L’intérim reprend mais le CDI reste la règle

L’intérim reprend au Luxembourg car globalement l’économie et le marché du travail se redressent. «En avril 2015, il y a eu un saut de 9,9%. C’est plus qu’en avril 2014, et nettement supérieur à avril 2013» analyse Nicolas Schmit. Interview du ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Économie sociale et solidaire.
 
Selon une étude de l’Institut de statistique allemand, 22,6% des actifs de 15 à 24 ans au Grand-Duché sont sans emploi. Que fait le Luxembourg pour y remédier?
Je relativise un peu ces statistiques car elles sont basées sur des sondages. Quand ils sont réalisés dans une population très limitée, comme c’est le cas au Luxembourg, il y a une certaine marge d’erreur. Ces chiffres ne reflètent pas la réalité absolue du chômage des jeunes au Luxembourg. Nous constatons depuis un certain temps que le chômage des jeunes est plutôt en train de baisser. Nos chiffres sont basés sur des personnes réellement inscrites au chômage.
Quel est le chiffre obtenu par vos services?
Nous sommes manifestement en-dessous de 20%. Le taux de chômage des jeunes est déjà une notion problématique car l’on prend en compte les jeunes à partir de 15 ans. Hors, au Luxembourg, personne ne travaille entre 15 et 16 ans. Ils sont encore à l’école. De plus, la  population active est très réduite car beaucoup de jeunes font des études relativement longues. Cela explique par exemple qu’en Allemagne, vous avez un taux de chômage très réduit puisque leur population active est grande. Les jeunes en formation d’apprentissage font partie de cette population active. Comme en Allemagne et en Autriche beaucoup de jeunes sont en apprentissage, c’est-à-dire ne sont plus à l’école mais travaillent tout en étant en formation, ils sont considérés comme faisant partie de la population active. Cela va bien sûr réduire le taux de chômage des jeunes. Je ne dis pas qu’il n’y a pas un taux de chômage relativement faible en Allemagne parce qu’il y a de l’apprentissage. Mais les chiffres du taux de chômage des jeunes sont à prendre avec précaution. C’est lié à la durée des études, l’obligation scolaire, le type d’activité des jeunes. Je reste donc prudent. C’est la même chose quand l’on dit qu’en Espagne, un jeune sur deux est au chômage. C’est faux. Le taux de chômage peut être équivalent à 50% mais ça ne veut pas dire qu’un jeune sur deux est au chômage.
Quelle est l’évolution du marché du travail au Luxembourg?
La part des jeunes ayant leur diplôme d’études secondaires sans emploi a tendance à augmenter. Cela m’inquiète. Il suffit de moins en moins d’avoir un diplôme d’études secondaires pour trouver un emploi. Il faut avoir une formation plus spécialisée ou beaucoup plus pratique. Peu de gens possédant un diplôme d’aptitude professionnelle ne trouvent pas de travail. En revanche, avoir un diplôme assez généraliste de l’enseignement secondaire est davantage susceptible de vous mettre au chômage. Par exemple, les banques engagent de moins en moins de jeunes diplômés du bac. Cela arrive encore mais beaucoup moins que par le passé.
Que proposez-vous pour aider ces jeunes?
Nous sommes en train de mettre en place des formations spécifiques. Je crois que les formations courtes, comme en comptabilité par exemple, sont utiles pour compléter l’éducation. Elles donnent aux jeunes formés à un niveau secondaire plus généraliste un certain nombre de compétences supplémentaires. Les formations longues présentent aussi des atouts. L’informatique en est un bon exemple car c’est un élément clé dans tous les secteurs, une constante dans toutes les activités. Quand vous regardez les postes créés, ils le sont de plus en plus dans ce domaine. Nous allons d’ailleurs lancer un projet en octobre sur la formation en informatique pour ceux qui ont une base mais qui ne sont pas informaticiens. De nouvelles perspectives d’emploi s’ouvriraient certainement plus rapidement à eux.
Selon une enquête du cabinet de recrutement Robert Half, le CDD et le contrat en intérim ont de beaux jours devant eux à cause d’un besoin de personnel plus flexible. Le travail intérimaire est-il en hausse?
Il y a une légère augmentation du CDD. Mais le CDI reste la règle et nous devons tout faire pour que cela continue ainsi. Quand la crise économique a commencé en 2008-2009, l’intérim a été en quelque sorte la variable d’ajustement sur le marché du travail. L’intérim a fortement baissé et nous constatons aujourd’hui qu’il reprend. Cela exprime un redressement et une amélioration du marché du travail. Donc je ne dirais pas que l’intérim en soi va de plus en plus augmenter. Mais il est clair que si l’intérim reprend, c’est que l’économie va mieux.
Quels sont vos projets futurs en matière d’emploi?
Nous devons poursuivre sur la lancée sur laquelle nous nous sommes engagés. Nous nous sommes fixés un objectif: un supplément d’embauche de 5.000 personnes à travers l’ADEM. Nous devons maintenant continuer à mettre en œuvre tous les moyens pour que l’on atteigne cet objectif. La formation me paraît aussi un élément essentiel et crucial. S’il y a un problème au niveau du chômage au Luxembourg, ce n’est pas parce qu’on ne crée pas assez d’emplois. Il y a quand même environ 10.000 emplois supplémentaires créés chaque année. Et pourtant le chômage ne régresse que faiblement. Il y a donc un problème d’inadéquation entre l’offre et la demande de travail. C’est illusoire de penser qu’il suffit de dire : «on va pouvoir créer plus d’emplois». L’économie a sa propre logique qui n’est pas facile à changer. Il faut donc permettre aux gens d’accéder aux qualifications qui sont requises sur le marché du travail. Cela veut dire permettre aux gens d’accéder à des formations qui les mettent à ce niveau-là.
Avez-vous un dernier mot pour conclure?
Les maîtres mots doivent rester la qualification, la formation et une meilleure orientation des jeunes vers les métiers d’avenir. Il faut mieux les informer, mieux les orienter et mieux les accompagner. Surtout quand ils sont au chômage.  CD

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