Réduire la consommation énergétique, pas au détriment de l’architecture
L’OAI promeut une architecture de qualité, alors que le monde de la construction et de la rénovation est en ébullition. Les représentants de l’Ordre des Architectes et des Ingénieurs-Conseils, Jos Dell, Président; Andrea De Cillia, Vice-président et Pierre HURT, Directeur, présentent leur association dans cette interview croisée.
Votre organisation a 25 ans. Pouvez-vous faire un bref bilan de ce que vous avez accompli depuis votre lancement en 1990? Comment fêtez-vous cet anniversaire?
PH: Quelle vaste question! Citons, entre autres, nos efforts déployés pour favoriser une prise de conscience de la culture du bâti de manière transversale (maîtres d’ouvrage avertis, décideurs publics, concepteurs, entreprises). Cela a abouti, en juin 2004, à l’adoption par le Conseil de Gouvernement du Programme de Politique Architecturale. Comme autre réalisation majeure, on trouve l’intensification des services ciblés proposés aux membres OAI. Nous avons notamment mis en place un cadre juridique et contractuel approprié, la formation continue volontaire, une veille législative, ainsi que la publication sur le site www.oai.lu d’une documentation répondant aux défis posés dans leur pratique quotidienne. Enfin, je dirai que nos professions disposent d’une meilleure visibilité vers le grand public grâce aux initiatives de sensibilisation de l’OAI.
JD: Dans le cadre de son 25ème anniversaire, l’OAI a mis en place l’exposition « BAU – ZEICHEN, Unsere gebaute Umwelt lesen » au Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg, du 13 mai 2015 au 3 janvier 2016. Cette année sera aussi marquée par la publication du livre « 25 ans OAI », suite aux festivités du 15 juin prochain et de la 11ème édition du Guide OAI Références en octobre.
Qui représentez-vous, et quelles sont vos missions?
ADC: Les membres individuels inscrits au tableau de l’Ordre sont au nombre de 1.600. Les effectifs des bureaux membres de l’OAI ayant leur siège au Luxembourg s’élève à plus de 4.200 personnes. Ce secteur a donc un impact significatif sur notre économie. En 25 ans, le nombre de bureaux au Luxembourg a presque triplé pour les architectes (476 en 2015) et presque quadruplé pour les ingénieurs-conseils (192 en 2015).
Nos missions se situent à trois niveaux. Premièrement au niveau légal, outre les attributions classiques d’un ordre, l’expertise pratique dont bénéficient l’OAI et ses membres a été valorisée par une participation plus poussée au processus législatif. Ensuite, concernant l’organisation professionnelle, l’accent a été mis sur le façonnage d’un cadre de travail équitable pour les membres, tel que des contrats-types ou des polices d’assurance type,… La mise en place de formations continues innovantes participe notamment de cette volonté de répondre aux évolutions constantes du cadre légal et technique. Enfin, nos tâches sont aussi du domaine culturel et de l’intérêt public: l’OAI a lancé de nombreuses initiatives destinées à renforcer la culture du bâti en valorisant la véritable dimension du travail de ses membres, comme par exemple ses actions régulières vers le grand public: Guides Références OAI, Bauhärepräis, Architectour.lu, et plus particulièrement vers les jeunes: Festival des Cabanes, sensibilisation dans les lycées, www.unplanpourtonavenir.lu.
En novembre 2014, vous avez lancé un nouveau site web, www.guide-urbanisme.lu. Ce nouvel outil de communication permet de se renseigner par rapport aux règles et autorisation en vigueur en matière d’urbanisme et d’environnement. Que peut-on trouver sur ce site?
PH: Ce nouvel outil du Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme administrative (MFPRA) a été conçu en collaboration avec l’OAI. Le Guide Urbanisme s’adresse aux particuliers et aux professionnels qui désirent s’informer sur les régimes d’autorisation propres à l’urbanisme et aux secteurs connexes. La collaboration entre le MFPRA et l’OAI se poursuit afin que cet outil soit mis à jour en temps réel. Les statistiques de consultation de ce site montrent qu’il répond à un véritable besoin.
Il propose deux accès différenciés. D’une part, le mode « consultation libre » permet d’identifier et de comprendre les différentes situations qui exigent des autorisations. D’autre part, le mode « consultation par projet » donne la possibilité de s’inscrire gratuitement et d’encoder ses projets d’aménagement pour bénéficier d’une analyse particulière.
A l’horizon de 2017, les nouvelles directives impliqueront que les constructions se fassent toutes en classe énergétique AAA, sur un mode passif. Quel impact cela a-t-il sur votre organisation et vos membres?
JD: Nous précisons d’amblée que cette obligation ne concerne que les constructions résidentielles. Le secteur des constructions fonctionnelles n’est actuellement pas concerné. Bien que nous approuvions l’objectif de réduire les consommations énergétiques des bâtiments, nous insistons sur le fait que ces mesures soient vues dans un contexte plus global et plus transversal. Le type de matériaux à mettre en œuvre a notamment une importance primordiale (cycle de vie complet de la production au recyclage).
ADC: Les conséquences sur nos métiers sont nombreuses. La conception de bâtiments de type passif demande une plus grande interaction entre les architectes et les ingénieurs, du fait que deux éléments conditionnent la classe énergétique, à savoir l’enveloppe et la technique du bâtiment. L’OAI a depuis de nombreuses années mis en place des procédures permettant d’améliorer la planification intégrée. En ce qui concerne l’exécution des travaux, nous nous sommes engagés à instaurer des processus permettant d’améliorer la collaboration des concepteurs et des entreprises exécutantes. En effet, un bâtiment passif ne peut être réalisé que si une parfaite symbiose existe entre concepteurs et exécutants. Et enfin, les différents éléments à prendre en compte pour la conception de bâtiments passifs et le suivi sur chantier font partie intégrante de nos cycles de formations.
Quelles sont les tendances dominantes de ces habitats durables en « green building »?
ADC: Actuellement les tendances green building se trouvent essentiellement dans le secteur du tertiaire.
Les maîtres d’ouvrage demandent qu’au moins une certification environnementale soit prise en compte lors de nouveaux projets. Un projet de certification pour les bâtiments résidentiels, le LENOZ, est actuellement en cours d’élaboration. Nous restons d’avis que le green building ne doit pas consister en une couche supplémentaire à appliquer sur les bâtiments à basse consommation d’énergie, mais que ces éléments devront faire partie intégrante de toute nouvelle conception.
Les prix dans le secteur de la construction étaient déjà élevés dans notre pays. Pensez-vous que les prix augmenteront fortement face à ces exigences?
JD: Il est vrai que les prix risquent d’augmenter encore suite à ces nouvelles exigences. Le but est bien sûr que le maître d’ouvrage parvienne à récupérer les dépenses supplémentaires en investissement par des frais énergétiques nettement moins élevés. Il est à espérer que l’augmentation des prix de construction se stabilisera dans un délai raisonnable étant donné que le passif devient le standard. Les membres de l’OAI peuvent, en dialogue avec le client, définir et concevoir le logement qui correspond le mieux à ses aspirations en termes de fonction, de qualité de vie et de budget.
La stratégie de la construction et de la rénovation énergétique ne doit pas négliger la prise en compte de la qualité architecturale.
Quels sont les défis futurs de l’OAI?
PH: Nous désirons promouvoir une architecture de qualité dans un environnement changeant par un apport positif à notre société, aider nos membres à exporter leurs services, ainsi que positionner le Luxembourg à l’international par son architecture, son ingénierie et son urbanisme. Nous devons mettre tout en œuvre pour que nos professions libérales puissent pleinement jouer un rôle déterminant dans la qualité de notre cadre de vie.