physique», les communes peuvent trouver des niches intéressantes. Je pense qu’il est très simple pour une commune de lancer des initiatives pour promouvoir la marche à pied, par exemple, et de se joindre à notre campagne. Elles devraient pour cela faire preuve d’un peu de vigilance quant aux projets existants, et inversement, les ministères, eux, se doivent de les informer régulièrement.
Dans un autre ordre d’idée, les communes doivent se montrer courageuses, et introduire des initiatives comme celle de Roeser qui a supprimé le ramassage scolaire pour les trajets de moins de 800 mètres en faveur du Pédibus. Toujours dans la même commune, des projets pédagogiques sont menés en étroite collaboration avec le service médico-social qui dépêche une assistante sociale pour sensibiliser les élèves à l’importance d’une bonne alimentation et leur apprendre comment bien se nourrir, et ce, avec le concours des instituteurs. Last but not least, il est absolument crucial de combler le manque d’offres sportives dans les communes, tout particulièrement chez les trois à sept ans.
PhR
