«Renforcer la dimension sociale»
Corinne Cahen, tire le bilan de son action à la tête des ministères de la Famille et de l’Intégration d’une part, et de la Grande Région, d’autre part. Elle dévoile également les grands chantiers sur lesquels elle travaillera lors de la Présidence de l’UE.
Quel bilan tirez-vous de vos actions à la tête des ministères de la Famille et de l’Intégration, mais aussi de la Grande Région?
Un bilan très positif. En 18 mois, nous avons mis en place une bonne partie des réformes en matière de politique familiale que nous avions prévues.
L’avant-projet de loi concernant la réforme des allocations familiales vient d’être approuvé par le Conseil de gouvernement. Celle-ci permettra non seulement une individualisation des droits de l’enfant, mais aussi une simplification administrative importante pour la Caisse nationale des prestations familiales. Je rappelle que cette réforme ne touchera que les enfants qui naîtront après la mise en vigueur de la nouvelle loi. Toutes les personnes qui perçoivent actuellement des allocations familiales pour un enfant déjà né, continueront à recevoir ce montant.
Nous rédigeons actuellement le texte de loi sur le nouveau congé parental. Les salariés ne seront plus obligés de choisir entre vie familiale et vie professionnelle, mais pourront concilier les deux, ce qui est un pas très important vers plus d’indépendance financière pour tous. Cette réforme permettra aussi au parent qui bénéficie du deuxième congé parental de le prendre de manière plus flexible.
Concernant la Grande Région, qui fête son 20e anniversaire cette année, j’ai été ravie d’inaugurer le 17 juin, ensemble avec les Exécutifs de la Grande Région, la nouvelle Maison de la Grande Région à Esch-sur-Alzette. Celle-ci se veut un lieu de rencontre, d’échange et de communication pour tous les acteurs impliqués au sein de la Grande Région. Elle favorisera ainsi la création de synergies entre les différentes entités. En tant que point de contact, elle permettra certainement d’améliorer la visibilité de la Grande Région et de ses institutions, et de les rapprocher du citoyen.
Par ailleurs, nous avons intensifié nos contacts bilatéraux avec nos voisins. Ainsi nous avons signé plusieurs accords lors de la Commission intergouvernementale avec la France, notamment en ce qui concerne l’apprentissage transfrontalier.
Quelles conclusions tirez-vous des résultats du référendum et plus particulièrement sur le vote des étrangers?
En tant que ministre de l’intégration, j’ai surtout été intéressée par les débats menés tout au long de la campagne. Il reste énormément de travail en ce qui concerne l’intégration, puisque nous souhaitons tous une société soudée et non pas des sociétés parallèles. Il est important d’offrir assez de cours de langues afin que les citoyens non-luxembourgeois puissent se familiariser avec le luxembourgeois. De plus, nous offrons des cours d’éducation civique dans le cadre du Contrat d’accueil et d’intégration, afin d’expliquer aux nouveaux arrivants comment fonctionnent nos institutions, par exemple.
Quels seront les grands chantiers sur lesquels vous et vos ministères travailleront durant la Présidence luxembourgeoise de l’UE?
Une des priorités de la Présidence sera le renforcement de la dimension sociale au sein de l’Union européenne. Nous souhaitons mettre le citoyen au centre de nos préoccupations et veiller à ce que son intérêt réel et direct soit mieux pris en compte dans toutes les politiques de l’Union. Une bonne cohésion sociale est indispensable pour garantir les autres dimensions de l’Union comme laperformance économique et la stabilité socio-politique. L’objectif est d’arriver à une croissance inclusive.
La Présidence veillera aussi à promouvoir le respect du principe de non-discrimination et nous poursuivrons les efforts en vue de l’adoption de la directive relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les personnes, sans distinction de religion, de convictions, de handicap, d’âge ou d’orientation sexuelle.
Une autre priorité est une meilleure gestion de la migration dans le but de sauver des vies et de mener une politique d’immigration efficace. Même si l’immigration est un domaine géré par le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Famille et plus particulièrement l’OLAI sont directement concernés. Nous devons accueillir ces personnes dans les meilleures conditions et leur donner les moyens de s’intégrer.
Quelles initiatives comptez-vous mettre en place à l’issue de ce semestre?
Notre agenda est donc bien rempli. La réforme du congé parental sera la première priorité; mais nous avons aussi des projets qui seront traités après la Présidence.
Quelles sont les grandes questions relatives à la famille et à l’intégration, sur lesquelles l’Union européenne devrait selon vous avancer? Quels résultats concrets attendez-vous de la construction européenne sur ces questions?
La lutte contre la pauvreté, une meilleure gestion des migrations, mais aussi une meilleure conciliation entre vie familiale et la professionnelle. Il faut donner aux deux parents les moyens de combiner travail et famille. Cela permettra d’augmenter le taux d’emploi féminin et par conséquent une représentation plus équilibrée entre hommes et femmes.
Quelles sont les grandes questions relatives à la Grande Région, sur lesquelles le Luxembourg et ses voisins devraient selon vous avancer? Egalement, quels résultats concrets attendez-vous sur ces questions?
La Grande Région constitue le plus grand marché du travail transfrontalier en Europe, et compte à ce jour plus de 213.000 travailleurs frontaliers qui traversent quotidiennement les frontières. Ce qui implique nécessairement l’engorgement régulier des voies de circulation. Il s’agira dans ce domaine d’apporter des réponses concrètes, en vue d’améliorer la mobilité des travailleurs frontaliers.
Nous devons également supprimer les obstacles administratifs auxquels sont confrontées nos entreprises. Cette question de la suppression des obstacles au commerce transfrontalier constitue d’ailleurs une des priorités de la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne.
Nous devons aussi combattre le chômage des jeunes. Certaines régions font face à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Là aussi, il faudra se concerter davantage pour trouver des réponses satisfaisantes pour l’ensemble des partenaires de la Grande Région.
Il est nécessaire de développer davantage la coopération, notamment dans les domaines d’avenir tels que l’innovation et la transition énergétique. C’est ainsi que nous pourrons faire de cette Grande Région un pôle de croissance ainsi qu’une région métropolitaine pouvant se mesurer à d’autres métropoles en Europe.
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