“Nous allons réagir”

Presque 60 ans après sa création, la Caisse Médico-Chirurgicale Mutualiste compte environ 135.000 familles cotisantes. Mais elle a encore de nombreux défis à relever. Entretien avec Fabio Secci, directeur général, et Claudio Driulini, directeur technique, pour une définition de la mutuelle, mais aussi de ses objectifs futurs.
 
Fabio Secci a travaillé 20 ans dans le secteur bancaire. Il s’est également engagé au sein de Syrdall Heem, une ASBL active dans les centres de jour, et les aides et soins à domicile. Il en est même devenu le président à titre bénévole. Cette activité lui a donné le goût du travail en milieu social, un milieu gratifiant, où le “merci” que l’on reçoit chaque jour est vrai et honnête. Lorsque André Even, son prédécesseur, a pris sa pension, Fabio Secci a bondit sur l’opportunité pour quitter le monde bancaire, et devenir le nouveau directeur général en février 2015. Il peut compter sur le soutien de Claudio Driulini pour l’épauler dans ses nouvelles fonctions. Celui-ci a débuté sa carrière au sein de la CMCM en 1983. Il a gravi les échelons petit à petit, jusqu’à sa nomination en 2007 à la direction en tant que gérant adjoint, pour finalement occuper la fonction de directeur technique à partir d’avril 2015.
Tous deux originaires du bassin minier et d’un milieu ouvrier, ces hommes ont en eux un côté social. Leur but à la CMCM : pouvoir offrir un service de solidarité, une aide à tout le monde, même aux plus démunis.
Une explication de ce qu’est la CMCM est nécessaire. En 1956, la Fédération Nationale de la Mutualité Luxembourgeoise crée la Caisse Médico-Chirurgicale Mutualiste, pour aider leurs membres en cas de maladie ou d’hospitalisation. Le principe gouverneur de cette mutuelle est la solidarité. D’abord, le montant des cotisations est le même pour toutes les familles, quelle que soit leur composition. Ensuite, tout le monde peut y adhérer: les valides ou moins valides, pas de  questionnaire médical à remplir ou de visite médicale à passer, les aisés ou les moins bien lotis. Pour preuve, la CMCM  propose, au niveau “complémentaire santé”, le régime le moins cher du Luxembourg, et de loin : à partir de 227 euros par famille et par an, soit moins de 20 euros par mois, pour le régime commun de base. Une fois inscrit, votre cotisation demeurera inchangée par la suite, sauf adaptation des indices des prix à la consommation. 

Les 135.000 familles adhérentes sont toutes affiliées à ce régime de base, qui offre de nombreuses prestations très intéressantes au niveau des dépenses pour frais de  santé. Premièrement, la CMCM couvre l’hospitalisation de ses membres dans les établissements luxembourgeois à une hauteur de 100% dans les chambres de deuxième classe et même les frais pour hospitalisation en 1ère classe en cas d’intervention chirurgicale grave ou de traitement médical grave. Ensuite, la CMCM prend également en charge les traitements à l’étranger en cas de transfert dans un centre spécialisé notamment dans les centres universitaires en Allemagne, Belgique, France et Suisse. Enfin, son service assistance à l’étranger “CMCM-Assistance” couvre jusqu’à 80.000 euros par personne et par événement les frais en cas d’hospitalisation d’urgence ainsi que les frais de rapatriement dans tous les pays du monde.

Cette offre commune peut être complétée, si l’assuré le souhaite, par deux garanties optionnelles. La première, PRESTAPLUS permet de couvrir les frais d’hospitalisation à hauteur de 100% en chambre seule, ici à Luxembourg. Lancé en 1991, ce régime particulier est très populaire, avec aujourd’hui 90.000 souscriptions. La seconde DENTA & OPTIPLUS propose des remboursements complémentaires intéressants au niveau des soins et prothèses dentaires, ainsi que pour les lunettes, lentilles et opérations de myopie. Cette garantie, créée en 2010, a eu un succès fulgurant dès sa première année, avec presque 40.000 familles adhérentes. Elles sont aujourd’hui 54.000, et ce nombre ne cesse de croître.
Engager quelqu’un de l’extérieur à la tête de l’institution fait partie d’une politique globale de redynamisation de la CMCM. Fabio Secci, armé de son expérience, doit amener la mutuelle à se remettre en question. Il nous explique: «j’ai pris la tête d’une institution efficace, capable d’assurer 260.000 personnes avec seulement 40 employés. La CMCM est également en bonne forme économique. Elle va terminer l’exercice  2014 positivement sur tous les points. Cependant nous devons faire face à de nouveaux enjeux et défis».

Problème numéro un: la concurrence des assureurs privés de complémentaire-santé qui sont devenus très agressifs ces dernières années. «Ils ont pris de nombreuses initiatives qui ciblent notre clientèle classique» raconte Claudio Driulini. Second défi: un phénomène d’augmentation de l’âge des assurés. «Nous sommes dépendants de l’âge moyen de notre clientèle. Il nous faut donc réagir et essayer de recruter de jeunes affiliés» explique-t-il encore.
Réagir, c’est essayer d’augmenter le nombre de cotisants, et par conséquent réduire l’âge moyen, de 52 ans actuellement. Ainsi la CMCM pourra garantir les tarifs les plus bas au niveau des cotisations. Un plan d’action, guidé par le nouveau directeur général va donc être défini, puis mis en place dans les mois à venir.
Première étape de ce projet, élargir les prestations proposées. Le directeur général explique: «il nous faut nous positionner dans le marché complémentaire-santé. Nous devons analyser nos produits, les comparer avec ceux des autres acteurs dans le domaine, tout en gardant nos spécificités et notre philosophie basé sur la solidarité entre nos membres et la mutualisation des risques».
Deuxièmement il leur faut viser les entreprises. «Cela existe déjà, mais nous voulons le faire plus intensément» décrit Claudio Driulini. Pour cela, la CMCM aimerait organiser une activité plus commerciale de démarchage auprès des compagnies afin de leur proposer ses produits. «Nous voudrions pouvoir négocier des populations entières de salariés. Si nous réussissons à convaincre de grandes et moins grandes entreprises à nous rejoindre, nous aurions des centaines de nouveaux assurés d’un coup».
La troisième et dernière phase de redynamisation: mieux communiquer. «Si les gens savaient tout ce que l’on propose, ils nous rejoindraient plus nombreux. Nous devons mieux expliquer ce qu’est la CMCM et ce qu’elle offre» martèle Fabio Secci.
Une offre plus variée, le regard tourné vers les entreprises et une communication ciblée, voilà la recette de Fabio Secci et Claudio Driulini, pour faire face à la concurrence, et lutter contre le vieillissement de leur clientèle. Ils sont convaincus que cela va fonctionner et feront tout pour faire de leurs défis, une réalité.

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