Luxembourg ou “Le soleil des Indépendances“
Au moment de la rédaction de ces lignes, les attentats de Paris viennent de se produire et provoquent une émotion qui dépasse largement les frontières de l’hexagone meurtri. Il semblerait pour l’heure que l’effroi, la colère et la peur ne remettent pas en question la cohésion nationale et le consensus entre partis politique sur l’hospitalité envers les réfugiés.
Rencontre avec le ministre de l’Intérieur, Dan Kersch qui revient sur la politique menée, les enjeux et les conditions qui entourent cet accueil.
Comment se passe l’accueil des réfugiés au Luxembourg?
Le gouvernement a bien réparti les responsabilités. Le Haut-Commissariat à la protection nationale (HCPN), sous la tutelle du Premier ministre, a été mobilisé. De même que l’Office Luxembourgeois de l’Accueil et de l’Intégration (OLAI) qui est sous la tutelle du ministère de la Famille. Le HCPN et l’OLAI coordonnent ainsi les travaux.
L’OLAI est responsable du logement des demandeurs de protection internationale. Avec 600 personnes en octobre et le même nombre d’entrées en septembre, nous sommes submergés de demandes de DPI qu’il s’agit d’évaluer et de distinguer avec celles qui ne relèvent pas de ce statut. Ce sont des chiffres considérables pour le Luxembourg.
Pour ce qui est de la réalité sur le terrain, les réfugiés qui arrivent sur notre territoire sont accueillis au Hall 6 de Luxexpo. Ce centre de premier contact a été spécialement conçu pour une durée maximale de quatre jours. Ils sont ensuite répartis vers les centres de primo accueil désignés par le Conseil de gouvernement.
L’ancien bâtiment de logopédie de Strassen a une capacité d’accueil de 300 personnes, l’ancienne maternité du Centre hospitalier de Luxembourg peut gérer 100 personnes vulnérables et le bâtiment A du Centre hospitalier de neuropsychologie, 240 personnes.
Ces centres peuvent accueillir jusqu’à 600 personnes mais nous n’envisagerons cette possibilité qu’en cas de force majeure, nous ne souhaitons pas dépasser les 300 personnes par site. Néanmoins, cela dépendra de notre capacité à construire d’autres infrastructures.
Justement, ces centres de primo-accueil n’étant que des solutions à court terme, où iront les réfugiés ensuite?
Tous ces centres sont déjà dédiés à d’autres projets et ne sont donc que des solutions provisoires. C’est pour cela que nous cherchons activement d’autres sites qui permettront la construction d’infrastructures en conteneurs. Ce fut la volonté du gouvernement de privilégier plusieurs centres disséminés sur tout le territoire et de ne surtout pas construire un seul grand projet. Le but étant de favoriser l’intégration des réfugiés au sein de la population.
Nous savons déjà que Mamer, Steinfort, Diekirch, Junglinster et Sanem accueilleront des réfugiés. Le gouvernement est en pourparlers avec d’autres communes pour trouver plus de sites. Frank Reimen du Haut-Commissariat, l’Aménagement du territoire, le ministère de l’Intérieur, l’OLAI, l’Administration des Bâtiment publics et presque tous les ministères sont impliqués d’une manière ou d’une autre dans cette bataille. Sans oublier le ministère de l’Education nationale car dès qu’un enfant pose un pied au Luxembourg, il a le droit et le devoir de fréquenter l’école.
La politique d’intégration semble claire; elle se fera par le travail…
La priorité absolue est de répondre à une urgence humanitaire. Il s’agit ensuite de pouvoir faire une bonne analyse des gens que nous aurons recueillis. Ceux qui répondent au droit d’asile bénéficieront du statut de réfugié, les autres devront être reconduits dans leur pays.
Il en va de la cohérence du système mais plus largement de la cohésion nationale. Car même si tous les sondages confirment la politique menée par le gouvernement sur le sujet, la petitesse du pays peut très vite arriver à saturation si les règles ne sont pas respectées.
Les durées d’attentes entre l’arrivée sur le territoire et le droit au travail seront-elles revues à la baisse?
L’école et le travail sont deux conditions à une intégration réussie et le gouvernement a déjà pris une première initiative dans ce sens en réduisant la durée de neuf à six mois. Cependant, le ministère de l’Immigration croule déjà sous le poids des demandes et lorsqu’une décision défavorable est émise, le réfugié a le droit de faire examiner son cas par la justice qui elle aussi connait des problèmes en termes de ressources humaines. La volonté politique ne suffit donc pas, faut-il encore se donner les moyens de nos ambitions.
Le Luxembourg bénéficie d’une unité nationale et d’un consensus entre partis politiques. Cette situation peu répandue en Europe peut-elle être mise à mal par les récents attentats de Paris?
On ne peut rien exclure à ce stade. Ce qui est certain, c’est que les attentats sont justement fait pour créer une ambiance de haine et de peur dans le but de remettre en question l’unité nationale. Bien évidemment, les terroristes n’hésitent pas à utiliser la situation des réfugiés pour créer des amalgames (NDLR. Un passeport syrien a été retrouvé non loin des lieux où l’un des kamikazes a actionné sa ceinture d’explosif aux abords du Stade de France). C’est à nous, citoyens européens, de ne pas tomber dans ce piège. Les réfugiés sont ceux qui fuient Daesh et eux-aussi sont des victimes des extrémistes. Le gouvernement ne cesse d’insister sur cette différenciation.
Personnellement, je suis persuadé qu’ils ne peuvent mettre à mal nos sociétés libres, éclairées et démocratiques que nous construisons depuis la Seconde Guerre mondiale, comment le pourraient-ils?
Le Luxembourg est-il menacé?
Il existe une menace potentielle, notamment avec notre Présidence européenne mais cependant elle n’est pas concrète.
Je suis optimiste pour mon pays et plus largement pour mon continent car je sais que les idéologies arriérées et antihumanistes n’ont aucune chance de s’imposer.
Le gouvernement participe à de nombreuses rencontres avec ses citoyens via des réunions ouvertes dans lesquelles nous répondons aux questions et aux craintes de la population. JuB