Présidence du Conseil de l’UE, les atouts du Luxembourg
Le 1er juillet 2015 a débuté la présidence luxembourgeoise du Conseil de l’Union européenne dans un contexte marqué par des enjeux socio-économiques et politiques de taille. Fort de son expérience dans les affaires européennes, et reconnu pour sa finesse diplomatique par ses partenaires, le Luxembourg a bien des atouts à faire valoir lors de ce semestre européen.
De juillet à décembre 2015, le Luxembourg assure la présidence du Conseil de l’Union européenne. De nombreux défis sont à relever. La crise financière de 2008-2009 et la crise des dettes souveraines ont eu des conséquences majeures pour l’intégration européenne sur le plan économique, social et politique. Selon le dernier Eurobaromètre, les Européens placent en tête des problèmes les plus importants à traiter par l’Union la situation économique (33%), le chômage (29%), l’état des finances publiques des Etats membres (25%) et l’immigration (24%). Il importe que l’Union réponde à ces inquiétudes. La confiance actuelle des Européens à son égard s’établit à 37%. Le sentiment que les choses vont dans la mauvaise direction dans l’Union domine (pour près de quatre Européens sur dix). Au Luxembourg, ce pourcentage s’établit à 40%.
Le trio actuel composé des présidences italienne, lettone et luxembourgeoise a établi un ambitieux programme commun pour la période de dix-huit mois allant de juillet 2014 à décembre 2015. Le ministre des Affaires étrangères et européennes, Jean Asselborn, a détaillé les sept priorités de la présidence luxembourgeoise: la croissance et l’emploi, la dimension sociale européenne, la migration, le marché intérieur, la compétitivité européenne, le développement durable et la présence de l’Union dans le monde. Le programme des activités de la présidence semestrielle est présenté au Parlement européen début juillet.
Les enjeux de la présidence sont majeurs. De nombreux sujets sont sensibles, à commencer par celui de l’immigration, source de préoccupation croissante des populations à l’échelle européenne. Les divergences entre les Etats membres de l’UE sont cependant profondes. Deux autres sujets à haut risque occuperont la présidence : la crise grecque et la question du maintien de ce pays dans la zone euro (« Grexit »), ainsi que la renégociation des termes de l’adhésion du Royaume-Uni avec son éventuelle sortie de l’Union (« Brexit »). La volonté du Luxembourg est de tout mettre en œuvre pour éviter ces crises, sans renoncer à l’essence même de l’intégration européenne qui est de créer «une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe». Enfin, l’approfondissement de la dimension sociale européenne conduira la présidence à aborder des thèmes structurants pour l’avenir de la vie économique et sociale des citoyens européens, à savoir l’éducation, la formation et l’investissement social. La présidence pourra ici s’appuyer sur la Commission et son objectif de mettre en place une «Europe triple A social».
Dans l’ensemble de ces dossiers, la responsabilité, les valeurs et les principes de l’Union sont en jeu. Le rappel aux racines du projet européen donnera-t-il à la présidence une clé pour réussir?
Le Luxembourg est au cœur de la construction européenne depuis ses débuts. Il est un Etat membre fondateur du Conseil de l’Europe en 1949, de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1951 ainsi que de la Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne d’énergie atomique (CEEA) en 1957.
Tout au long du processus d’intégration européenne, le Luxembourg a été l’artisan de plusieurs décisions qui ont fait avancer le projet européen sur le plan politique et économique. Entre 1952 et 1967, le Luxembourg assure tous les trois mois et en dix occasions la présidence tournante du Conseil spécial de ministres de la CECA. Puis les traités de Rome de 1957 portent la durée à six mois pour les Conseils de la CEE et de la CEEA. Depuis, les présidences luxembourgeoises du Conseil ont eu lieu à douze reprises.
Parmi les premières présidences, il faut mentionner celle de 1966 avec le « compromis de Luxembourg » qui a permis de mettre fin à la crise de la chaise vide. En avril 1976, le premier Conseil européen se tient sous présidence luxembourgeoise dans un contexte de crise économique et de scepticisme vis-à-vis l’intégration européenne. En décembre 1985, les chefs d’État ou de gouvernement des Dix parviennent à un accord de principe sur une réforme des institutions des Communautés qui permet l’adoption de l’Acte unique européen en février 1986. En juin 1991, le projet de traité sur l’Union de la présidence luxembourgeoise sert de base aux négociations qui aboutissent au traité de Maastricht. En décembre 1997, le Conseil européen de Luxembourg constitue un jalon historique pour l’avenir de l’Union: il approuve le lancement du processus d’adhésion englobant dix Etats d’Europe centrale et orientale et Chypre. Sous cette même présidence, le premier Conseil européen extraordinaire sur l’emploi (novembre 1997) définit les « objectifs de Luxembourg » pour la coordination des politiques de l’emploi des Etats membres. Enfin, la réforme du pacte de stabilité et de croissance et la relance de la stratégie de Lisbonne comptent parmi les succès de la présidence luxembourgeoise de 2005.
Durant le second semestre 2015, le Luxembourg se retrouve une fois de plus sur le devant de la scène européenne et internationale. Cette présidence est une occasion de mettre en valeur les atouts du Grand-Duché qui peut se prévaloir de son lien intrinsèque avec l’Europe, de sa crédibilité, de son savoir-faire européen et de sa vocation de «terre de refuge pour la conciliation», selon la belle expression de Pierre Werner.
Par Dr Susana Muñoz, Head Head of European Integration Studies, CVCE