Bourses universitaires pour les réfugiés
«Ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois», cette citation d’Albert Camus témoigne du lien causal qui peut exister entre le sport et les réflexions intellectuelles. Jules César lui-même ne s’exerçait-il pas à la nage de bon matin dans le Tibre avant de s’attabler aux affaires politiques de Rome?
C’est dans un contexte analogue que le Dr Alfred Steinherr, directeur académique de la Sacred Heart University a pensé un projet de subventions universitaires à l’égard des réfugiés. Rencontre avec un homme de sciences qui dirige une institution vieille de 25 ans d’expériences dans la formation MBA.
Comment vous est venue l’idée d’une bourse d’étude en faveur des réfugiés?
Après un match extraordinaire du Bayern face à Arsenal, je n’ai pas réussi à trouver sommeil. Ne voulant pas passer ma nuit à refaire le match et une réflexion en emmenant une autre, je suis tombé sur le sujet des réfugiés. Je me suis dit que la Sacred Heart University, dans ses principes imbriquant théorie du savoir et pratique du monde professionnel, avait les formations adéquates pour eux.
Ces bourses participeront-elles à l’intégration des réfugiés?
Je suis, comme beaucoup d’autres, conscient que cette masse de réfugiés posera bientôt des défis énormes pour notre société. Le premier d’entre eux est bien évidemment lié aux conditions d’accueil et à la vitesse de relocalisation dans des résidences convenables.
Après quoi, vient à mon sens, un défi beaucoup plus grand: celui de leur intégration dans la force de travail. Car si à terme, beaucoup retourneront dans leurs pays, aucun optimisme actuel ne laisse présager une stabilité dans la région, condition sine qua non aux retours.
L’intégration ne se limite pas uniquement à les loger car les années durant, cela risquerait d’entraîner des ghettos. Les intégrer sur le marché du travail leur apporterait une certaine autonomie.
D’autant plus qu’on dit des réfugiés syriens qu’ils sont pour beaucoup, bien formés?
Outre le fait qu’on a aucune statistique et donc aucune certitude en la matière, on sait d’ores et déjà que la plupart de ces formations ne sont pas adaptées à notre marché. Nous avons des standards qui sont parmi les plus élevés et qui ne permettent pas une reconnaissance de leurs diplômes. Un médecin irakien ou syrien n’utilise pas les mêmes instruments, outils et technologies que ses homologues européens, il en va de même pour les ingénieurs mais encore pour les commerciaux qui devront se familiariser avec les valeurs, us et coutumes de notre marché. Il leur faut donc réapprendre leur métier.
Et l’institution Sacred Heart University que je dirige au Luxembourg a une réelle expertise dans ce domaine puisque notre MBA combine travail et études, pratique et théorie. Depuis 25 ans, la SHU propose des formations en cours du soir qui permettent aux professionnels de se perfectionner ou de s’orienter vers d’autres domaines et nos compétences peuvent profiter à certains réfugiés. Nous leur trouverons des stages rémunérés en journée pour qu’ils se familiarisent avec les conditions de travail de notre marché et puissent suivre nos cours du soir.
Avez-vous une idée des coûts?
30.000 euros pour un MBA en 16 mois. Ce chiffre est lié à notre méthode qui est interactive et intensive. Le travail en petit groupe permet d’identifier les forces, faiblesses et limites de nos étudiants pour qu’ils puissent se positionner au mieux sur le marché du travail et concrétiser les ambitions qui sont réalisables.
Ils bénéficient, dès le début de la formation, de conseils d’un coach et très vite d’un professeur qui les parraine. Ces conseils seront d’une grande utilité aux réfugiés car la recherche d’un emploi en Europe est relativement différente de celle opérée en Syrie ou en Irak qui est intrinsèquement liée au réseau de connaissances.
Quelles seront les conditions d’accès?
Il faut que les candidats aient une formation universitaire, peu importe sa finalité. Nous n’acceptons habituellement que les dix meilleurs de leur promotion car nous formons de futurs gestionnaires et il est normal que notre petite structure reste élitaire.
Le marché luxembourgeois fonctionnant essentiellement en trois langues, il sera impératif que le candidat puisse communiquer aisément en anglais. Le cas échéant, nous offrirons des cours intensifs de remise à niveau.
Ensuite, puisque nous sommes une université américaine, nous leur demanderont de signer une charte qui les engage à respecter les valeurs de la constitution américaine.
Enfin, ils devront bénéficier de papiers en règles, d’un droit de séjour de 3 ans et d’un support financier de l’Etat.
Comment allez-vous faire pour convaincre les entreprises d’ouvrir leurs portes?
Je pense que ce sera le moins difficile à réaliser. Il faut bien comprendre que nous parlons d’une petite dizaine de personnes et notre Conseil de Régence est composé de décideurs économiques qui sont déjà disposés à tenter l’expérience. Le programme dure seize mois et nous aurons alors tout le temps de faire le point et d’envisager plus d’étudiants. Mais cela impliquera pour la SHU de trouver des partenaires qui soutiendront le projet via des financements intégraux ou partiels. JuB