Une start-up sociale qui a fait ses preuves
Prendre en bail des logements inoccupés pour les mettre à disposition de personnes à revenu modeste et en situation de détresse, c’est le «core business» de l’Agence Immobilière Sociale (AIS). Dans sa lutte contre l’exclusion sociale par le logement, l’AIS a depuis sa création en 2009 réussit à multiplier ses activités. Un état des lieux par son directeur, Gilles Hempel.
L’idée de base était simple mais efficace. Louer des biens inoccupés sur le marché privé, négocier des prix abordables grâce à des garanties attractives soutenues par l’État et mettre les logements à disposition de ménages en situation de détresse logement. Depuis l’ouverture de l’AIS en 2009, le concept n’a pas uniquement fait ses preuves, mais le champ d’activités de l’AIS s’est constamment élargi grâce à de nouvelles coopérations que l’AIS a su développer.
Aujourd’hui, l’AIS dispose toujours des conventions avec le Ministère de la Famille et de l’Intégration et avec le Ministère du Logement, qui lui ont permis de commencer ses activités en 2009. En outre, quatre conventions ont été conclues avec des acteurs communaux. Elles prévoient un engagement renforcé de l’AIS sur le terrain de la commune concernée qui contribue en contrepartie aux frais de personnel de l’AIS.
Depuis début 2015, l’AIS peut également recourir à des biens publics pour satisfaire la demande des ménages en détresse. Parmi les logements de service qui ne sont plus accordés à des fonctionnaires, certains sont affectés à l’AIS. Elle garantit à l’État les mêmes services qu’elle assure pour les propriétaires privés: mise en état et maintenance du bien locatif, gestion au quotidien, lien contractuel avec les bénéficiaires et suivi de leurs projets.
À partir de 2016, l’AIS sera systématiquement l’interlocuteur pour un nouveau groupe de bénéficiaires: les anciens réfugiés ayant obtenu le statut de protection internationale. L’AIS assurera la gestion du parc immobilier de l’OLAI. Les anciens refugiés bénéficieront des logements sous les mêmes conditions que les bénéficiaires actuels: mise à disposition pour une durée de trois ans, élaboration d’un projet d’inclusion sociale par le logement, accompagnement social adapté à leur situation.
L’AIS est donc certes un instrument de plus en plus efficace dans la lutte contre l’exclusion sociale par le logement, mais elle est également un exemple de start-up sociale qui est vite devenu une partie intégrale du paysage social au Luxembourg, et un partenaire indispensable des pouvoirs publics.
Les conditions d’un tel développement et les ingrédients du succès
Tout d’abord, l’AIS répond à un vrai besoin au Luxembourg. D’un côté il y a un grand nombre de logements inoccupés dans notre pays, et de l’autre côté, il y a beaucoup de ménages qui vivent dans des conditions précaires et indignes. Dû à leur situation socio-professionnelle, ils sont exclus du marché immobilier classique – dont de nombreux ménages avec enfants. Par son rôle d’intermédiaire fiable l’AIS réussit à faire d’une pierre deux coups: réduire le nombre de logements inoccupés en donnant un toit à ceux qui sont dans le besoin.
Puis, l’AIS a, en développant sa stratégie d’acquisition et de mise à disposition de logements, veillé à limiter les risques financiers à un strict minimum. Les prix négociés pour la location des biens s’accorde toujours avec le revenu disponible des bénéficiaires potentiels.
En cas de retard de paiement, des plans de remboursement sont élaborés avec les bénéficiaires et leurs assistants sociaux. Tenant compte de la situation et des possibilités réelles des bénéficiaires, ces plans sont dans la plupart des cas respectés, limitant ainsi la charge financière pour l’Etat qui couvre d’éventuelles différences entre le loyer payé par l’AIS et la contribution fournie par les bénéficiaires. Grâce à cette gestion financière stricte et rigoureuse, l’AIS est devenue un partenaire stable pour l’Etat et les communes.
Pour attirer l’intérêt d’un nombre suffisant de propriétaires, l’AIS a dès le début misé sur des messages clairs et simples qu’elle cherchait à diffuser via des canaux efficaces: les médias, qui ont dès le début suivi avec intérêt le développement de ce projet social, des flyers grand public et la présence à des foires et événements thématiques. Les avantages d’une coopération ont été mis en avant tout en soignant l’image d’un partenaire sérieux et fiable.
Quo vadis?
Aujourd’hui l’AIS gère un parc immobilier qui va bientôt atteindre les 250 logements. L’Etat a annoncé une augmentation significative de sa contribution financière pour 2016. De plus, une bonne quinzaine de communes ont montré leur intérêt pour collaborer avec l’Agence Immobilière Sociale au niveau régional. L’AIS est toujours contactée par un grand nombre de propriétaires de logements inoccupés qui souhaitent que leurs biens soient pris en gestion. La pénurie du logement au Luxembourg et l’absence de logements sociaux (classiques) fait que de plus en plus de familles devront demander de l’aide à l’Agence Immobilière Sociale. Une forte croissance de l’activité de l’AIS dans les années à venir est donc, non-seulement plus que certaine, mais aussi indispensable.