L’immigration, une priorité européenne
Si au cours du premier semestre 2015, 137.000 migrants ont traversé la Méditerranée, combien s’y sont éteints, adoptant la froideur de l’obscurité de ses abîmes pour unique tombeau? L’Europe n’est pas indifférente aux annonces hebdomadaires qui alourdissent le triste bilan de ces afflux d’hommes, de femmes et d’enfants qui s’entassent sur des embarcations d’infortunes.
C’est pourquoi l’épineux dossier de l’immigration figure parmi les grands enjeux de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union Européenne.
État des lieux
Selon les chiffres de l’agence européenne de la surveillance des frontières Frontex, les «franchissements illégaux» ont triplé entre 2013 et 2014, passant de 100.000 à 274.000. À l’Est, les arrivées des Balkans ont presque doublé et sont passées de 20.000 à 33.000 à la frontière serbo-hongroise. Alors qu’elles ont quadruplé au Sud en passant de 45.000 à 174.000 en Italie.
Lampedusa qui tient son nom des nombreuses torches qui jadis guidaient les marins est devenue le triste symbole de l’immigration irrégulière. Sa proximité avec les côtes Tunisienne et Libyenne en fait un point d’entrée privilégié mais le Maroc, la Turquie et la Grèce sont également des points de passages importants.
À Calais, la pression migratoire est également très forte, la préfecture estimant à 3.000 le nombre de migrants qui attendent l’opportunité de passer en Angleterre. Les tentatives de traverser par le tunnel sous la Manche se sont multipliées, alors que les chauffeurs routiers en viennent parfois aux mains en les débusquant de leur remorque. Les forces de l’ordre qui comptent un effectif de 500 policiers, CRS et gendarmes n’agissent que sur décision politique et les populations locales se sentent abandonnées.
À défaut d’une réelle solidarité entre les nations, les autorités nationales ont en effet le plus grand mal à gérer cette situation. La législation actuelle en la matière est très claire, la gestion des migrants et des demandeurs d’asile est la responsabilité des Etats. Cependant, est-ce à l’Italie de supporter à elle seule le poids des mouvements migratoires devenus ingérables alors que le Danemark a renforcé ses règles et que la Belgique réduit le nombre de ses centres d’accueil? Les politiques sont alors pris en étaux entre d’un côté ceux qui militent pour l’accueil et de l’autre le risque de voir les partis d’extrême droite monter en flèche dans les sondages.
Quelles solutions?
Le 13 mai dernier, la Commission européenne a présenté un agenda en matière de migration décrivant les mesures immédiates à prendre pour faire face à la situation de crise qui règne en Méditerranée ainsi que les actions à entreprendre au cours des prochaines années pour mieux gérer les migrations dans tous leurs aspects.
L’Europe explore alors toutes les possibilités pour empêcher et bloquer les nouveaux départs des candidats, quitte à détruire les bateaux des passeurs sur les côtes étrangères. Cela a été l’une des solutions envisagées par le sommet européen mais ces actions militaires auxquelles le Premier ministre Xavier Bettel ne semble pas totalement opposé, ne pourraient se passer d’une résolution de l’ONU.
L’autre alternative est l’accueil des migrants en facilitant l’immigration légale, ce qu’avait soutenu Jean-Claude Junker, président de la Commission Européenne, en déclarant que «si nous fermons les portes, les migrants rentrerons par effraction par les fenêtres». Cependant l’idée de se voir imposer des quotas est rejetée par nombre de pays, notamment par la France qui campe sur ses traditions en la matière. Depuis le gouvernement Jospin en 1998, l’hexagone se refuse aux régularisations de masse et traite les dossiers de manière individuelle. La France fait la distinction entre les migrants illégaux venus pour des raisons économiques et qui ont vocation à être reconduits dans leurs pays d’origine et ceux qui répondent au droit d’asile alors menacés par les conflits et les guerres comme c’est actuellement le cas en Syrie. L’Allemagne et la France sont les deux pays qui doivent traiter le plus de demandeurs d’asile et voient leurs systèmes en très grande difficulté.
La position luxembourgeoise
Le mercredi 4 juin, Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères et européennes, a présenté les enjeux de la Présidence luxembourgeoise du Conseil lors d’un discours prononcé à la “Luxembourg EU Pre-Presidency Conference”. L’immigration en faisait partie.
Si la priorité des actions de la présidence est de «sauver des vies», il s’agit aussi «de mener une politique efficace, juste et crédible» et tous les moyens d’actions seront alors à mobiliser «contre les activités des trafiquants et des passeurs» a affirmé le ministre.
Ensuite, le renforcement de la solidarité et une intensification de la coopération entre les Etats membres sont des enjeux cruciaux pour une meilleure gestion des migrations. La forte pression aux frontières extérieures et sur les systèmes d’asile nationaux requiert un renouvellement des politiques menées. La question de l’immigration légale doit être abordée pour faire de «l’Union européenne, une destination attrayante pour les talents et les compétences» venus d’ailleurs.
Enfin, puisque la prise de décision à l’exil est la première cause de l’immigration, l’année européenne pour le développement sera l’occasion de «thématiser le lien entre le développement et les phénomènes migratoires». La coopération avec les pays d’origine, de transit et d’accueil devra occuper une place centrale dans les travaux de cette présidence. JuB
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